Sahara occidental, Moyen-Orient et guerre en Iran : Quelles conséquences pour la politique étrangère américaine
Les démocrates ont pris le contrôle des deux chambres du Congrès à l’issue des élections de mi-mandat, une vague qui inflige un camouflet sévère à Donald Trump. Cette bascule met fin à deux ans de domination républicaine au Capitole et ouvre une période d’incertitude pour la diplomatie américaine, du Sahara occidental à la guerre en Iran. Le scrutin, présenté comme un référendum sur le second mandat présidentiel, a tourné à la sanction. Le président dit « accepter » le résultat, mais refuse tout mea-culpa et en rejette la responsabilité sur les candidats républicains. Son vice-président, JD Vance, impute pour sa part la défaite à la guerre en Iran. Le décompte se poursuit dans certains États, dont l’Alaska et le Mississippi, mais le contrôle du Congrès est acquis aux démocrates. La Constitution réserve au président la conduite de la politique étrangère et le commandement des armées. Mais Donald Trump n’a plus les mains libres. Auditions, enquêtes et surtout vote du budget donnent désormais à l’opposition des leviers réels.
Le Sahara occidental figure parmi les premiers dossiers susceptibles de revenir dans le débat parlementaire. La reconnaissance par Washington de la souveraineté marocaine, annoncée par Trump le 10 décembre 2020 en contrepartie de la normalisation entre Rabat et Israël, relève d’une décision présidentielle que le changement de majorité n’annule pas. Mais le contrôle des deux chambres offre aux démocrates des leviers inédits grâce aux auditions et convocations de responsables du département d’État, examen des crédits et des aides destinés au Maroc, regard sur la coopération militaire et les ventes d’armes, voire dépôt d’une résolution réaffirmant l’attachement au processus onusien. Des voix démocrates ont déjà réclamé une révision de cette politique, au nom de l’autodétermination du peuple sahraoui. L’échéance onusienne donne à ce débat une acuité particulière. Le Conseil de sécurité n’a pu s’entendre sur l’avenir de la Mission des Nations unies pour le référendum au Sahara occidental (Minurso), la Russie ayant opposé son veto au projet américain aligné sur les thèses marocaines, tandis que le texte russe concurrent était lui aussi rejeté. Le mandat de la mission est arrivé à expiration le 31 octobre, ouvrant une période d’incertitude pour la présence onusienne dans le territoire. Dans une contribution publiée ce mercredi par TSA, le diplomate Amar Belani estime que cette recomposition permet de dissocier progressivement la position américaine des choix personnels du président, et de replacer l’autodétermination au centre des discussions à Washington. Selon lui, la bataille ne se jouera plus seulement à la Maison-Blanche ou à l’ONU, mais aussi au Congrès. Il souligne également le revers essuyé par l’AIPAC, le lobby pro-israélien, dont la mobilisation a longtemps servi l’axe Washington-Rabat-Tel-Aviv.
Au Proche-Orient, la même mécanique est attendue. Washington a versé 3,8 milliards de dollars d’aide militaire à Israël lors du dernier exercice, et près de la moitié des élus démocrates de la Chambre ont voté cet été pour couper cette enveloppe. Selon Al-Monitor, une Chambre à majorité démocrate devrait pousser des restrictions via le processus budgétaire et des suspensions de ventes d’armes. Le symbole est fort dans le Michigan, où Abdul El-Sayed, très critique envers le gouvernement israélien, devient le premier musulman élu au Sénat américain, malgré 42 millions de dollars dépensés contre lui par l’AIPAC. Le Jerusalem Post note que le Congrès ne supprimera pas pour autant l’assistance sécuritaire, mais que la pression montera sur les futurs candidats démocrates à la présidentielle de 2028.
La guerre en Iran, lancée conjointement avec Israël le 28 février sans feu vert du Congrès, a pesé lourd dans les urnes. La Chambre a voté à plusieurs reprises des résolutions sur les pouvoirs de guerre, et le Sénat a adopté la sienne en juin, mais Trump peut y opposer son veto. Le levier le plus sérieux demeure le budget militaire, les démocrates ont déjà bloqué au Sénat la hausse de 67 % réclamée par la Maison-Blanche, soit 1 500 milliards de dollars. Le président iranien du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a salué un « NON À LA GUERRE » des Américains. Trump, lui, laisse entendre que de nouvelles frappes restent possibles. Reste que le président conserve de larges prérogatives en matière de politique étrangère et un veto qu’il promet de brandir. Washington s’engage dans deux années de cohabitation, durant lesquelles l’alignement sur Tel-Aviv, la guerre en Iran et le dossier sahraoui seront scrutés par un Congrès qui entend reprendre la main. L.S.

