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La Banque d’Algérie ouvre la voie au crédit exportateur

La Banque d’Algérie a fixé lundi, dans une instruction signée par le gouverneur Mohammed Lamine Lebbou, les conditions dans lesquelles les banques intermédiaires agréées pourront désormais financer la trésorerie des exportateurs algériens pour l’exécution de leurs opérations à l’étranger.

L’instruction n° 08-2026 signée par le Gouverneur de la Banque d’Algérie Mohamed Lamine Lebbou et adossé au règlement n° 07-01 du 3 février 2007 sur les transactions courantes avec l’étranger, s’adresse aux opérateurs inscrits au registre du commerce sous les codes production ou exportation et trading, à condition que leurs ventes soient adossées à un crédit documentaire irrévocable et confirmé ou à une remise documentaire à vue. Concrètement, le régulateur autorise les banques à accorder un crédit de court terme en dinars algériens pour couvrir les besoins de trésorerie directement liés à l’opération, qu’il s’agisse d’acquérir des marchandises destinées à l’export, de s’approvisionner en matières premières, de financer la fabrication ou le conditionnement, ou de régler les autres dépenses engagées jusqu’à l’expédition. Le montant du crédit n’est pas plafonné dans le texte, la Banque d’Algérie laissant chaque établissement l’ajuster selon les besoins réels de l’exportateur et son propre niveau d’appréciation du risque.

Pour obtenir ce financement, l’entreprise devra monter un dossier complet comprenant un registre de commerce actualisé, une mise à jour CNAS et CASNOS apurée, un extrait de rôle apuré, une facture du producteur portant la mention valable à l’exportation, un contrat ou un bon de commande dûment signé, un justificatif d’ouverture de la lettre de crédit, un document de transport et une garantie souscrite auprès d’une compagnie d’assurance à l’export. La banque, avant de donner son feu vert, devra aussi vérifier que le produit vendu à l’étranger figure bien sur la plateforme dédiée à l’exportation. Une fois ce dossier réceptionné dans son intégralité, l’établissement bancaire dispose d’un délai maximal de sept jours pour instruire la demande, un engagement de rapidité inhabituel dans un texte réglementaire de ce type. En contrepartie, l’exportateur reste tenu de rembourser son crédit à l’échéance convenue, même si l’acheteur étranger n’a pas encore réglé sa créance, et doit rapatrier le produit de la vente dans les délais fixés par la réglementation des changes.

Ce texte s’inscrit dans une séquence plus large de mobilisation du secteur bancaire autour de l’accompagnement des exportateurs. La direction générale des changes de la Banque d’Algérie avait déjà adressé il y a quelques jours une note ferme aux banques agréées, référencée D.G.C n° 2141/2026, exigeant que tout dossier d’exportation complet soit domicilié dans un délai maximal de quarante huit heures. Signée par la directrice générale des changes Loulou Fatma Zohra, cette note s’appuie sur l’article 29 du règlement n° 07-01 qui fait de la domiciliation bancaire un préalable obligatoire à toute opération d’importation ou d’exportation. Elle demande aux banques de prioriser ces dossiers en simplifiant leurs circuits internes, sous peine de mesures de contrôle en cas de retard non justifié, tout en rappelant leur obligation de vigilance renforcée face aux risques de fraude et de blanchiment.

Ces deux textes convergent vers un même objectif, celui d’une réponse bancaire plus rapide pour les entreprises exportatrices, dans un contexte où le président de la République Abdelmadjid Tebboune n’a cessé de pointer la lenteur de certaines banques publiques face aux porteurs de projets. Lors de son dernier entretien périodique avec la presse nationale, le chef de l’État avait estimé que certaines banques restent très en retard par rapport aux investisseurs, opposant la logique des porteurs de projets à celle d’établissements qu’il a qualifiés de figés dans des pratiques d’un autre temps. Il avait également reconnu la difficulté à imposer la réforme bancaire malgré plusieurs changements à la tête du ministère des Finances, et rappelé avoir engagé l’ouverture du capital de banques publiques à des actionnaires privés, à l’image du CPA désormais détenu à trente pour cent par des capitaux privés.

Amar Malki

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