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Détroit d’Ormuz : Une « partie d’échecs » dans laquelle les Iraniens sont « des joueurs professionnels »

détroit d’Ormuz, voie maritime par laquelle transite habituellement près d’un cinquième des échanges pétroliers mondiaux, demeure fermé par l’Iran, tandis que les États-Unis maintiennent en retour un blocus des ports iraniens.

Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a affirmé lundi que Téhéran ne rouvrirait le détroit d’Ormuz qu’une fois ses conditions satisfaites, répondant ainsi au président américain Donald Trump, qui avait comparé la veille les tractations autour de la guerre au Moyen-Orient à une « partie d’échecs ».  Lors de sa conférence de presse hebdomadaire, le porte-parole a estimé que les Iraniens s’étaient montrés, tout au long du conflit, des « joueurs d’échecs professionnels », aussi bien dans les négociations officielles qu’en coulisses. L’allusion au fait que l’empire perse sassanide a largement contribué à faire des échecs le jeu de stratégie actuelle n’aura d’ailleurs échappé à personne.

Déclenchée le 28 février par une offensive conjointe américano-israélienne, la guerre s’enlise depuis plusieurs mois au Moyen-Orient. Un protocole d’accord signé à la mi-juin entre Washington et Téhéran a volé en éclats début juillet, et les deux parties peinent depuis à trouver une issue. Le détroit d’Ormuz, voie maritime par laquelle transite habituellement près d’un cinquième des échanges pétroliers mondiaux, demeure fermé par l’Iran, tandis que les États-Unis maintiennent en retour un blocus des ports iraniens.

Selon Esmaïl Baghaï, il n’existe à ce stade aucune « négociation directe » avec Washington, mais seulement des échanges de messages transmis par des intermédiaires. Une reprise du dialogue ne serait envisageable, a-t-il précisé, que si les États-Unis mettaient fin à ce que Téhéran aux violations du protocole conclu en juin. Tant que le blocus américain se poursuivra, a-t-il ajouté, les conditions d’un trafic maritime international jugé sûr ne seront pas réunies dans le détroit.

Sur le plan militaire, le commandement central américain (CENTCOM) a fait état, dimanche, du déroutement de 55 navires commerciaux, de l’immobilisation de deux bâtiments et de l’inspection de deux autres, dans le cadre d’un dispositif mobilisant plus d’une vingtaine de navires de guerre déployés dans la région, dont le destroyer USS Ross.

Parallèlement à ce bras de fer maritime, l’Iran mène des discussions séparées avec Oman sur un éventuel corridor de transit temporaire par le détroit. Des points techniques restent à régler, a indiqué le porte-parole iranien, tout en soulignant que la réouverture effective de la voie maritime dépendra, in fine, de l’issue des tractations avec Washington. Téhéran n’entend pas revenir à la situation antérieure au conflit et souhaite faire payer le passage, une position à laquelle s’opposent les États-Unis ainsi qu’une partie de la communauté internationale, au nom du droit maritime.

Les exigences iraniennes, détaillées samedi par le responsable Mohammad Bagher Zolghadr et relayées par l’agence Tasnim, portent sur la fin de la guerre menée contre l’Iran et ses alliés au Liban, en Palestine, au Yémen et en Irak, la levée du blocus naval américain, la fin des sanctions économiques, le déblocage des avoirs iraniens gelés et le versement de compensations pour les destructions subies.

Pression économique

Du côté américain, Donald Trump a, dans un entretien accordé dimanche au média Axios, laissé entendre qu’il privilégiait désormais la pression économique à une nouvelle escalade militaire. « Nous adoptons un profil bas », a-t-il déclaré, évoquant de simples « semi-négociations » avec l’Iran et une économie iranienne fragilisée par une inflation qu’il a qualifiée de massive. Il a par ailleurs indiqué que les prix du pétrole étaient redescendus à un peu plus de 75 dollars le baril, atténuant selon lui l’impact du conflit sur les consommateurs américains. Notons cependant que la persistance des tensions sur le détroit maintient la pression sur les marchés pétroliers. Les prix du pétrole ont ainsi grimpé de près de 3 % lundi après les déclarations de l’Iran. Les contrats à terme sur le Brent ont augmenté de 3,27 %, pour s’établir à 86,30 dollars le baril, tandis que les contrats à terme sur le West Texas Intermediate (WTI) américain ont gagné 3,48 %, à 80,84 dollars.

Sur le plan intérieur iranien, la présidence a annoncé une rencontre récente entre le président Massoud Pezeshkian et l’ayatollah Mojtaba Khamenei, sans en préciser la date. Ce dernier n’était plus apparu publiquement depuis le début de la guerre, alimentant des spéculations sur son état de santé après des informations faisant état de blessures subies lors des premières frappes, qui avaient coûté la vie à son père, l’ayatollah Ali Khamenei. Des responsables des Gardiens de la révolution ont évoqué la publication prochaine d’images le montrant en public, sans donner de calendrier. Sur le plan régional, Esmaïl Baghaï a également commenté le pacte de défense signé vendredi entre l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan, y voyant le signe d’une évolution de la perception qu’ont les pays de la région à l’égard des garanties de sécurité américaines. Il a écarté toute inquiétude iranienne à l’égard de cet accord, invoquant les liens historiques et religieux unissant Téhéran aux trois pays signataires.

Lyes Saïdi

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