Salon international des dattes : Valoriser la filière à son juste prix
Quatrième du genre, le Salon international des dattes ouvrira ses portes le 11 novembre aux Pins maritimes avec plus de 170 exposants. Il tombe à point nommé pour une filière reine du Sud, championne africaine des volumes à l’export, mais qui peine encore à valoriser ses dattes à leur juste prix.
Plus de 170 exposants nationaux et étrangers sont attendus du 11 au 14 novembre au Palais des expositions des Pins maritimes, à Alger, pour la 4e édition du Salon international des dattes, a annoncé mercredi le président de la Chambre nationale d’agriculture (CNA), Mohamed Yazid Hambli, lors d’une conférence de presse tenue au siège de la CNA.
Selon M. Hambli, tous les maillons de la chaîne seront représentés soit les producteurs, transformateurs, exportateurs, artisans, coopératives, mais aussi les porteurs de projets, start-up, centres de recherche et laboratoires. La participation étrangère réunira des exposants et des conférenciers d’Irak, de Turquie, d’Oman, de Tunisie, de Libye, d’Égypte et du Yémen, aux côtés d’ambassadeurs et de membres du corps diplomatique accrédité en Algérie. Le programme scientifique fera la part belle à l’innovation, avec des ateliers sur la pollinisation liquide des palmiers par drone, la télédétection pour le dépistage précoce des ravageurs, la culture in vitro du palmier dattier et le rôle de la femme rurale dans la valorisation des produits oasiens. L’événement se veut, selon son premier organisateur, une « plateforme d’échange d’expertises et d’expériences », censée « stimuler la compétitivité » et promouvoir une diversité qui dépasse 1 200 variétés locales.
Avec plus de 19 millions de palmiers, la filière est la première activité agricole du Sud. La saison 2024-2025 a donné près de 12,32 millions de quintaux, selon le ministère de l’Agriculture, soit plus de 1,2 million de tonnes, ce qui place l’Algérie parmi les trois premiers producteurs mondiaux.
C’est du côté de l’export que le bât blesse. Selon les données de la plateforme Trade Map, relayées par l’Agence Ecofin, l’Algérie a expédié environ 185 000 tonnes de dattes en 2025, pour quelque 184 millions de dollars, ce qui en fait le premier exportateur africain en volume. Mais la Tunisie, avec 147 000 tonnes, a encaissé près de 347 millions de dollars. L’écart tient à la valeur unitaire. Environ 993 dollars la tonne pour les dattes algériennes, contre quelque 2 400 pour les tunisiennes. Ces chiffres varient d’une base de données à l’autre, ce qui dit aussi le besoin d’un suivi statistique plus fiable. Les prix déclarés à l’export avaient d’ailleurs suscité de vives critiques au plus haut niveau de l’État. Des professionnels estiment le potentiel réel à près d’un milliard de dollars, loin des 73 millions engrangés en 2023.
C’est dans ce contexte que les propositions du président de la Chambre agricole de Ghardaïa, Rabah Ouled Heddar, prennent tout leur sens. Il a plaidé pour la diversification des variétés exportées, qui ne doivent pas « se limiter à « Deglet Nour » », et pour la conquête de nouveaux marchés en Afrique, en Europe, en Amérique latine et en Asie. Il a aussi proposé une plateforme logistique nationale dédiée à l’exportation, réunissant contrôle phytosanitaire, Douanes, banques et organismes du commerce extérieur, afin de simplifier les procédures et de réduire le nombre d’intermédiaires.
À l’heure où l’Algérie cherche à élargir ses exportations hors hydrocarbures, le Salon est donc plus qu’une vitrine. Il peut être un lieu où se nouent des contrats, où se testent des produits transformés et où se dessine une stratégie de montée en gamme. Reste à convertir, une fois les stands démontés, les promesses en tonnes mieux vendues. Sabrina Aziouez

