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Le président Tebboune alerte sur les fraudes qui gangrènent l’économie nationale : « Nous sommes face à une nouvelle Issaba »

Le Président Tebboune tire la sonnette d’alarme : spéculation sur les moutons de l’Aïd, sous-facturation des exportations, 350 millions de dollars non rapatriés. Le président nomme les choses et durcit le ton.

Lors de son entretien périodique avec des représentants des médias nationaux, le président de la République Abdelmadjid Tebboune a lâché une formule qui résume à elle seule l’état de sa colère : «Nous nous sommes débarrassés de la issaba qui s’adonnait à la surfacturation pour nous retrouver face à une autre issaba qui se livre à la sous-facturation.» Le terme est fort. La issaba — la bande, le gang — avait été utilisé pour désigner le cercle prédateur de l’ère Bouteflika. Le réemployer aujourd’hui, dans un contexte radicalement différent, dit beaucoup sur la nature du mal que le chef de l’État entend combattre.

350 millions de dollars volatilisés

C’est la révélation la plus lourde de l’entretien. Tebboune a indiqué avoir découvert, lors d’une réunion sur le commerce extérieur tenue la semaine dernière, que «350 millions de dollars n’ont pas été rapatriés». Il s’agit d’une seule période restreinte. Le montant réel sur la durée serait bien supérieur.

Le mécanisme est connu des spécialistes : à l’exportation, un opérateur déclare une valeur en douane volontairement minorée — l’exemple cité est celui de dattes exportées pour un euro le kilogramme mais déclarées à vingt centimes — ce qui lui permet de ne rapatrier qu’une fraction des devises perçues, conservant le reste à l’étranger sous forme d’avoirs occultes. Contrairement à la surfacturation à l’importation, pratiquée pour transférer des devises vers l’étranger via des canaux officiels, la sous-facturation à l’exportation poursuit le même objectif par un chemin inverse : minorer la valeur déclarée pour légitimer le non-rapatriement du solde. Les effets sur l’économie nationale sont les mêmes — perte de recettes, concurrence déloyale, vecteur potentiel de blanchiment.

«Pourquoi exporter si on n’a pas l’argent ? Je n’exporte pas pour t’enrichir, toi», a lancé le président de la République, s’adressant directement aux contrevenants. «L’exportation porte en elle aussi les germes du trafic que nous sommes en train de surveiller, que nous ne connaissions pas parce que nous étions acheteurs avant d’être vendeurs», a-t-il expliqué. Rappelons dans vce contexte que le président de la République a ordonné, lors de la réunion qu’il a dirigé la semaine dernière de créer une carte de l’importateur et de l’exportateur pour mettre fin aux pratiques frauduleuses dans le commerce extérieur.

La spéculation est « inacceptable »

Le Président Tebboune a également évoqué la lutte contre la spéculation. Ce  n’est pas un phénomène nouveau en Algérie. Elle touche régulièrement les produits alimentaires de large consommation, ceux dont les prix bénéficient du soutien de l’État, mais aussi des biens industriels comme les véhicules assemblés localement ou les pneumatiques. Tebboune y revient avec une amertume visible : «À chaque fois, il y a un microbe, un virus…», a-t-il fustigé. Ces pratiques, a-t-il insisté, «ne permettent pas au corps économique de rester sain» et «nous désorganisent».

Sur la flambée des prix de certains produits agricoles, le président fait la distinction entre ce qui est compréhensible et ce qui ne l’est pas. Les fortes pluies qui empêchent les récoltes constituent une raison «acceptable». La spéculation, elle, est «inacceptable». «Ce n’est pas une flambée économique due à des facteurs économiques. Elle est due à des facteurs purement humains», a-t-il tranché. C’est un «mal enraciné», a-t-il regretté, soulignant que le pays n’exporte pas suffisamment de produits agricoles pour créer une raréfaction artificielle sur le marché intérieur.

Les moutons de l’Aïd dans le viseur

À quelques semaines de l’Aïd El Adha, le président a adressé un avertissement sans détour aux spéculateurs qui lorgneraient sur les importations de moutons en cours. L’Algérie importe massivement pour contenir les prix. «Quand j’importe un million de têtes, c’est de l’argent, c’est énorme. Ce n’est pas pour permettre aux spéculateurs de s’en mettre plein les poches», a-t-il martelé. Et d’ajouter, avec une précision qui ressemble à une mise en demeure : «J’espère qu’il n’y aura pas de spéculation sur le mouton de l’Aïd, parce que celui qu’on attrapera, il paiera chèrement. Il y a des gens qui y pensent déjà.»

L’État a également relevé l’introduction de fausse monnaie étrangère dans le circuit d’achat de bétail. Tebboune a mis en garde contre ce phénomène, notant que la thésaurisation hors circuit bancaire rend impossible la détection des billets falsifiés et complique toute transition vers le paiement électronique. Pour autant, le chef de l’État se garde de tout volontarisme précipité : «Il n’est pas possible de passer rapidement du paiement en espèces au paiement électronique», a-t-il reconnu, précisant que la transition se fera «par étapes».

GAFI, un signal positif

Dans ce tableau, une note encourageante. Les réformes engagées dans le domaine financier ont été saluées par le Groupe d’action financière (GAFI), qui «s’est dit satisfait des progrès réalisés par l’Algérie», souligne le président de la République. Une sortie de la liste grise est envisagée après la finalisation des procédures nécessaires. Le signal est important pour la crédibilité internationale du système financier algérien.

Samir Benisid

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