Culture

Musées, bibliothèques et palais de la culture autorisés à faire commerce de leurs espaces

Faire des institutions culturelles des acteurs économiques

Un arrêté signé par la ministre de la Culture et des Arts, publié au Journal officiel du 9 septembre 2026, dresse la liste des activités commerciales que les établissements publics du secteur peuvent mener en marge de leur mission première.

Les grandes institutions culturelles algériennes s’apprêtent à devenir, en partie, des acteurs économiques. Un arrêté daté du 22 juin 2026, paru au Journal officiel n° 65, fixe la liste des travaux, activités et prestations que les établissements publics à caractère administratif relevant du ministère de la culture et des arts peuvent effectuer en sus de leur mission principale, ainsi que les modalités d’affectation des revenus qui en découlent. Le texte, qui abroge deux arrêtés antérieurs de 2007 et 2020, élargit considérablement le champ des activités génératrices de recettes pour quatorze catégories d’établissements, des musées aux instituts de formation artistique en passant par les bibliothèques, les palais de la culture et les offices des parcs culturels.

Le principe est simple. Chaque structure pourra désormais louer ses espaces, vendre des produits dérivés ou proposer des prestations techniques, dans le cadre de contrats, marchés ou conventions, comme le précise l’article 3. Les musées et centres d’interprétation muséale ouvrent ainsi la voie. Ils pourront procéder à « la location des espaces relevant des musées et des centres d’interprétation pour l’organisation des activités culturelles, scientifiques, radiophoniques et télévisuelles », mais aussi à « l’exploitation des espaces à des fins de photographie professionnelle et cinématographique ». Même logique du côté du patrimoine bâti. Le centre des arts et de la culture du palais des Raïs pourra louer « différents équipements sonores de projection vidéo et d’expositions », tandis que l’agence nationale des secteurs sauvegardés est autorisée à ouvrir ses sites aux tournages professionnels et à commercialiser des supports pédagogiques sur la préservation du patrimoine.

L’aspect le plus frappant du texte concerne sans doute les offices des parcs culturels et l’office de protection de la vallée du M’Zab, désormais habilités à procéder à « la vente des droits d’accès aux agences de tourisme et de voyages afin d’effectuer des circuits et visites guidées ». Une disposition qui rapproche ouvertement la gestion patrimoniale des logiques touristiques.

La bibliothèque nationale d’Algérie et le réseau des bibliothèques de lecture publique ne sont pas en reste. Ils pourront facturer des prestations d’impression, l’usage des équipements informatiques et internet aux non adhérents, ou encore des travaux d’expertise, de restauration et de reliure sur les manuscrits anciens. Le centre national des manuscrits, lui, pourra vendre ses publications et réaliser des expertises « relatives à la conservation des manuscrits par des méthodes scientifiques modernes ».

Le volet cinéma occupe une place à part. Le centre national du cinéma est autorisé à louer du matériel de tournage, des moyens de transport techniques comme le « ciné bus », des costumes et accessoires de scénographie, ainsi que des copies de films pour exploitation. Le centre algérien du cinéma, de son côté, pourra vendre affiches, tasses et tableaux liés à la promotion du septième art.

Sur le plan comptable, l’arrêté renvoie à l’article 120 de la loi de finances 2021 pour la répartition des recettes. Les charges liées à ces activités, achats de matières premières et frais de réalisation, seront déduites des sommes encaissées par l’agent comptable de chaque établissement, et l’ensemble sera consigné « dans une rubrique hors budget » sur un registre auxiliaire dédié. En clair, le ministère de la culture ouvre la porte à une diversification des ressources propres de ses établissements, dans un contexte où le financement du secteur reste largement dépendant du budget de l’État.

Mohand Seghir

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