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Le Brent franchit les 95 dollars, Goldman Sachs craint un baril à 120 dollars

Le pétrole a bondi mercredi à son plus haut niveau depuis près de six semaines, porté par les craintes d’un blocage durable des exportations d’hydrocarbures du Moyen-Orient, tandis que la grandes banque d’affaires, Goldman Sachs, prévient qu’un baril à 120 n’est plus à exclure si la fermeture du détroit d’Ormuz se prolonge.

À la mi-journée, le contrat de Brent pour livraison en septembre gagnait 4,41 %, à 95,02 dollars, tandis que le baril américain de West Texas Intermediate, pour lequel ce contrat de septembre entrait en vigueur comme nouvelle référence, progressait de 4,53 %, à 88,16 dollars. « La situation actuelle ne montre aucun signe de désescalade imminente », a résumé Tamas Varga, analyste chez PVM, cité par l’agence Reuters. Selon lui, trois pétroliers saoudiens à destination de la Chine et de l’Inde auraient rebroussé chemin pour éviter le détroit de Bab el-Mandeb, au large du Yémen, préférant emprunter le canal de Suez.

Cette flambée intervient alors que les États-Unis ont mené, dans la nuit, une « onzième nuit consécutive » de frappes contre l’Iran, présentées par Washington comme destinées à réduire la capacité de Téhéran à menacer le trafic commercial dans le détroit d’Ormuz. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a averti que laisser l’Iran contrôler ce passage stratégique créerait un « dangereux précédent ». Les rebelles houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, ont pour leur part annoncé lundi un blocus maritime visant l’Arabie saoudite, ajoutant à l’incertitude qui pèse sur les flux pétroliers régionaux.

Le patron de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, a pour sa part souligné que les produits raffinés, diesel et essence, subissent une tension encore plus forte que le brut lui-même, une pression qui se répercute directement sur les prix à la pompe. Le marché gazier n’est pas épargné. Le contrat à terme du TTF néerlandais, référence européenne, a progressé de 3,59 %, à 61,84 euros le mégawattheure, son plus haut niveau depuis mars. Selon Jonathan Schroer, analyste chez UniCredit, la reconstitution des réserves européennes avant l’hiver coïncide avec la hausse de la demande d’électricité en Asie liée à la climatisation estivale, créant une compétition pour l’achat de gaz alors que les exportations qataries restent bloquées.

Face à cette incertitude, les grandes banques révisent leurs projections. Goldman Sachs, dans une note publiée mardi, maintient un scénario central plus modéré avec un Brent moyen à 80 dollars au quatrième trimestre 2026, puis 75 dollars en 2027, fondé sur l’hypothèse d’une désescalade avant la fin de l’année, des médiateurs ayant proposé à l’Iran une trêve de dix jours pour relancer les négociations. Mais la banque assume un risque haussier marqué. Les flux sortant d’Ormuz auraient chuté de 45 % sous leur niveau d’avant-guerre le mois dernier, ce qui pourrait porter le Brent au-delà de 120 dollars dès le quatrième trimestre si la perturbation persiste, et la moyenne annuelle à 100 dollars en 2027 si la production du Golfe ne se redresse pas avant l’arrivée de capacités de contournement supplémentaires.

Pour les pays producteurs dont les budgets dépendent étroitement des recettes pétrolières et gazières, cette trajectoire haussière constitue une variable déterminante à surveiller dans les prochaines semaines, entre soutien conjoncturel aux recettes d’exportation et risque, en cas de choc prolongé, de déstabilisation plus large des équilibres énergétiques mondiaux.

Sabrina Aziouez

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