Monde

Ghaza : Des milliers de martyrs ensevelis sous les décombres et difficiles à identifier

Les difficultés d’identification des victimes palestiniennes enfouies sous les décombres de Ghaza « augmentent de jour en jour », ont alerté des responsables du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dans des déclarations au quotidien britannique The Guardian. Une situation qui s’aggrave à mesure que l’accès aux sites de fouille reste entravé par l’occupant sioniste et que les corps, non encore retrouvés, avancent inexorablement vers un stade de décomposition rendant toute identification impossible. « Il ne fait aucun doute que l’identification de ces corps deviendra bientôt difficile. Plus on tarde à récupérer les restes humains, plus il sera difficile de les identifier », a déclaré Pat Griffiths, porte-parole du CICR à El-Qods occupée. Il a précisé que les corps restés longtemps sous les décombres atteignent un stade avancé de décomposition, parfois réduits à l’état de squelette au moment de leur découverte, privant ainsi les experts médico-légaux des preuves circonstancielles nécessaires à l’établissement de leur identité. La demande du CICR est pourtant simple : permettre aux équipes de recherche et de sauvetage d’accéder à l’ensemble des sites où des restes humains sont suspectés, et autoriser l’acheminement à Ghaza des machines et équipements indispensables aux opérations d’extraction. « Nous maintenons cette demande, qui fait partie intégrante de notre dialogue direct et permanent avec les autorités compétentes, afin d’obtenir l’autorisation d’acheminer ce matériel à Ghaza », a insisté Griffiths. Pour l’heure, les équipes de secours n’ont à leur disposition que des outils rudimentaires — pelles, haches, brouettes, pioches et pics — et leurs mains nues. Leurs demandes répétées pour faire entrer des excavatrices et des engins lourds sont restées sans réponse de la part de l’occupant sioniste.

La dimension du désastre donne l’échelle de l’urgence. Depuis l’entrée en vigueur du fragile cessez-le-feu, en octobre dernier, qui n’est d’ailleurs pas respecté par l’occupation sioniste, les Palestiniens fouillent environ 61 millions de tonnes de décombres, soit vingt fois la quantité totale laissée par l’ensemble des conflits dans le monde depuis 2008. Les autorités sanitaires palestiniennes estiment qu’au moins 10.000 personnes sont encore ensevelies sous ces ruines ; certains experts portent ce chiffre à 14.000. Le bilan humain global de l’agression génocidaire sioniste contre la bande de Ghaza s’établit désormais à 72.996 martyrs et 173.246 blessés depuis le 7 octobre 2023, en majorité des femmes et des enfants, selon les autorités sanitaires palestiniennes. Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu du 10 octobre dernier, 986 Palestiniens sont tombés en martyrs, 3.138 autres ont été blessés et les corps de 783 martyrs ont été récupérés. Dimanche, quatre nouveaux Palestiniens ont été tués et plusieurs autres blessés dans un bombardement sioniste contre le camp de Jabalia, dans le nord de la bande de Ghaza. La frappe a visé des civils à proximité de l’hôpital Al-Yemen Al-Saeed, selon l’agence de presse palestinienne Wafa.

La science médico-légale confirme ce que les chiffres traduisent. Cristina Cattaneo, professeure de médecine légale à l’université de Milan, a déclaré au Guardian que « le temps est, en fin de compte, le pire ennemi de l’identification des corps ». Elle a expliqué qu’au début, lorsqu’un corps est relativement bien conservé, le visage et certains traits distinctifs demeurent encore discernables. Avec le temps, ces éléments permettant une identification précise disparaissent un à un, y compris la possibilité d’une identification par ADN qui, elle aussi, se dégrade. « Plus un corps reste longtemps non découvert, plus il devient difficile de l’identifier, même à l’aide de l’ADN », a-t-elle souligné.

Ce que décrivent les experts du CICR et les médecins légistes n’est pas seulement une crise humanitaire ou scientifique. C’est l’effacement méthodique d’une identité, nom par nom, visage par visage, sous des millions de tonnes de béton que l’occupant sioniste refuse de laisser déblayer.

L.S.

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *