« La graine de la discorde » présenté au FITB : Une poule picore et le monde s’embrase
Il aura suffi de quelques arachides picorées par une poule pour mettre la planète à feu et à sang, du moins sur scène. Lundi soir, la compagnie du théâtre académique de l’École nationale des arts et métiers de la culture du Sénégal a présenté « La graine de la discorde » sur les planches du Théâtre régional Abdelmalek-Bouguermouh, lors de la quatrième soirée de la compétition de la 15e édition du Festival international du théâtre de Béjaïa (FITB). Tout part d’un rien, ou presque. La poule de Sékou s’en va gratter dans le champ de Bemba et y picore quelques arachides. Les deux voisins s’échauffent, la querelle enfle, franchit la clôture et gagne les clans. Elle embrase ensuite des royaumes alliés, puis les puissances coloniales, jusqu’à prendre une dimension mondiale. Comme une braise oubliée sous la cendre, l’incident minuscule devient brasier universel.
Mise en scène par Abdelkader Diarra, la pièce puise dans la tradition du récit oral africain, ce grand arbre à palabres dont les branches abritent depuis toujours fables et leçons. Cette fable sociale et politique ausculte les mécanismes de la violence et les conséquences de la vengeance. Elle rappelle que les plus grands conflits naissent parfois d’incidents insignifiants, et que la paix se construit avant tout par le dialogue. Portée par de jeunes comédiens qui maîtrisent leur jeu, elle montre que la jeunesse sait manier le sérieux avec légèreté.
Cette soirée s’inscrit dans un rendez-vous qui se tient du 15 au 23 octobre 2026. Selon le commissariat du festival, l’édition de cette année introduit un concours officiel pour les spectacles participants. L’objectif est de renforcer la dimension compétitive et d’ouvrir le FITB aux expériences théâtrales internationales. Les organisateurs le présentent aussi comme un espace de réflexion sur le théâtre, une plateforme de dialogue entre créateurs et chercheurs, et un hommage au riche patrimoine du théâtre algérien.
Le public béjaoui connaît bien le théâtre venu du continent. La 14e édition, en octobre 2025, avait été placée sous le signe de l’Afrique, avec la Mauritanie en invitée d’honneur. Elle s’était achevée par un hommage au comédien Mustapha Ayad, et des troupes sénégalaise, burkinabè, tunisienne, ivoirienne et guinéenne y avaient défendu leurs couleurs.
Mohand S.

