Crise migratoire à Ceuta : Le Maroc prouve qu’il « n’est pas fiable »
Le gouverneur de l’enclave espagnole de Ceuta, Juan Jesús Vivas, a accusé mardi les autorités marocaines d’avoir facilité, voire organisé, l’arrivée massive de migrants clandestins vers la ville, tandis que la ministre de la Défense, Margarita Robles, réclame une enquête approfondie après une centaine de morts. Des médias internationaux évoquent de leur côté l’implication des services de renseignement marocains dans cette crise.
Le gouverneur de l’enclave espagnole de Ceuta, Juan Jesús Vivas, a affirmé que le Maroc « a prouvé qu’il n’était pas fiable », après que les autorités du Makhzen ont facilité, ces derniers jours, une vague de passage massif de migrants clandestins marocains vers la ville. Selon lui, ce qui s’est produit, « si cela n’a pas été orchestré, a du moins été facilité ou permis ».
Dans des déclarations au quotidien espagnol El País, M. Vivas a précisé que Ceuta n’avait pas vécu « une simple crise migratoire passagère, mais une situation exceptionnelle qui a donné l’impression d’une ville assiégée », après l’afflux de dizaines de milliers de personnes en un temps très court, provoquant une pression sécuritaire et humanitaire sans précédent et suscitant l’inquiétude de la population. Le responsable espagnol estime que le sentiment dominant dans la ville est que les autorités marocaines ont joué un rôle direct dans ces événements, que ce soit en organisant l’opération ou, à tout le moins, en la facilitant ou en la laissant se produire, relançant ainsi les accusations visant le Makhzen d’instrumentaliser la migration clandestine comme moyen de pression dans ses relations avec Madrid.
M. Vivas a par ailleurs souligné que « la violation de l’intégrité du territoire espagnol exige une réponse ferme du gouvernement, avec le soutien de l’Union européenne », appelant Madrid à contraindre le Maroc à respecter la sécurité des frontières et à cesser toute pratique visant à transformer la migration en outil de pression politique. Il a également qualifié le bilan humain de cette vague de « tragédie qui aurait pu être évitée », évoquant des dizaines de victimes et des milliers de migrants toujours présents dans la ville.
De son côté, la ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a exigé du gouvernement marocain l’ouverture d’une enquête complète sur les circonstances des événements de Ceuta, qui ont fait près d’une centaine de morts selon elle, un chiffre qui contredit la version officielle du ministère marocain de l’Intérieur, accusé d’avoir minimisé l’ampleur du drame. La ministre a exprimé sa tristesse et son inquiétude, insistant sur le fait que l’ampleur des souffrances impose à toutes les parties d’assumer leurs responsabilités. Elle a en outre réaffirmé que la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla demeurait « non négociable ».
Des experts pointent l’implication des services marocains
Plusieurs médias internationaux ont recueilli les témoignages de chercheurs accablant le Makhzen. Le chercheur à l’International Crisis Group, Riccardo Fabiani, a estimé qu’il existait « suffisamment d’indices que les autorités de Rabat sont impliquées dans cette crise », évoquant notamment des vidéos montrant des forces de sécurité assister passivement au passage d’un camion chargé de migrants. Un constat partagé par le directeur du Centre d’études arabes contemporaines de Madrid, Haizam Amirah Fernández, pour qui il est « difficile de croire que les autorités marocaines ignoraient ce qui se passait ».
Le chercheur Pierre Vermeren a quant à lui rappelé le précédent de 2021, lorsque plus de 10 000 jeunes Marocains avaient franchi clandestinement la frontière de Ceuta en pleine crise diplomatique sur le Sahara occidental. Selon la presse espagnole, citant l’état-major de la Guardia Civil, des caméras de surveillance auraient repéré des agents des services marocains se déplaçant parmi les milliers de migrants au plus fort de la crise.
Lyes Saïdi

