Relations algéro-françaises : Paris lève les restrictions sur les visas

Le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin a déclaré, hier à l’issue de l’audience qui lui a accordée hier le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, que la France a repris avec l’Algérie «une relation consulaire normale, celle qui existait avant la pandémie de Covid-19 et ce concernant la relation sur les visas et d’échanges entre nos populations ».

Le dialogue entre l’Algérie et la France sur des dossiers importants comme celui des visas semble être entré dans le vif du sujet. Après la visite du président français en août dernier, suivie en octobre de celle de la Première ministre française Elisabeth Borne, c’est au tour du ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, de se déplacer en Algérie. Le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, Brahim Merad, s’est ainsi longuement entretenu hier à Alger avec son homologue français.

Le ministère algérien de l’Intérieur a fait savoir dans un communiqué adressé à la presse que l’entretien a porté sur les questions liées au secteur de l’Intérieur dans les deux pays, ainsi que les voies et moyens de renforcer la coopération bilatérale dans ce domaine. Selon la presse française, les échanges entre les deux responsables ont porté précisément sur la «coopération en matière de sécurité, de lutte contre le terrorisme et dans le domaine migratoire ». La question des visas a été également abordée. Et il y a du nouveau. Considérées comme l’un des principaux obstacles sur la voie d’un retour à la normale entre les deux pays, les restrictions sur les visas ont été levées par la France.

Gérald Darmanin a déclaré à ce propos, à l’issue de l’audience qui lui a accordée hier le président Abdelmadjid Tebboune, que la France a repris avec l’Algérie «une relation consulaire normale, celle qui existait avant la pandémie de Covid-19 et ce concernant la relation sur les visas et d’échanges entre nos populations » pour qu’ils soient à « la hauteur de la relation amicale extrêmement forte et spécifique entre la France et l’Algérie ». La décision de lever les restrictions sur la délivrance des visas aux ressortissants algériens est « effective depuis lundi dernier », selon le ministre français de l’Intérieur. « Nous avons décidé de le faire ensemble », a-t-il dit.

Il faut également noter que la visite de Gérald Darmanin en Algérie, s’inscrit certes dans le sillage du déplacement du président français en Algérie mois d’août et qui a permis de reprendre langue sur d’importants dossiers, notamment celui lié à l’immigration. Une visite qui a certainement dû permettre à Gérald Darmanin de relancer les autorités algériennes sur les cas des Algériens en situation irrégulière en France, surtout que son département s’apprête à présenter une loi sur l’immigration. Avec la droitisation de la politique française, le gouvernement Borne fait de l’expulsion des étrangers en situation irrégulière une priorité. La question, objet de surenchères politiques, occupe depuis des années le centre des débats en France. Plusieurs sources françaises indiquent que des milliers de clandestins maghrébins sont concernés par des obligations de quitter le territoire français (OQTF). Leur présence sur le sol français est devenue un carburant inépuisable pour l’extrême-droite qui a fait de la lutte contre l’immigration notamment maghrébine son principal cheval de bataille lors des présidentielles et des législatives de 2022. Elle continue à ce jour de l’utiliser dans le débat public notamment sur la lutte contre le chômage et la sécurité.

En pleine campagne pour la présidentielle, les autorités françaises avaient elles aussi reproché à l’Algérie, au Maroc et à la Tunisie de ne pas délivrer les autorisations nécessaires pour le rapatriement de leurs ressortissants en situation irrégulière. En représailles, le président Macron était allé jusqu’à réduire drastiquement le nombre de visas accordés aux ressortissants maghrébins. Au Maghreb, cette décision avait été dénoncée et qualifiée de « punition collective improductive ». Certains ont même parlé de « chantage aux visas ». Après la Tunisie et le Maroc, la situation vient donc de se normaliser entre la France et l’Algérie.

Dans l’absolu, les autorités algériennes ne sont pas fermées au débat sur les Algérien concernés par des obligations de quitter le territoire français. Lors de la tenue, le 9 octobre dernier, de la 5ème session du Comité intergouvernemental de haut niveau (CIHN) algéro-français, le Premier ministre Aïmene Benabderrahmane s’était d’ailleurs dit, devant son homologue française Elisabeth Borne, ouvert à la discussion sur ce dossier. «Le partenariat d’exception auquel nous aspirons ne doit pas buter sur des difficultés faciles à dépasser, comme la question de la délivrance des visas et celle de la carte sécuritaire établie par les autorités françaises et qui ne reflète pas la réalité de l’Algérie d’aujourd’hui », a déclaré le Premier ministre algérien, indiquant qu’il faut «relancer le dialogue» sur les questions des visas, de l’émigration et des reconduites aux frontières. «Malgré la crise sanitaire, l’Algérie n’a pas cessé de montrer sa réelle volonté de combattre le phénomène de la migration clandestine», avait soutenu M. Benabderrahmane.

Seulement, côté algérien, le traitement de ce dossier est soumis à certaines conditions. Pour Alger, il n’est par exemple pas question d’accueillir des binationaux (ou des Français d’origine algérienne), des Français déchus de leur nationalité pour cause de terrorisme ou encore des Algériens n’ayant pas rallié la France à partir d’Alger. Les autorités algériennes ne comprennent pas également pourquoi la France ne joue pas le jeu lorsqu’il s’agit d’extrader des citoyens algériens demandés par la justice algérienne. Selon nos sources, ce n’est qu’une fois que ces problématiques auront trouvé des réponses satisfaisantes que la situation se normalisera véritablement. Il semble que depuis la visite d’Elisabeth Borne à Alger, les deux pays ont avancé sur un certain nombre de dossiers. Autrement, le ministre français de l’Intérieur Gérald Darmanin ne se serait pas déplacé à Alger.

Dans tous les cas, la coopération algéro-française est dans une phase ascendante comme en témoigne l’échange téléphonique samedi entre les présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron. Au cours de leur discussion, les deux responsables ont évoqué les relations bilatérales et les perspectives de coopération entre les deux pays. Un fait qui prouve, si besoin est, qu’ils sont décidés à aller de l’avant et à dépasser les écueils qu’ils pourraient éventuellement rencontrer en cours de route.

Khider Larbi

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