Le journaliste Ali Lmrabet arrêté à son retour d’exil au Maroc : Nouvel épisode de la répression makhzénienne
Le journaliste et opposant marocain Ali Lmrabet, installé depuis plusieurs années en Espagne, a été interpellé samedi à l’aéroport de Tanger dès sa descente d’avion, selon plusieurs sources concordantes. Cette arrestation, intervenue sans annonce préalable des autorités marocaines, relance les critiques sur l’état des libertés publiques au Maroc et s’inscrit dans une longue série d’atteintes à la liberté d’expression visant les voix jugées gênantes pour le Makhzen. Selon les informations disponibles, aucune communication officielle n’a été faite par les autorités marocaines sur les motifs précis de cette interpellation. L’Agence France-Presse évoque une arrestation pour « diffusion de fausses informations », sans que ce chef d’accusation n’ait été confirmé formellement par Rabat. Ce flou entretient un climat d’incertitude autour du dossier et alimente les inquiétudes des organisations de défense de la liberté de la presse.
Âgé de 66 ans, Ali Lmrabet s’est imposé depuis les années 1990 comme l’une des voix les plus déterminées du journalisme d’opposition marocain. Il fut le premier journaliste du royaume à interviewer d’anciens opposants au roi Hassan II, tels qu’Abraham Serfaty ou Malika Oufkir, et s’est rendu dans les camps de réfugiés sahraouis pour y recueillir la parole du défunt président du Front Polisario et de la RASD, Mohamed Abdelaziz.
Son parcours a été marqué par de lourdes poursuites judiciaires dont huit mois de détention entre 2003 et 2004 pour « offense au roi », puis une condamnation à dix ans de prison ferme en 2005 pour avoir refusé de qualifier les réfugiés sahraouis de « prisonniers », terminologie imposée par la propagande officielle marocaine. En 2014, Reporters sans frontières l’a distingué parmi les « 100 héros de l’information dans le monde ».
Soutien à la cause sahraouie et au Hirak du Rif
Depuis l’Espagne, Ali Lmrabet a continué de dénoncer les dérives autoritaires de la monarchie marocaine, tout en défendant publiquement le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et en estimant que la restriction du débat public ne sert aucune issue politique au conflit du Sahara occidental. Il a également exprimé à plusieurs reprises sa solidarité avec le mouvement populaire du Rif, critiquant l’approche sécuritaire adoptée par les autorités face aux manifestations sociales et appelant au respect des droits fondamentaux des manifestants plutôt qu’à la répression judiciaire.
L’arrestation a suscité une indignation immédiate parmi journalistes et défenseurs des droits humains. Le journaliste espagnol Ignacio Cembrero a ironisé sur X, soulignant que ce qui est reproché à Lmrabet est avant tout d’écrire librement depuis l’étranger, et qu’il ne faudrait plus prétendre à une quelconque évolution vers davantage de tolérance de la part des autorités marocaines. Khaled Drareni, représentant de Reporters sans frontières pour l’Afrique du Nord, a lui aussi exprimé son soutien au journaliste, rappelant son travail critique sur les réalités autoritaires du régime marocain. La journaliste et opposante marocaine Hajar Raissouni, elle-même passée par les geôles marocaines, a salué un « immense journaliste ».
Un schéma répétitif de répression
Le Parti national rifain a de son côté dénoncé cette arrestation, réclamant une libération « immédiate et sans condition ». Il y voit l’expression d’un plan de répression systématique visant tant la presse indépendante que l’opposition politique dans le Rif et au Maroc, un dispositif qu’il juge toujours actif et dont les responsables continueraient de bénéficier d’une impunité totale. Cette nouvelle arrestation intervient deux ans après la libération des journalistes Omar Radi, Soulaimane Raissouni et Taoufik Bouachrine, ainsi que de l’historien Maâti Monjib, tous incarcérés durant plusieurs années sur la base d’accusations fantoches.
Lyes Saïdi

