Archéologie : Mlakou, le site qui donne un visage à la révolte de Firmus
Un colloque national réuni à Alger ce lundi confronte, pour la première fois, les récits antiques d’Ammien Marcellin aux vestiges mis au jour dans la vallée de la Soummam depuis 2014.
Des chercheurs algériens ont ouvert, lundi à Alger, un colloque national consacré aux fouilles du site archéologique de Mlakou, dans la wilaya de Bejaïa. La rencontre, organisée par l’Institut d’archéologie de l’Université Alger 2 en partenariat avec le Musée public national des antiquités, porte sur un objet précis : démontrer, preuves matérielles à l’appui, que ce site de la vallée de la Soummam est directement lié à la révolte de Firmus — ce soulèvement berbère contre l’Empire romain qui reste l’un des épisodes les moins documentés de l’histoire de l’Afrique du Nord antique.
C’est une histoire que les spécialistes connaissent depuis longtemps, mais presque exclusivement à travers un seul texte : les Res Gestae d’Ammien Marcellin, le chroniqueur romain qui a suivi les campagnes du général Théodose contre Firmus, vers 372-375 de notre ère. Ce que l’on n’avait pas encore, c’est la géographie. «Les chercheurs, en s’appuyant sur les récits historiques d’Ammien Marcellin, ont réussi à localiser les sites liés à la guerre de Firmus contre l’Empire romain au IVe siècle», a expliqué le président du colloque, le professeur Arezki Boukhenouf, enseignant d’archéologie à l’Université Alger 2. Que ces localisations soient désormais vérifiables sur le terrain change quelque chose de fondamental dans la façon dont on peut écrire cette histoire.
Tout a commencé en 2014, lors des travaux de construction de l’autoroute Est-Ouest dans la région. Une équipe de l’Institut d’archéologie a conduit une intervention scientifique d’urgence sur le site de Mlaku — anciennement désigné sous le nom latin de Pétra dans les sources antiques. Les fouilles ont livré des fortifications, des pièces de monnaie et divers objets datant des IIIe et IVe siècles. Des vestiges concrets, qui donnent pour la première fois un ancrage territorial à une révolte connue jusqu’ici presque uniquement par les récits de l’occupant. Boukhenouf a tenu à rappeler la motivation de l’équipe : «sauvegarder et valoriser le patrimoine archéologique de la vallée de la Soummam» — un patrimoine menacé, justement, par ces mêmes travaux d’infrastructure qui ont permis de le découvrir.
Pour le directeur de l’Institut d’archéologie, Atmane Meftah, l’enjeu central de ce colloque est de croiser les deux types de sources. La démarche vise à apporter «une crédibilité scientifique nouvelle aux événements historiques en confrontant les sources écrites aux découvertes de terrain», a-t-il dit. C’est ce que les archéologues appellent l’archéologie du texte : prendre les sources littéraires non pas comme des vérités établies, mais comme des hypothèses à tester sur le sol.
Les travaux de la première journée ont abordé plusieurs axes — analyse des stèles et des pièces monétaires, reconstitution des dynamiques militaires du conflit, et la question, toujours épineuse, de la préservation du patrimoine face aux grands chantiers modernes. Le directeur du Musée national des antiquités, Azzedine Antri, a souligné pour sa part l’intérêt de croiser les résultats des fouilles de Mlakou avec les collections des musées nationaux, afin d’élargir la portée des interprétations.
Le colloque s’est poursuivi mercredi avec une visite guidée de plusieurs sites historiques de Bejaïa — façon de rappeler que l’archéologie ne s’arrête pas à la salle de conférence.
Mohand Seghir

