Moyen-Orient : Téhéran conditionne tout accord à l’arrêt des menaces américaines
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a affirmé lundi que les pourparlers en vue d’un accord définitif entre l’Iran et les États-Unis ne pourraient débuter tant que les menaces américaines se poursuivraient, en réaction aux propos tenus la veille par le président Donald Trump, qui avait averti que Washington était prêt, à défaut d’accord, à « finir le travail » sur le plan militaire.
Dans un message publié sur la plateforme X, le chef de la diplomatie iranienne a invoqué le paragraphe 13 du protocole d’accord signé le mois dernier entre les deux pays, estimant que ce texte excluait toute reprise des négociations tant que perdureraient des menaces. « Respectez votre signature », a-t-il lancé à l’adresse de Washington. Ce protocole, négocié sous médiation pakistanaise et connu sous le nom d’accord d’Islamabad, est entré en vigueur le 18 juin après avoir été validé par voie électronique par le président iranien Massoud Pezechkian et son homologue américain. Il ouvre une période de 60 jours de diplomatie indirecte destinée à aboutir à un règlement durable entre les deux pays.
Les propos d’Araghchi sont intervenus quelques heures après une sortie de Donald Trump depuis la Maison Blanche, où le président américain a soutenu que Washington obtiendrait, d’une manière ou d’une autre, la garantie que l’Iran ne se dote pas de l’arme nucléaire. Évoquant les scénarios possibles, il a déclaré aux journalistes préférer un accord négocié à une option militaire, tout en affirmant que cette dernière ne poserait pas de difficulté technique pour les forces américaines. Il a également mis en avant la capacité de Washington à viser des infrastructures énergétiques et de transport iraniennes en cas d’échec des discussions.
Ces déclarations ont suscité une réplique du secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Mohammad Baqer Zolqadr, cité par les médias d’État iraniens, qui a jugé les menaces américaines dénuées de fondement et averti que Téhéran répondrait sur un autre registre si le ton employé à l’égard du peuple iranien ne changeait pas. Ces échanges surviennent au lendemain des funérailles du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, tué le 28 février lors des frappes aériennes américaines et israéliennes qui avaient ouvert le conflit. Les cérémonies, étalées sur six jours, ont rassemblé des foules nombreuses à Téhéran, une mobilisation présentée par plusieurs observateurs comme un signe de cohésion interne, en dépit des pronostics qui anticipaient une fragilisation du pouvoir iranien après la guerre.
Parallèlement à ces échanges diplomatiques, la tension s’est également manifestée en mer, dans le détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d’hydrocarbures. L’agence britannique de sécurité maritime UKMTO a fait état, en l’espace de vingt-quatre heures, de trois incidents distincts visant des navires commerciaux. Le premier, survenu lundi au large d’Oman, a touché un méthanier appartenant au Qatar, le Al-Rakayyat, atteint selon l’agence par un projectile non identifié ayant provoqué un incendie à bord. Doha a dénoncé une attaque « inacceptable » et mis en cause l’Iran par la voix de son porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Majed Al-Ansari, qui a déclaré tenir Téhéran « pleinement responsable » des dommages éventuels, tout en appelant à la préservation de la sécurité de la navigation internationale. Téhéran n’a pas revendiqué cet incident. Deux autres incidents ont été signalés mardi par l’UKMTO, sans attribution de responsabilité : un pétrolier endommagé par un projectile non identifié et un navire-citerne touché par un drone dont l’origine reste inconnue. Aucun de ces trois épisodes n’a fait de blessé, précise l’agence.
Le site d’information américain Axios a par ailleurs rapporté, en citant deux responsables américains non identifiés, que l’Iran aurait tiré au moins deux missiles sur des navires commerciaux, l’un d’eux ayant subi d’importants dégâts selon cette même source. Ces informations n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.
Le détroit d’Ormuz demeure l’un des principaux points d’achoppement des discussions engagées entre l’Iran et les États-Unis, dans lesquelles le Qatar joue un rôle de médiateur. Le trafic maritime dans cette zone avait été fortement perturbé durant le conflit déclenché fin février, l’Iran ayant pris le contrôle du passage en représailles aux frappes américaines et israéliennes, tandis que Washington imposait de son côté un blocus aux ports iraniens. La circulation avait repris après la signature du protocole d’accord du 17 juin, mais Téhéran continue d’affirmer qu’un retour aux conditions de circulation antérieures à la guerre n’est pas envisageable, tout en réservant le passage à un itinéraire longeant ses propres côtes. Selon l’Agence d’information sur l’énergie américaine, environ 20 millions de barils de brut transitaient quotidiennement par le détroit d’Ormuz en 2024, soit près de 20 % de la consommation mondiale de pétrole liquide, ce qui confère à cette voie maritime une importance déterminante pour l’approvisionnement énergétique international.
Lyes Saïdi

