Le marché du GNL atteint un niveau record : L’Algérie dans le top 8 mondial des exportateurs
L’Algérie a exporté 9,7 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) en 2025, se classant au 8e rang mondial des pays exportateurs avec une part de marché de 2,2 %, selon le rapport annuel de l’Union internationale du gaz (UIG) publié mardi. Le document, qui fait référence pour l’industrie gazière mondiale, situe cette performance algérienne dans un commerce international du GNL porté à un niveau record de 437 millions de tonnes, en hausse de 6,3 % sur un an, soit le rythme de progression le plus rapide depuis 2022.
Sur le plan continental, l’Algérie occupe la deuxième position, derrière le Nigeria, qui détient 3,4 % du marché mondial, et devant le Mozambique, crédité de 0,8 %. À l’échelle planétaire, le podium reste trusté par trois producteurs qui concentrent à eux seuls plus de 60 % des volumes exportés à savoir les États-Unis, en tête avec 110,7 millions de tonnes et 25,3 % du marché, suivis du Qatar (18,7 %) et de l’Australie (18,4 %). L’Algérie devance en revanche des acteurs pourtant bien établis sur la scène gazière internationale, à l’image de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (8,5 millions de tonnes), du Mozambique (3,7 millions), du Pérou (3,8 millions), de la Norvège (3,3 millions) ou encore du Canada (2,1 millions de tonnes).
Le rapport de l’UIG distingue également l’Algérie sur le volet des infrastructures. Avec une capacité opérationnelle de liquéfaction de 25,5 millions de tonnes par an, représentant 4,9 % du total mondial, le pays se hisse au 7e rang planétaire, derrière les États-Unis, l’Australie, le Qatar, la Russie, la Malaisie et l’Indonésie. En Afrique, l’Algérie conserve là aussi la deuxième place, loin derrière le Nigeria (22,2 millions de tonnes par an) mais nettement devant l’Égypte (12,2 millions), l’Angola (5,2 millions), la Guinée équatoriale (3,7 millions) et le complexe naissant Mauritanie-Sénégal (2,5 millions). Le trio de tête mondial demeure toutefois hors de portée : les États-Unis affichent 116,9 millions de tonnes de capacité annuelle, l’Australie 85,1 millions et le Qatar 77,1 millions, ces trois pays réunissant plus de la moitié des capacités de liquéfaction de la planète.
Une place stratégique sur l’échiquier énergétique
Ce classement intervient alors que la place de l’Algérie sur l’échiquier énergétique mondial renforcée par les tensions géopolitiques qui pèsent sur les marchés énergétiques et notamment gaziers. Si la guerre en Ukraine et la volonté de l’Union européenne de diversifier ses sources d’approvisionnement gazier dans son sillage a consolidé la place de l’Algérie comme partenaire énergétique incontournable pour l’Europe, la récente crise au Moyen-Orient a confirmé cette place de partenaire fiable non seulement pour l’Europe, mais aussi d’autres pays. Plusieurs pays européens et asiatiques se sont tournés vers Alger pour sécuriser leurs approvisionnements, dans un marché fortement perturbé par les retombées du conflit au Moyen-Orient, notamment avec la fermeture du détroit d’Ormuz et les tensions qui y persistent depuis. Grâce à ses capacités de liquéfaction et à sa proximité géographique avec le continent européen, l’Algérie a ainsi pu jouer un rôle d’appoint dans un contexte de tension sur les flux, confortant son statut de fournisseur stable pour ses partenaires, notamment au Nord de la Méditerranée.
À l’échelle mondiale, la physionomie des échanges s’est sensiblement modifiée en 2025. L’Europe a enregistré la plus forte progression des importations, en hausse de 26,1 millions de tonnes pour atteindre 126,2 millions de tonnes, portée par la reconstitution de ses stocks et la compensation du recul des flux de gaz russe par gazoduc. La zone Asie-Pacifique demeure la première région importatrice avec 168,7 millions de tonnes réceptionnées, mais ses achats ont reculé de 9,2 millions de tonnes, essentiellement sous l’effet d’une demande chinoise et indienne moins soutenue. La Chine reste le premier importateur mondial, avec 69,77 millions de tonnes, en repli de 8,9 millions de tonnes sur un an, devant le Japon (67,37 millions) et la Corée du Sud, dont les achats ont au contraire progressé de 1,7 million de tonnes pour atteindre 48,67 millions de tonnes.
L’impact de la crise du Golfe
Dans la préface du rapport, la présidente de l’UIG, Andrea Stegher, souligne que le conflit du Golfe a endommagé des infrastructures gazières et exposé les acheteurs asiatiques à une incertitude accrue sur les flux et les prix. Elle relève toutefois que la réaction du marché démontre qu’il s’agit d’« une industrie qui a atteint sa maturité », la capacité d’une chaîne d’approvisionnement plus diversifiée à mobiliser près de 40 % des volumes sur une base spot ayant permis de contenir l’impact immédiat de la crise du détroit d’Ormuz. La hausse de la liquidité sur les marchés de référence gaziers aurait, selon elle, offert aux opérateurs de meilleurs outils de gestion des risques.
Pour l’horizon 2035, l’UIG juge les perspectives de la demande mondiale de GNL globalement solides, portées par la croissance démographique, l’urbanisation, la numérisation et la transition vers des systèmes énergétiques moins carbonés. La présidente de l’organisation reconnaît cependant que les défis de l’année 2026 s’annoncent importants, plaidant pour la poursuite des investissements, de l’innovation et de la coopération internationale afin de garantir un approvisionnement énergétique sûr et abordable. Pour l’Algérie, ce nouveau classement confirme, dans un marché mondial en recomposition, la place stratégique de l’Algérie et l’atout que représentent ses infrastructures gazières.
Samira Ghrib

