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Cisjordanie occupée : Les experts de l’ONU dénonce une « terreur quotidienne »

Les experts mandatés par l’ONU ne choisissent plus leurs mots. Dans un communiqué publié lundi depuis Genève, ils parlent de « terreur quotidienne », de nettoyage ethnique et de risque existentiel pour la présence palestinienne en Cisjordanie occupée. Le même jour, des colons sionistes mettaient le feu à une dizaine de maisons dans le village de Madma, au sud de Naplouse. Et à Ghaza, le bilan de l’agression génocidaire franchissait un nouveau seuil : 72 942 martyrs depuis le 7 octobre 2023.

Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés, Alexandra Xanthaki et Koldo Casla ont signé ensemble un texte d’une clarté inhabituelle pour des experts onusiens. Depuis Genève, ils établissent que « les attaques incessantes des colons, menées avec le soutien de l’entité sioniste, sont devenues une terreur quotidienne pour les Palestiniens, semant la peur, l’incertitude et une profonde insécurité qui contraignent inévitablement au déplacement forcé de la population autochtone ». Ce n’est pas un jugement politique. C’est un constat juridique, fondé sur les données de terrain accumulées depuis le début de l’année.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : au moins treize Palestiniens tués et près de 500 blessés en cinq mois à peine. Un niveau jamais atteint sur cette période. Les experts le disent sans détour : « La brutalité des colons a atteint des niveaux sans précédent cette année. » La progression est continue, et elle n’est pas spontanée. Selon ces mêmes experts, « l’escalade de la violence, perpétrée en toute impunité, sert d’instrument de coercition aux mains de la puissance occupante, facilitant le nettoyage ethnique. » Le mot est lâché, et il est juridiquement pesé.

Aucune partie de la Cisjordanie occupée n’est épargnée, mais certaines zones concentrent le pire. La zone C — sous contrôle militaire et civil sioniste total depuis les accords d’Oslo — subit une pression particulièrement intense. La vallée du Jourdain et les collines du sud d’El-Khalil sont au cœur de cette dynamique de dépossession. À Masafer Yatta, les raids de colons sionistes et des forces d’occupation se succèdent presque chaque jour. À Umm al-Kheir, village cerné par la colonie de Carmel et un nouvel avant-poste dont la construction a démarré en juillet 2025, les habitants endurent coupures d’eau et d’électricité répétées, démolitions de maisons, agressions physiques. « La violence est utilisée comme un outil calculé et ciblé pour priver les Palestiniens d’accès aux services essentiels, aux terres agricoles et aux pâturages, dans le but ultime de rompre leur lien avec la terre », ont déclaré les experts.

Si les déplacements de population se poursuivent au rythme actuel, environ 663 km² de terres palestiniennes seraient exposés à une extension accrue des colonies. Les experts sont explicites sur la finalité de ce processus : il s’agit de rendre irréversible l’effacement des communautés palestiniennes. Et la communauté internationale regarde ailleurs. « Face à l’absence de réaction et de condamnation, l’entité sioniste continue d’éroder irréversiblement le droit des Palestiniens à l’autodétermination, pourtant inscrit dans le droit international », avertissent-ils. Ils demandent à l’entité sioniste de cesser « immédiatement » de financer, d’armer et de légitimer les colons, et d’engager des poursuites effectives contre les auteurs d’attaques.

Ce que les experts décrivent dans les termes du droit, les habitants de Madma l’ont vécu dans leur chair mardi matin. Des colons sionistes ont attaqué ce village au sud de Naplouse, incendiant une dizaine de maisons et des oliveraies dans la partie sud de la localité, selon l’agence palestinienne Wafa. Des sources locales rapportent que les assaillants ont également ouvert le feu sur les riverains qui tentaient de maîtriser les flammes. Les colons sionistes, souvent armés et régulièrement appuyés par les forces militaires d’occupation, multiplient ce type de raids sur les communautés rurales de Cisjordanie dans un seul but : s’emparer des terres en chassant leurs propriétaires.

Pendant ce temps, à Ghaza, l’agression génocidaire sioniste continue de faire des morts. Le bilan communiqué mardi par les autorités sanitaires palestiniennes s’établit désormais à 72 942 martyrs et 172 967 blessés depuis le 7 octobre 2023, « en majorité des femmes et des enfants ». Au cours des dernières vingt-quatre heures, le corps d’un martyr et neuf blessés ont été transférés vers les hôpitaux de Ghaza. De nombreuses victimes restent encore ensevelies sous les décombres.

Ces chiffres incluent la période postérieure au cessez-le-feu, entré en vigueur le 10 octobre dernier : depuis cette date, 933 Palestiniens sont tombés en martyrs, 2 868 autres ont été blessés, et les corps de 781 martyrs ont été récupérés. Le cessez-le-feu n’a pas mis fin aux morts.

Ces trois fils — la violence des colons en Cisjordanie, l’incendie de Madma, le comptage des morts à Ghaza — ne sont pas des événements distincts. Ils sont les facettes d’un même projet, documenté, nommé, et pour l’heure maintenu dans l’impunité.

L.S.

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