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Quel impact pour l’économie algérienne ?

L’Algérie a quitté vendredi la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), une décision adoptée à l’unanimité par les membres de la session plénière de l’organisation, réunie au siège de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à Paris. Conduite par le ministre des Finances, Abdelkrim Bouzred, et le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohammed Lamine Lebbou, la délégation algérienne a obtenu ce que plusieurs experts qualifient déjà de tournant pour l’attractivité économique du pays, au terme d’un processus de réformes engagé depuis plusieurs années dans les domaines bancaire, financier et législatif.

Un signal de confiance pour les opérateurs économiques

Pour le président du Conseil du Renouveau Économique Algérien (CREA), Kamel Moula, cette sortie constitue « une étape importante pour l’Algérie et un signal positif pour l’économie nationale ». Dans une déclaration à l’APS, il a souligné que la décision du GAFI « vient consacrer les efforts engagés pour renforcer la transparence financière, améliorer la gouvernance et rapprocher le système financier national des standards internationaux ». Le CREA, qui représente les entreprises publiques et privées algériennes, y voit « un facteur de confiance supplémentaire pour les opérateurs économiques nationaux et pour les partenaires internationaux ». Selon M. Moula, cette avancée devrait également « renforcer l’attractivité de l’Algérie, faciliter les échanges économiques et créer un environnement plus favorable à l’investissement ». Il a appelé l’ensemble des acteurs économiques à « poursuivre leurs efforts pour accompagner la transformation de l’économie et consolider une croissance durable, fondée sur la confiance, la compétitivité et la création de valeur », réaffirmant l’engagement du CREA à contribuer, aux côtés des pouvoirs publics, à « la construction d’une économie plus forte, plus ouverte et davantage intégrée dans son environnement international ».

Le rôle clé des mesures correctives de la Banque d’Algérie

Au-delà de la dimension symbolique, plusieurs experts insistent sur le travail technique qui a permis d’aboutir à ce retrait. L’expert en régulation financière et bancaire Idir Saci a rappelé dans une déclaration à l’APS que la sortie de la liste grise est le résultat des mesures de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme renforcées par l’Algérie ces dernières années, à travers une série de « dispositions correctives » mises en place principalement au niveau de la Banque d’Algérie pour encadrer les transactions en espèces avec les banques. Il a notamment cité l’adoption de plusieurs décisions relatives aux transferts financiers liés aux importations, ainsi que la mise en œuvre de la procédure KYC (connaissance du client) au niveau des banques et d’Algérie Poste. Selon lui, la décision du GAFI est aussi le fruit d’une « dynamique de réforme » enregistrée sur le plan législatif depuis 2024, les pouvoirs de la Cellule de traitement du renseignement financier ayant été renforcés parallèlement aux instructions de la Banque d’Algérie, afin de garantir une plus grande rigueur dans le respect des règles de transparence des transactions financières et bancaires.

Une reconnaissance internationale du processus de réforme

L’expert en développement économique Abderrahmane Hadef voit dans cette décision « une étape importante dans le processus de réformes économiques et financières en cours en Algérie » et « une reconnaissance internationale explicite de l’efficacité des mesures prises par les autorités publiques » pour renforcer la transparence financière et adapter le système national aux standards internationaux. Il a estimé que le retrait de la liste grise constitue « un indicateur fort du rétablissement de la confiance internationale dans l’environnement financier national et de la capacité des institutions algériennes à répondre aux exigences de réforme et de modernisation ». M. Hadef a rappelé le « processus de réforme global et continu » engagé par l’Algérie pour renforcer le cadre législatif et réglementaire, développer les mécanismes de contrôle et de supervision financière, améliorer les systèmes de traçabilité et de conformité, et moderniser les procédures de connaissance des clients et de surveillance des opérations financières et commerciales. Les mesures ont également porté sur le renforcement de la coopération avec les instances internationales et la modernisation du registre du commerce, contribuant selon lui à davantage de transparence dans les transactions économiques. Pour l’expert, la décision du GAFI traduit enfin « la qualité, l’efficacité et la capacité du système législatif algérien à s’adapter rapidement aux exigences internationales », la révision de plusieurs textes réglementaires démontrant la capacité du pays à développer un environnement juridique conforme aux normes internationales.

Des retombées attendues sur l’investissement étranger

Le professeur d’économie Slimane Nacer a, de son côté, estimé que ce retrait « aura un impact positif sur l’économie nationale et, plus particulièrement, sur l’attractivité de l’Algérie pour les investissements étrangers et l’amélioration de son climat des affaires ». Il a fait remarquer que la sortie de la liste grise permettra de lever certains obstacles auxquels pouvaient être confrontés les opérateurs économiques algériens à l’étranger, notamment dans leurs relations avec les banques et partenaires internationaux, plus réticents à traiter avec des pays placés sous surveillance renforcée. Rappelant les nombreuses mesures prises récemment par l’Algérie dans les domaines bancaire et financier, ainsi qu’en matière de régulation des pratiques commerciales et de création d’entreprises, M. Nacer a affirmé que la décision du GAFI « envoie un signal fort quant à l’engagement de l’Algérie à respecter toutes les conditions internationales » en lien avec la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

La présence, lors de cette session plénière à Paris, du ministre des Finances et du gouverneur de la Banque d’Algérie témoigne de l’importance stratégique accordée par l’État, sous la conduite du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, aux enjeux liés à la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération des armes de destruction massive. Au-delà du satisfecit politique, c’est désormais sur le terrain économique que les effets de cette sortie de liste grise seront attendus, qu’il s’agisse de la facilité d’accès au financement international, de la fluidité des transferts pour les entreprises algériennes ou de l’amélioration du climat des affaires que les autorités appellent de leurs vœux depuis plusieurs années.

Sabrina Aziouez

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