L’Algérie tourne la page de la liste grise du GAFI : Un volontarisme politique reconnu
Au terme d’un processus de réformes engagé depuis plusieurs mois, l’Algérie est sortie de la liste grise du Groupe d’action financière, une décision saluée à l’unanimité comme la reconnaissance internationale de la solidité retrouvée du système financier national.
L’Algérie n’est plus sous surveillance renforcée du Groupe d’action financière (GAFI). Réunis vendredi en plénière au siège de l’OCDE à Paris, les membres de l’organisation ont voté à l’unanimité le retrait du pays de la « liste grise », celle des juridictions soumises à un contrôle accru en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Une décision qui solde plusieurs mois de mise à niveau réglementaire et institutionnelle, et qui replace l’Algérie dans le cercle des places financières jugées conformes aux standards internationaux.
La délégation algérienne ayant pris part à cette session a été conduite par le ministre des Finances, Abdelkrim Bouzred, et le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohammed Lamine Lebbou. Signe aussi de « l’importance stratégique accordée par les plus hautes autorités de l’Etat aux enjeux liés à la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération des armes de destruction massive ».
Sur place, les délégations présentes ont estimé que les résultats obtenus par l’Algérie « constituent une démonstration concrète de sa volonté politique, de l’efficacité de ses réformes et de son attachement au respect des standards internationaux les plus exigeants en matière d’intégrité financière et de transparence économique ». Pour ces mêmes délégations, ce retrait « consacre les avancées majeures réalisées par le pays dans le renforcement de son dispositif national de prévention et de lutte contre la criminalité financière et conforte davantage la confiance de la communauté internationale dans la solidité et la résilience du système financier algérien ».
Ce que le GAFI retient des réformes algériennes
Au lendemain de l’annonce, le GAFI a détaillé, sur son site, les raisons techniques de ce retrait. L’organisation a indiqué que la décision fait suite à des visites d’évaluation concluantes menées sur le terrain, après que l’Algérie eut achevé son plan d’action « dans les délais impartis », précisant que le pays « n’est plus soumis au processus de surveillance renforcée ».
Le GAFI a mis en avant plusieurs chantiers menés par les autorités algériennes à l’image de l’amélioration de la supervision du secteur financier, à travers l’adoption de nouvelles procédures, d’évaluations des risques et de lignes directrices, mais aussi la réalisation d’inspections et l’application de sanctions « efficaces, proportionnées et dissuasives ». L’organisation cite également la mise en place d’un cadre pour les informations sur les bénéficiaires effectifs des entités, le renforcement du régime de déclaration des opérations suspectes, ainsi que l’établissement d’un cadre juridique pour les sanctions financières ciblées contre le financement du terrorisme. Le GAFI relève enfin l’adoption d’une approche fondée sur les risques pour la supervision des organisations à but non lucratif, « sans perturber ni décourager leurs activités légitimes ».
La Banque d’Algérie revendique un dispositif consolidé
Du côté de la Banque d’Algérie, la décision du GAFI a été accueillie comme la validation d’un travail de fond engagé sur plusieurs fronts. Dans un communiqué publié après l’annonce, l’institution a indiqué que cette évolution traduit le renforcement de la confiance de la communauté internationale dans la solidité et la résilience du système financier national, et qu’elle reflète l’importance accordée par les plus hautes autorités de l’Etat aux politiques de lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération des armes de destruction massive.
Notons que cette sortie est le résultat de réformes qui reposent sur un arsenal législatif consolidé, grâce notamment à une révision de la loi du 6 février 2005 relative à la prévention et à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, à travers la nouvelle loi du 24 juillet 2025. Le texte encadrant le registre public des bénéficiaires effectifs des personnes morales et des constructions juridiques a lui aussi été révisé, élargissant son champ d’application aux sociétés, associations, organisations non gouvernementales et biens wakfs, désormais soumis à des obligations déclaratives auprès du Centre national du registre du commerce (CNRC). Sur le volet bancaire, la Banque d’Algérie a publié en 2025 son rapport d’évaluation sectorielle des risques de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme, couvrant le secteur bancaire et Algérie Poste, dans le cadre des missions de supervision exercées par la Commission bancaire.
Le ministère des Finances a, de son côté, renforcé les contrôles et les mesures de vigilance applicables aux professions exposées à ce type de risques, notamment les notaires, les experts-comptables et les commissaires aux comptes, afin de mieux identifier et encadrer les opérations suspectes.
Un signal envoyé aux investisseurs et partenaires internationaux
Au-delà de son volet technique, ce retrait de la liste grise est porteur d’un message adressé aux partenaires économiques et financiers de l’Algérie. L’inscription sur cette liste expose en effet les pays concernés à un renforcement des contrôles sur leurs transactions internationales, ce qui peut compliquer l’accès aux financements extérieurs et freiner les flux d’investissements étrangers. Sa levée constitue donc, pour les autorités algériennes, un argument supplémentaire dans la perspective d’une plus grande ouverture du système financier national et d’un climat des affaires présenté comme assaini.
Salim Amokrane

