Culture

12e Festival culturel national de musique andalouse « Sanâa » : 400 musiciens pour faire dialoguer mémoire et patrimoine

Près de 400 instrumentistes réunis sur une même scène pour faire résonner, le même soir, les échos de la nouba et ceux de la lutte de Libération nationale. C’est l’image forte que promet la soirée inaugurale du 12e Festival culturel national de musique andalouse « Sanâa », prévu du 4 au 9 juillet à Alger. Une concomitance que les organisateurs n’ont pas laissée au hasard, puisque l’ouverture de cette édition coïncide avec les célébrations du 64e anniversaire de la Fête de l’indépendance et de la Jeunesse, donnant au rendez-vous une portée qui dépasse le seul cadre artistique. Réunissant 14 associations de musique andalouse représentant sept wilayas, le festival posera ses valises au Palais de la Culture Moufdi-Zakaria, où s’est tenue lundi la conférence de presse de présentation. Le commissaire de l’événement, Ahcène Ghida, a inscrit cette manifestation dans « les efforts visant à préserver le patrimoine musical andalou et à sauvegarder son héritage authentique », placée cette année sous le slogan « En notre fête, Dieu nous a réunis ». Un thème qui n’a rien d’anodin, car il fait écho, selon le commissaire, aux valeurs d' »unité et de cohésion » que la musique Sanâa porte depuis des générations.

C’est précisément cette rencontre entre deux mémoires, celle de la libération nationale et celle de la création artistique, qui constitue le cœur symbolique de cette édition. M. Ghida a souligné que ce caractère particulier associe « la mémoire historique et la joie de la libération à celle de la création artistique », une dimension qui traduit, selon lui, « la place éminente » qu’occupe la musique andalouse parmi les composantes de l’identité culturelle algérienne.

Cette charge symbolique se déploiera dès la soirée d’ouverture, à travers un grand spectacle confié au Grand Orchestre algérien de musique Sanâa, placé sous la direction du maestro El Hadi Boukoura. Sur scène, près de 400 instrumentistes issus de quarante associations venues de différentes régions du pays interpréteront un programme mêlant pièces du répertoire de la nouba et du haouzi à des chants patriotiques, dans ce que les organisateurs présentent comme une fresque musicale dédiée à la mémoire nationale.

Au-delà de cette ouverture spectaculaire, le festival déploiera son programme autour de trois axes combinant prestations artistiques, activités intellectuelles et valorisation patrimoniale. Les soirées artistiques, organisées dans les jardins du Palais de la Culture, donneront la mesure de la diversité régionale de cet art. « 14 associations représentant sept wilayas y prendront part, à raison de trois concerts par soirée », a précisé M. Ghida, qui voit dans cette formule un moyen de permettre au « plus grand nombre d’associations actives à travers le pays de participer à cette manifestation ». Parmi les ensembles retenus figurent « El Widadia » de Blida, « El Moutribia » de Biskra, « El Fakhardjia » d’Alger, « Er-Rawnak El Annabi » d’Annaba, « El Kaissaria » de Cherchell, « Naghma » de Bejaïa, « El Qalaâ » de Jijel et « El Fen wa n’Nachat » de Mostaganem, témoignant de l’ancrage de cette tradition musicale sur l’ensemble du territoire national.

Le volet hommage occupera également une place de choix dans cette édition, avec la distinction de onze personnalités artistiques pour leur contribution à la préservation de la musique andalouse et à l’enrichissement de son répertoire, une manière de rappeler que cet art vivant doit sa pérennité à des générations de praticiens et de transmetteurs.

Sur le plan scientifique, le festival innove cette année avec l’organisation, le 6 juillet, d’une journée d’étude préparatoire intitulée « Projet de rencontre nationale sur la musique classique algérienne (musique savante) ». Dirigée par le professeur Abdelkader Bendamèche et réunissant spécialistes et chercheurs, cette rencontre se penchera sur les moyens d' »unifier les référentiels et d’améliorer les mécanismes de sauvegarde du patrimoine musical classique algérien ». Un chantier que le commissaire du festival présente comme essentiel pour renforcer les efforts de « préservation et de transmission de cet héritage culturel aux générations futures », inscrivant ainsi le Sanâa 2026 dans une démarche qui se veut autant festive que patrimoniale et scientifique.

Mohand S.

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