La Russie s’oppose à la validation du fait accompli colonial par le Conseil de sécurité

Par Abdelaziz Rahabi
Diplomate, ancien ambassadeur et ancien ministre
Le véto exercé par la Fédération de Russie au Conseil de sécurité de l’ONU après s’être abstenue ces huit dernières années renseigne sur les limites de la patience des russes devant la persistance de l’unilatéralisme américain et leur agacement devant un essai de passage en force des USA qui ont voulu faire du statut de porteplume un privilège sans responsabilité. Cette dernière réclame pourtant de mériter également la confiance de l’autre partie, le Polisario et des deux voisins observateurs l’Algérie et la Mauritanie, comme vient de le rappeler avec justesse l’Ambassadeur Amar Bendjama . La Russie qui a une longue tradition de soutien aux luttes anticoloniales en Afrique, dispose sur ces questions d’une projection stratégique globale qui dépasse le simple cadre du Conseil de Sécurité dont elle n’est membre permanent qu’au prix d’un sacrifice humain inégalable durant la deuxième guerre mondiale qui a permis de libérer l’Europe centrale et de précipiter l’effondrement du Troisième Reich. Les doctrines diplomatiques se nourrissent également de l’histoire des Nations pas uniquement de leurs intérêts présents comme veut le faire accréditer l’Administration Trump au Sahara occidental après l’avoir essayé à Ghaza . Les projets de résolution occidentaux peuvent se résumer en trois principales exigeantes demandes : primo : l’Autonomie marocaine comme seule base de négociation. Secundo : la disparition de la lettre R de référendum de l’acronyme Minurso. Tertio : Les sahraouis ne seront plus un peuple mais des réfugiés à placer. La volonté déclarée des USA et de la France était donc de transformer le Conseil de Sécurité en un organe de validation juridique internationale du Sahara Occidental comme partie intégrante du Maroc pour le sortir de son insularité et en faire l’axe d’une zone d’influence exclusivement occidentale qui commencerait à la frontière entre la Libye et le Niger et se prolongerait jusqu’à la façade atlantique du Sahara occidental. Le nouveau cadre de coopération militaire entre l’Algérie et le Niger peut se lire ainsi comme une première action de prévention devant cette stratégie qui représente une menace directe sur le continuum humain et la profondeur stratégique de notre pays. A ce sujet, les USA se chargent d’instrumentaliser le Conseil de sécurité, Israel dessine l’architecture sécuritaire future de notre région et les Emirats arabes unis financent l’opération car les deux premiers ne peuvent pas le faire en raison du contrôle populaire exercé chez eux sur leurs finances publiques. Pour sa part, la Chine en s’abstenant tout en rappelant le principe l’autodétermination et en relevant le caractère déséquilibré du texte américain reste fidèle à sa démarche et ne veut pas paraitre comme une superpuissance économique sans projection stratégique en Afrique. Elle a probablement subi des pressions des alliés arabes du Maroc mais reste un pays engagé sur les questions d’émancipation des peuples. Il est toutefois regrettable que les Brics ne montrent pas une forte sensibilité pour ces valeurs universelles pourtant présentes dans les parcours historiques réciproques des membres fondateurs qui mettent plutôt l’accent sur la dimension commerciale etont fini par d donnent le sentiment que le Sud n’est pas aussi global qu’on veut bien le présenter. Quant aux pays européens membres du Conseil de Sécurité (France, Grande – Bretagne, Grèce, Danemark et Lettonie) dont le vote ne correspond pas au discours ils n’ont pas failli à la tradition d’alignement inconditionnel sur les Etats-Unis dès lors que la Russie est présente et apporte la contradiction. Ils doivent cette fois -ci assumer pleinement la nouvelle situation de la Minurso et seront responsables de l’instabilité potentielle dans les territoires sahraouis occupés. Ceci parce que le non-renouvellement du mandat de la Minurso dans les conditions que vous venons de vivre n’est pas l’aboutissement du processus de décolonisation mais bien au contraire un échec du Conseil de sécurité dans ses missions de maintien de la paix. La Minurso ne peut pas être réduite à un statut d’organe ad-hoc ni à celui de superviseur du transfert de souveraineté du peuple sahraoui vers la puissance occupante. Elle ne quittera pas le Sahara occidental, ne pourra pas en être expulsée par le Maroc qui n’a aucune souveraineté sur ce territoire, doit continuer à veiller au respect du cessez le feu de 1991 et à protéger les civils sahraouis. Enfin, la probable ouverture d’un débat après le véto russe au sein de l’Assemblée générale, selon un usage onusien tout à fait récent, donnerait à la question sahraouie un dimension plus conforme à la réalité de l’attachement de la communauté internationale aux valeurs de paix et de justice.

