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Skikda : À quand l’achèvement de l’hôpital des grands brûlés ?

Vingt ans après la catastrophe industrielle qui a profondément marqué Skikda, l’hôpital des grands brûlés de Bouzaâroura demeure l’un des plus grands chantiers inachevés du secteur de la santé.

Pensé au lendemain de l’explosion du complexe de liquéfaction de gaz naturel survenue en 2004, ce projet stratégique, destiné à renforcer les capacités de prise en charge des victimes de brûlures graves dans l’Est du pays, continue d’accumuler les retards, au point de devenir le symbole des difficultés de concrétisation de certains grands équipements publics.

La tragédie de 2004, qui avait coûté la vie à 27 travailleurs et fait des dizaines de blessés graves, avait mis en évidence les insuffisances des infrastructures sanitaires de la wilaya. Malgré son statut de principal pôle pétrochimique du pays et la présence de milliers de travailleurs exposés quotidiennement aux risques industriels, Skikda ne dispose toujours ni d’un centre hospitalo-universitaire ni d’un établissement spécialisé dans le traitement des grands brûlés. Aujourd’hui encore, les patients nécessitant des soins hautement spécialisés sont transférés vers le service des grands brûlés de l’hôpital Ibn Sina d’Annaba, ou à Constantine et à Alger, avec les contraintes médicales et logistiques que cela implique.

C’est dans ce contexte que les pouvoirs publics avaient décidé, en 2006, de créer deux centres nationaux de référence, l’un à Oran pour la région Ouest et l’autre à Skikda afin de couvrir l’ensemble du bassin industriel de l’Est. Implanté sur une superficie de 5,4 hectares à Bouzaâroura, dans la commune de Filfila, le futur établissement devait disposer de 120 lits, répondant aux standards internationaux, et générer près de 500 emplois, dont une soixantaine de médecins spécialistes et une centaine de personnels paramédicaux.

Pour rappel, lancés à la fin de l’année 2010, les travaux devaient être achevés en moins de trois ans, avant d’être annoncés pour une livraison en 2016. Or, le chantier s’est progressivement enlisé, rappelle-t-on encore. Alors que le taux d’avancement du projet avoisinait 60 % en 2014, les travaux ont ensuite connu un ralentissement continu avant de s’arrêter presque totalement, rappelle-t-on une fois de plus.

Outre cela, les échéances ont été repoussées à plusieurs reprises, sans résultat concret. Parallèlement, les enveloppes financières n’ont cessé d’être réévaluées, avec des rallonges budgétaires successives destinées aussi bien à la poursuite des travaux qu’à l’acquisition des équipements médicaux, sans pour autant permettre une reprise durable du projet, note-t-on.

Au fil des années, les explications officielles ont longtemps évoqué des contraintes financières ou administratives. Toutefois, le dossier a pris une nouvelle dimension après les révélations intervenues lors de procédures judiciaires engagées contre l’entreprise chargée de la réalisation. Plusieurs dysfonctionnements techniques et administratifs ont alors été mis en lumière, contribuant à expliquer l’interminable blocage d’un chantier pourtant considéré comme prioritaire.

Pendant que le projet accumulait les retards, les besoins, eux, n’ont cessé de croître. Les accidents industriels enregistrés dans les installations pétrochimiques de Skikda, les sinistres survenus dans certaines unités industrielles ainsi que les incendies de forêt récurrents, particulièrement violents ces dernières années, ont régulièrement rappelé la nécessité de disposer d’une structure spécialisée capable d’assurer une prise en charge rapide des grands brûlés. La multiplication des épisodes caniculaires et des feux de végétation renforce davantage encore cette exigence pour une wilaya particulièrement exposée.

Une situation qui n’a pas laissé indifférentes pour autant les autorités locales de la wilaya, qui, en 2026, ont annoncé la mise en place d’une commission interministérielle chargée d’auditer ce chantier hors norme, devenu l’un des plus longs de la wilaya. Cette nouvelle démarche nourrit l’espoir d’une relance effective d’un projet attendu depuis près de deux décennies. Car, au-delà des montants engagés et des retards accumulés, c’est avant tout un équipement de santé vital pour toute une région qui continue de manquer à l’appel, alors même que les risques industriels et les catastrophes naturelles rappellent, année après année, l’urgence de son achèvement et de sa mise en service.

Zakia Merabet

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