Développé par l’Université de Chlef : Un outil high-tech pour la gestion des catastrophes naturelles
Concevoir un système de communication capable de fonctionner là où tout s’effondre, réseaux mobiles coupés, électricité absente, infrastructures détruites, c’est le défi qu’a relevé une équipe de chercheurs de l’université « Hassiba Benbouali » de Chlef, qui a mis au point un dispositif innovant basé sur la technologie « LoRa », destiné à sécuriser les communications et à coordonner les opérations de secours en cas de crises et de catastrophes naturelles.
Selon les informations relayées par l’APS, ce système permet d’envoyer et de recevoir des SMS et des mini-images via des appareils « LoRa » au sein d’un réseau sans fil autonome, fonctionnant sur la bande 800-900 MHz sans nécessiter la moindre infrastructure de télécommunications classique. Lors des essais menés sur le terrain, la portée d’émission a atteint 8 km en milieu rural et 1 km en milieu urbain, avec des marges d’extension possibles selon la qualité des équipements utilisés, une prouesse technique dans une wilaya régulièrement confrontée aux risques sismiques. Le recteur de l’université, le professeur Larbi Ghouini, a souligné que ces travaux traduisent « les recommandations de la nouvelle vision de l’université algérienne, qui s’inscrit dans la stratégie des hautes autorités du pays visant à faire de l’université le moteur du développement global et un axe essentiel pour l’élaboration de solutions souveraines et défensives ». Il y voit « un exemple réussi de transformation des connaissances universitaires en produits innovants ayant un impact concret sur le terrain », de nature à renforcer « la préparation des institutions de l’État à faire face aux différentes crises et catastrophes », notamment au bénéfice des collectivités locales appelées à s’en servir dans la gestion des situations d’urgence.
Le doyen de la Faculté des sciences exactes et de l’informatique, le professeur Mounir Taher Abbas, a pour sa part mis en avant l’intérêt de cette technologie de pointe, disponible « pour une utilisation et une mise en place avant les catastrophes dans le cadre des plans de secours locaux ou pendant les catastrophes et les crises, notamment dans les zones accidentées et isolées » que les camions de diffusion classiques ne peuvent couvrir. Il a précisé que le système repose sur des réseaux sans fil auto-organisés fonctionnant sans infrastructure fixe, intégrant des protocoles de cryptage avancés pour garantir la sécurité et la confidentialité des données, avec une possibilité de connexion aux systèmes de communication de la Protection civile et aux opérateurs de téléphonie mobile.
Membre du laboratoire de recherche scientifique spécialisé en informatique et ses applications à l’université de Chlef, M. Benali Mohamed a détaillé l’utilité opérationnelle du dispositif : en cas de séisme, de panne des réseaux mobiles et de coupure d’électricité, il permet « de mettre en place des réseaux de communication provisoires dans les zones sinistrées, de suivre les équipes de secours et les équipements de terrain pendant les opérations d’intervention, ainsi que de surveiller la sécurité des infrastructures et d’évaluer les dommages structurels subis par les bâtiments et les ponts ». La wilaya de Chlef se trouvant en zone sismique à forte activité, ce réseau permet également de détecter les répliques et de faire remonter, via les passerelles « LoRa One », un flux d’informations de télédétection vers les centres de surveillance, afin de prendre des décisions rapides.
Sur le plan technique, le professeur-chercheur Abdelwahab Nouar a indiqué que les essais de transmission de données et d’images ont été menés avec succès, en mouvement comme à l’arrêt, selon un parcours sécurisé reposant sur un cryptage conforme au protocole AES-128/256 bits, « afin d’éviter toute fuite de données en cas de cyberattaques sur le réseau ». Malgré la faible capacité des processeurs et de la mémoire des appareils « LoRa », fonctionnant en mode basse consommation « LPWA », les chercheurs ont réussi à transmettre des images médicales dans un scénario simulant un séisme, où un secouriste envoie la photo d’une victime souffrant d’une fracture afin de préparer son évacuation et sa prise en charge d’urgence. Les images, redimensionnées via une application connectée à un boîtier « LoRa », ont été acheminées avec succès dans la zone urbaine entre les quartiers de Bensouna et El-Houria, sur une distance de 996 mètres, ainsi que dans la zone rurale du douar Ouled El-Haj Kaddour, commune d’Ouled Fares, au nord de Chlef, sur une portée dépassant 1 300 mètres.
Au-delà de la gestion des catastrophes, les chercheurs relèvent que ce système intelligent ouvre des perspectives dans d’autres domaines stratégiques comme la surveillance de l’humidité des sols et des données climatiques en agriculture, la gestion intelligente de l’eau et de l’énergie, ou encore l’alerte précoce face aux incendies et inondations dans les zones montagneuses isolées. Une polyvalence qui, selon M. Benali Mohamed, « contribue également au développement de l’intégration des applications de l’Internet des objets (IoT) aux systèmes intelligents de gestion des urgences » et permet de surmonter les limites des réseaux sans fil traditionnels en matière de couverture géographique, de coûts énergétiques et de maintenance.
Solution économique
L’enjeu n’est pas seulement technologique mais aussi économique. Le coût de couverture de l’ensemble des zones isolées de la wilaya de Chlef ne dépasserait pas 10 000 à 12 000 dollars américains, une solution que le professeur Mounir Taher Abbas qualifie de « pratique et durable pour couvrir ces zones avant, pendant et après les catastrophes naturelles », sans nécessiter d’entretien des émetteurs. Fonctionnant grâce à des piles de 1,5 volt dont l’autonomie peut atteindre dix ans, ce système à basse consommation est également présenté comme respectueux de l’environnement, la réduction de la consommation énergétique limitant les émissions liées aux processeurs numériques et garantissant un fonctionnement propre du réseau.
La solidité scientifique de ces travaux a été validée par la communauté académique internationale. Les chercheurs de Chlef ont publié deux articles évalués par des pairs dans la revue « Wireless Personal Communications », éditée par Springer et classée en catégorie A par le ministère algérien de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le premier en mai 2025, le second en juin 2026, un troisième étant encore en cours d’évaluation. Ces publications détaillent les paramètres techniques de réglage de la technologie « LoRa », appuyés par des expériences pratiques et des simulations visant à améliorer l’efficacité du signal.
Samir Benisid

