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Après le Niger, l’Algérie offre une centrale électrique au Tchad : Une doctrine énergétique de solidarité pour l’Afrique

L’Algérie déroule avec une constance croissante un modèle de solidarité et de coopération : mettre son expertise énergétique au service du continent, sans contrepartie commerciale, en s’appuyant sur ses entreprises publiques et sa capacité technique.

Il était question, lundi à N’Djamena, de béton et de symbolique. De gestes concrets et de vision géopolitique. Quand le Premier ministre Sifi Ghrieb a planté sa pelle dans le sol de la zone industrielle de Farcha pour poser la première pierre d’une centrale électrique de 40 mégawatts offerte par l’Algérie à la République du Tchad, le geste n’avait rien d’un simple ruban inauguré entre deux délégations. C’était, aux yeux des capitales africaines qui observent, la deuxième démonstration en milieu sahélien d’un modèle que l’Algérie déroule avec une constance croissante : mettre son expertise énergétique au service du continent, sans contrepartie commerciale, en s’appuyant sur ses entreprises publiques et sa capacité technique. Une diplomatie de l’infrastructure qui parle plus fort que les communiqués.

La visite officielle du Premier ministre au Tchad s’est achevée lundi soir, au terme d’une journée dense qui a vu Sifi Ghrieb coprésider la cérémonie de lancement du chantier aux côtés de son homologue tchadien Allamaye Halina, puis être reçu en audience par le président Mahamat Idriss Déby Itno au palais présidentiel. Les deux rendez-vous ont déroulé le même fil : celui d’une relation bilatérale qui prend de la vitesse depuis la visite d’État du chef d’Etat tchadien à Alger, fin avril, et la tenue, à cette occasion, de la 4e session de la Commission mixte algéro-tchadienne.

Ce n’est pas la première fois que l’Algérie dote un pays sahélien d’une infrastructure électrique à titre de don. Le précédent, au Mali ou au Niger selon les configurations antérieures, avait déjà tracé les contours d’une stratégie : l’Algérie ne vend pas seulement du gaz à l’Europe, elle produit de l’électricité pour ses voisins. La centrale de Farcha est une unité mobile à turbines à gaz, une technologie que Sonelgaz et ses filiales maîtrisent depuis des années et qui présente l’avantage d’une mise en service rapide dans des contextes où les réseaux de distribution restent fragiles. Quarante mégawatts, dans une capitale comme N’Djamena, représentent une contribution substantielle à un parc de production que le Tchad peine à développer seul. La rapidité de l’opération — le mémorandum d’entente a été signé le 22 avril 2026, l’accord de don le 14 mai, la première pierre posée le 8 juin — en dit long sur le niveau de mobilisation des équipes des deux côtés.

C’est précisément ce rythme que le Premier ministre tchadien Allamaye Halina a choisi de souligner lors de la cérémonie. « La promptitude avec laquelle ces engagements ont été traduits en actions concrètes témoigne de la qualité du dialogue entre nos gouvernements ainsi que de l’efficacité de la collaboration entre les équipes techniques tchadiennes et algériennes », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que cette rapidité « illustre aussi les valeurs de confiance, de respect mutuel et de solidarité qui fondent notre partenariat ». Plus loin dans son discours, le chef du gouvernement tchadien a cadré la signification de l’événement : « La mise à disposition d’une centrale électrique mobile à turbines à gaz apporte une contribution significative aux efforts engagés par le Tchad pour renforcer son système énergétique et répondre aux besoins croissants de sa population. »

Dimension stratégique

Du côté algérien, le discours assumait pleinement la dimension stratégique de l’opération. Dans sa déclaration à l’issue de son audience avec le président Déby Itno, Sifi Ghrieb a qualifié le projet de centrale de « premier fruit de la nouvelle phase des relations entre l’Algérie et le Tchad, marquée par l’efficacité, la performance et un engagement politique commun au plus haut niveau ». Une formulation qui situe le projet dans une trajectoire délibérée. Le Premier ministre a également mis en avant la feuille de route tracée lors des entretiens d’avril entre le président Tebboune et son homologue tchadien, soulignant que le chantier de Farcha en est la première matérialisation tangible.

La présence à N’Djamena du ministre d’État chargé des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, du ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, mais aussi du PDG de Sonatrach, Nour Eddine Daoudi, et du PDG de Naftal, Djamel Cherdoud, dit beaucoup sur la nature de l’engagement algérien. Ce n’est pas une délégation de courtoisie. C’est un dispositif opérationnel. L’accompagnement du directeur général de l’Agence algérienne de coopération internationale pour la solidarité et le développement, Abed Hallouz, confirme que le projet est structuré comme un don de développement assumé, distinct des logiques commerciales habituelles.

Cette architecture institutionnelle rejoint une réflexion que l’Algérie porte depuis plusieurs années sur son positionnement continental : l’idée qu’un pays producteur d’hydrocarbures peut jouer un rôle différent de celui du simple fournisseur. En dotant des États voisins de capacités de production électrique, en formant des ingénieurs, en appuyant des projets d’infrastructure, Alger construit une présence en Afrique qui doit peu aux instruments classiques de la coopération internationale et beaucoup à une lecture souverainiste des solidarités régionales. Le modèle revendiqué est celui d’une coopération Sud-Sud qui échappe aux conditionnalités et aux asymétries des rapports Nord-Sud.

Le président Déby Itno a reçu en audience Ghrieb en présence du gratin de l’administration énergétique algérienne, a clairement pris acte de cette dimension. Son gouvernement a salué le niveau de coopération entre l’Algérie et le Tchad, lequel se veut, de par les acquis réalisés et les perspectives prometteuses, un modèle ambitieux de coopération intra-africaine et de partenariat Sud-Sud .

Au-delà de la centrale, les entretiens de N’Djamena ont couvert un spectre large : hydrocarbures, infrastructures de transport, formation, enseignement supérieur, sécurité régionale. Sur ce dernier point, les deux parties ont mis en avant la nécessité d’une concertation bilatérale pour faire face aux défis communs dans le Sahel, une région où les deux pays partagent une longue frontière et des intérêts de sécurité convergents. Là aussi, la centrale de Farcha n’est pas hors-contexte : un État qui produit de l’électricité pour ses voisins est un État qui construit des liens d’interdépendance utiles dans les moments de crise.

Sifi Ghrieb a quitté N’Djamena en fin de journée, salué sur le tarmac de l’aéroport international par son homologue Allamaye Halina et plusieurs membres du gouvernement tchadien. L’image était protocolaire. Ce qui l’était moins, c’est le chantier qu’il laisse derrière lui dans la zone industrielle de Farcha, et la trajectoire qu’il incarne : une Algérie qui ne se contente plus d’observer les déficits énergétiques africains, mais qui y répond avec ses propres outils.

Salim Amokrane

admin

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