Règlement de la crise libyenne : L’Union africaine s’implique

Le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki, a déclaré que l’organisation panafricaine est sur le point de tenir une réunion préliminaire pour préparer une conférence de réconciliation entre tous les Libyens et sur leurs terres.

Selon l’agence de presse libyenne qui rapporte l’information,relayée par la Radio algérienne, Moussa Faki a souligné « la nécessité de trouver une formule qui permette aux Libyens de se réconcilier puis d’aller aux élections pour choisir qui va diriger les affaires du pays ». Le président de la Commission de l’Union africaine a également souligné qu’« il y a un nouvel élan pour un processus politique en Libye qui comprend plusieurs étapes».

Abdullah Batili, le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Libye et chef de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (UNSMIL), a récemment averti lors d’un point de presse au Conseil de sécurité de l’ONU sur les risques qu’il y avait à prolonger la période de transition en Libye et de reporter indéfiniment les élections. Pour lui, cela ne ferait qu’aggraver la crise. Les élections libyennes devaient se tenir le 24 décembre de l’année dernière, mais il a été annoncé qu’elles avaient été reportées à une date ultérieure en raison de « difficultés et défis techniques et juridiques », selon la Haute Commission électorale.

Le 4 novembre 2022, le Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 1970 (2011) concernant la Libye a tenu des consultations, lors desquelles le Groupe d’experts sur la Libye a présenté son programme de travail relevant du mandat prorogé par la résolution 2644 (2022). Le Groupe d’experts a abordé des dossiers sensibles tels  les groupes armés, en mettant l’accent sur la traite des êtres humains et d’autres types d’activités liées à la criminalité transnationale et sur la capacité de ces groupes de peser sur le processus politique libyen, les violations du droit international humanitaire et des droits humains et l’embargo sur les armes.

Malgré le nombre important de rencontres consacrées par l’ONU à la Libye et de résolutions votées, il reste que celles-ci ont peu d’emprises sur le terrain. La situation en Libye est toujours extrêmement volatile au plan sécuritaire. Le tout est aggravé par l’importante fracture qui sépare encore la Cyrénaïque de la Tripolitaine. Les rivalités entre les deux régions additionnées aux ingérences extérieures ont sabordé toutes les initiatives allant dans le sens d’une réconciliation nationale, ce qui aurait permis la tenue d’élections. L’entêtement du seigneur de guerre Khalifa Haftar à vouloir s’emparer du pouvoir par la force est à compter parmi les facteurs qui empêchent un règlement politique et pacifique de la crise.  La Libye est toujours dans une situation de blocage intégrale.       

Intervenant le 15 novembre dernier devant le Conseil de sécurité pour faire le point sur ses activités, le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Libye, Abdoulaye Bathily avait d’ailleurs demandé aux membres du Conseil de passer de la dénonciation aux actes. Pour lui, les institutions libyennes sont confrontées à des défis, en particulier les entraves posées par certains acteurs institutionnels pour bloquer les progrès vers les élections. Or, pour lui, prolonger davantage la période intérimaire rendra le pays encore plus vulnérable à l’instabilité politique, économique et sécuritaire, et pourrait l’exposer à un risque de partition. Dans ce contexte, il a appelé la communauté internationale, et en particulier le Conseil de sécurité, à parler d’une seule voix en envoyant un message clair et sans équivoque aux obstructionnistes, à savoir que leurs actions ne resteront pas sans conséquences.

La décision de l’Union africaine de lancer une initiative ayant pour finalité est bien entendue à applaudir. Surtout dans ce contexte. Toute initiative qui ambitionne de faire taire les armes en Libye est en réalité bonne à prendre, surtout lorsqu’elle émane d’une telle organisation. Malgré ses nombreux efforts pour favoriser « une solution africaine à la crise », et cela depuis 2011, l’UA a cependant échoué à s’imposer sur l’échiquier libyen. Des forces extra-régionales ou même extra-continentales s’étant à chaque fois arrangées pour la neutraliser. L’UA réussira-t-elle cette fois à faire la différence ? Le succès dépendra certainement de sa capacité à fédérer autour de sa démarche autant les Libyens que tous les autres acteurs régionaux et extra-régionaux qui soufflent actuellement sur les braises du conflit libyen. 

Khider Larbi

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