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Guerre au Moyen-Orient : Un gel diplomatique qui inquiète

Deux mois après le déclenchement des hostilités entre les États-Unis et l’Iran, le détroit d’Ormuz reste le nœud gordien d’une crise qui dépasse largement le Moyen-Orient.  

Mardi, alors qu’une nouvelle proposition iranienne était transmise à Washington via les médiateurs pakistanais, les marchés pétroliers s’emballaient, le Brent franchissant le seuil des 110 dollars le baril, et les capitales du monde entier attendaient de savoir si ce couloir maritime — par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial — allait enfin retrouver une circulation normale. La journée a été marquée par une série de déclarations contradictoires qui illustrent la complexité des tractations en cours. Le porte-parole du ministère iranien de la Défense, Reza Talaei-Nik, a posé le ton dès le matin : « Les États-Unis ne sont plus en position de dicter leur politique à des nations indépendantes », a-t-il déclaré, cité par la télévision d’État iranienne. Washington doit renoncer à ses « exigences illégales et irrationnelles », a-t-il ajouté, avant d’annoncer que l’Iran est « prêt à partager ses capacités de défense militaire avec des pays indépendants, particulièrement les États membres de l’Organisation de coopération de Shanghai ». Ces déclarations intervenaient en marge d’une réunion des ministres de la Défense de l’OCS au Kirghizstan, où Talaei-Nik a précisé que Téhéran est disposé à faire part aux membres de l’organisation de « son expérience dans la défaite des États-Unis ».

À Washington, la réponse a été prudente. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a confirmé qu’une nouvelle proposition iranienne est « en cours d’examen ». Le secrétaire d’État Marco Rubio, tout en refusant de « négocier par voie de presse », a reconnu que l’offre « est meilleure que ce que nous pensions qu’ils nous proposeraient ». Mais il a maintenu la ligne rouge américaine : « Nous devons faire en sorte que tout accord conclu les empêche définitivement d’avoir à tout moment l’arme nucléaire à leur portée. » Quelques heures plus tard, un représentant américain a tempéré tout optimisme : Donald Trump « n’aime pas la proposition », a-t-il indiqué, précisant qu’elle ne répondait pas à la question du programme nucléaire iranien. Sur Truth Social, le président américain avait pourtant écrit plus tôt que l’Iran souhaite une ouverture du détroit « dès que possible » et se trouve dans un « état de crise ».

Sur le terrain maritime, un premier signal encourageant : selon le cabinet spécialisé Kpler, un navire entièrement chargé en gaz naturel liquéfié a franchi le détroit d’Ormuz mardi — une première depuis la quasi-fermeture du bras de mer provoquée par le conflit. Le secrétaire à l’Énergie américain, Chris Wright, en a tiré une conclusion pragmatique depuis un sommet à Dubrovnik : « Il n’est pas nécessaire de retirer toutes les mines posées dans le détroit pour que les navires puissent à nouveau emprunter ce passage. Il faut juste un passage. » La réouverture pourrait donc se faire « rapidement », selon lui.

La dimension régionale du dossier s’est affirmée avec la tenue d’une réunion extraordinaire du Conseil de coopération du Golfe à Djedda, en Arabie saoudite — la première rencontre physique des dirigeants de l’organisation depuis le début du conflit. L’émir du Qatar, le roi de Bahreïn, le chef de la diplomatie émirati et le prince héritier du Koweït ont été accueillis par Mohammed Ben Salman. À Doha, le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed Al-Ansari, a mis en garde contre un « conflit gelé » dans le Golfe qui se raviverait « à chaque prétexte politique ». « Nous tenons à voir cette guerre se terminer de manière durable, en tenant compte de l’ensemble de nos préoccupations dans la région et au-delà », a-t-il déclaré.

La portée économique de la crise est désormais mondiale. La Banque centrale européenne a signalé que les anticipations d’inflation en zone euro ont bondi de 2,5 % à 4 % entre février et mars, selon une enquête réalisée durant les premières semaines du conflit. En Asie-Pacifique, la ministre australienne des Affaires étrangères, Penny Wong, a estimé que la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz avait eu un « impact disproportionné » sur sa région, dont la dépendance aux hydrocarbures du Golfe est structurelle.

La mission iranienne auprès de l’ONU a, de son côté, publié sur X une mise en demeure sans ambiguïté : « Toute perturbation du transport maritime dans le golfe Persique et le détroit d’Ormuz, ainsi que ses conséquences, incombent aux États-Unis, dont les actions illégales mettent en danger la navigation internationale. » Elle a appelé à « une cessation durable et définitive des agressions contre l’Iran ». Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a répondu sur le même réseau : « La force du droit doit toujours prévaloir sur le droit de la force. » Trois semaines de cessez-le-feu, des discussions au Pakistan qui piétinent, des propositions qui circulent sans aboutir. Le détroit d’Ormuz reste soumis à un double blocus. Et le baril monte.

Lyes Saïdi

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