Financement climatique : Faire du marché du carbone un outil de souveraineté économique
À une semaine de la COP31 en Turquie, le ministre d’Etat chargé des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, plaide pour que l’Algérie passe des engagements aux actes. Il appelle à doter le pays d’un cadre national de gouvernance du financement climatique et du carbone, avec 2035 comme horizon.
L’Algérie veut cesser de parler uniquement d’engagements climatiques pour bâtir l’architecture qui permettra de les financer et de les valoriser. C’est le message délivré mercredi à Alger par Mohamed Arkab, ministre d’Etat, ministre des Hydrocarbures, à la clôture d’un atelier consacré au financement climatique et aux marchés du carbone, quelques jours avant le départ de la délégation algérienne pour la COP31. Organisée sous le haut patronage du Premier ministre, la rencontre a réuni la ministre de l’Environnement et de la Qualité de la vie, Kaouter Krikou, des représentants de plusieurs départements ministériels et institutions nationales, des partenaires internationaux et des experts. Pour M. Arkab, le moment est venu de franchir un cap. L’Algérie dispose selon lui d’une « réelle opportunité de passer de la définition de ses engagements climatiques à la mise en place d’un cadre national de gouvernance du financement climatique et des marchés du carbone, dans le cadre d’une stratégie globale et durable s’appuyant sur les résultats de cet atelier ». Il a présenté ces travaux comme une « étape importante pour enrichir le débat et échanger les vues entre les différents acteurs, experts et partenaires nationaux et internationaux ».
Derrière le vocabulaire technique, l’enjeu est avant tout économique. Le ministre a insisté sur le fait que le financement climatique et les marchés du carbone sont deux instruments au service du développement national. Ils doivent accélérer la transformation de l’économie et améliorer la compétitivité des entreprises, sans entamer les intérêts nationaux ni la souveraineté économique du pays. Le message prend un relief particulier dans la bouche du responsable du secteur des hydrocarbures, pilier historique des recettes extérieures de l’Algérie. Sur la méthode, M. Arkab a expliqué que l’atelier servira de socle à une stratégie nationale « rigoureuse et intégrée ». Celle-ci sera ensuite enrichie et examinée avec toutes les parties concernées avant l’arrêt de ses orientations définitives. Les travaux ont ciblé la mobilisation des ressources financières, le transfert d’expertise et de technologies, ainsi que la mise en place de cadres juridiques et institutionnels capables de convertir les engagements en projets concrets et en résultats mesurables.
Le modèle visé repose sur un dispositif institutionnel qui articule les engagements climatiques, les politiques sectorielles, les besoins des entreprises et les mécanismes de financement et d’investissement. Il s’appuiera sur un système national de mesure, de notification et de vérification. Cinq axes ont émergé des débats, à savoir la vision et le financement, la gouvernance et le cadre juridique, la mesure et l’intégrité, les marchés du carbone et les investissements, et enfin le leadership et le positionnement du pays sur la scène internationale. Le ministre a appelé à mobiliser les ministères, les entreprises publiques, les institutions financières et le secteur privé, tout en sollicitant un soutien international et en souhaitant voir la coopération avec les partenaires se poursuivre.
L’ambition affichée pour 2035 est celle d’un cadre national clair, stable et crédible, apte à attirer les investissements, à stimuler l’initiative économique et à accompagner la transition vers une économie plus diversifiée et plus durable. M. Arkab y voit une responsabilité et une opportunité communes pour transformer les propositions en programmes opérationnels et en retombées tangibles pour la croissance économique et sociale.
De son côté, Mme Krikou a rappelé que cette rencontre intervient avant la participation de l’Algérie à la COP31, avec un programme « exceptionnel » censé mettre en avant les avancées du pays dans la mise en œuvre de ses engagements. Elle a précisé que la future stratégie s’adossera au Plan national d’adaptation aux changements climatiques à l’horizon 2035, élaboré par son département avec l’accompagnement des Nations unies, conformément à l’Accord de Paris et à la contribution déterminée au niveau national. Les recommandations de l’atelier doivent aussi aider à fixer les normes des marchés du carbone, dans une approche participative qui cherche l’équilibre entre les exigences du développement et la préservation des écosystèmes. Amar Malki

