Culture

Création de l’Orchestre philarmonique international d’Algérie: Le ministère de la Culture se lance à la quête de talents

Le ministère de la Culture et des Arts a annoncé, samedi, l’ouverture des candidatures aux auditions de musiciens à travers tout le territoire national, dans le cadre de la création de l’Orchestre philarmonique international d’Algérie, placé sous la direction du maestro Amine Kouider, une initiative menée en coordination avec l’Opéra d’Alger Boualem Bessaïh et dont les premières épreuves se tiendront dès la fin du mois.

Le communiqué du ministère précise que l’Orchestre philarmonique international d’Algérie organise des auditions destinées à la fois aux musiciens professionnels et aux jeunes talents en formation, une manière de bâtir cette phalange sur deux générations à la fois, celle qui a déjà l’archet aguerri et celle qui apprend encore à tenir la mesure. Les auditions réservées aux professionnels se dérouleront au siège de l’Opéra d’Alger du 28 au 30 septembre.

Pour les jeunes musiciens, le ministère a préféré décentraliser l’exercice. Les épreuves se tiendront du 1er au 6 octobre dans les Instituts régionaux de formation musicale d’Alger, d’Oran, de Batna et de Laghouat, un maillage qui court du nord au sud et de l’est à l’ouest, comme pour rappeler que le talent ne pousse pas seulement à l’ombre de l’Opéra mais aussi dans les hauts plateaux et les portes du désert. Ce choix géographique dit à sa manière l’ambition du projet, celui de ne pas fabriquer un orchestre de vitrine mais un ensemble réellement national dans son recrutement avant d’être international dans sa vocation.

Une partition écrite en haut lieu

Rappelons que le projet bénéficie d’une attention particulière en haut lieu. Lors d’une réunion du Conseil des ministres tenue en février dernier, le président de la République Abdelmadjid Tebboune avait salué la teneur de ce chantier artistique et culturel, y voyant un projet en phase avec la dynamique de renouveau global engagée dans le pays et avec la volonté de redonner à la musique algérienne son rôle dans la relance culturelle nationale. Le chef de l’État avait alors ordonné l’élaboration des textes nécessaires à la relance de l’Opéra d’Alger et demandé le lancement progressif de ce projet ambitieux, en s’appuyant sur l’héritage artistique du pays et sur ses talents, qu’ils exercent à l’intérieur des frontières ou dans la diaspora. L’affaire dépasse largement le cadre d’un simple ensemble symphonique. Le président avait insisté, lors de cette même séance, sur la nécessité de construire de grandes salles de spectacles, du type Zénith, capables d’accueillir plus de 50.000 spectateurs, aussi bien dans la capitale que dans les grandes villes du pays. Il avait également ordonné de relancer et de soutenir les instituts de musique dans l’ensemble des communes, un maillage qui rejoint d’ailleurs la logique territoriale des auditions annoncées cette semaine. En mai, la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, a fini par acter la concrétisation du projet. Devant les caméras, elle a annoncé le lancement officiel de l’Orchestre philarmonique international d’Algérie, un projet qu’elle a présenté comme bénéficiant «d’une attention et d’orientations particulières du président de la République». Selon ses mots, le chantier «a effectivement commencé aujourd’hui» avec la nomination du maestro Amine Kouider à la tête de cette nouvelle institution musicale.

La ministre a décrit cette future philharmonie comme «un espace de dialogue entre les musiques du monde et les musiques algériennes savantes», affirmant vouloir bâtir «une institution capable de porter la voix culturelle de l’Algérie vers les grandes scènes internationales sans perdre son âme, ses racines et sa sensibilité esthétique propre». L’ambition affichée dépasse le seul rayonnement extérieur, puisque Malika Bendouda voit dans cette structure «une maison ouverte à tous les musiciens du monde, un incubateur de jeunes talents et un espace d’accompagnement des excellences dans l’art symphonique».

L’annonce a des allures de partition qui s’écrit enfin après de longues années de silence. Car le nom d’Amine Kouider n’est pas de ceux qu’on découvre au hasard. Ce chef d’orchestre, décoré chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en France, a fondé l’Orchestre philharmonique international à Paris et dirigé pendant des années des formations mêlant tradition andalouse et répertoire classique universel. On se souvient de ses récitals à la salle Ibn Khaldoun où le violon jouait à parts égales Mozart et la nouba, ou encore de cette soirée à l’Opéra d’Alger où 120 musiciens algériens et chinois avaient fait résonner ensemble deux hymnes nationaux sous sa baguette. C’est donc un homme rompu à l’art de faire dialoguer les cultures par les cordes et les cuivres qui prend aujourd’hui en main ce projet d’envergure.

Les candidats ont donc quelques jours à peine pour accorder leurs instruments et se présenter devant le jury. Entre Alger, Oran, Batna et Laghouat, ce sont des centaines d’archets, de cuivres et de voix qui vont converger vers un même projet, celui de faire naître, note après note, un orchestre qui porte le nom de l’Algérie sur les partitions du monde.

Mohand Seghir

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