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Le Général d’Armée Saïd Chanegriha reçoit Alice Rufo : « Il appartient aux deux pays de dépasser les séquelles du passé »

Le chef d’état-major de l’Armée nationale populaire a reçu samedi à Alger la ministre française déléguée aux Armées, dans une audience qui a mis les questions mémorielles et la coopération militaire bilatérale au centre d’un dialogue que les deux pays cherchent visiblement à relancer, après plusieurs mois de tensions diplomatiques sévères.

Dans son allocution d’ouverture, le Général d’Armée a situé d’emblée le cadre historique. Il a souhaité la bienvenue à la ministre française et à sa délégation « à l’occasion de cette visite qui intervient à la veille de la célébration en Algérie de la Journée nationale de la Mémoire, commémorant les massacres du 8 mai 1945, lesquels ont constitué un tournant décisif dans l’histoire éternelle de l’Algérie et dans son parcours de lutte pour la liberté et l’affranchissement ». Il a rappelé que « le peuple algérien, qui avait participé et consenti des sacrifices durant la Deuxième Guerre mondiale, était en plein droit de revendiquer un État indépendant, souverain dans ses décisions et prospère par ses richesses ». La formulation est sobre, mais le rappel est net : les massacres de 1945 ne sont pas un épisode périphérique de l’histoire coloniale. Ils en sont un point de bascule.

Chanegriha a ensuite posé la condition d’un avenir commun. « Il incombe aux deux pays d’œuvrer conjointement pour dépasser les séquelles du passé colonial tragique, sans pour autant l’oublier, et aspirer à un avenir fondé sur le respect mutuel, tout en œuvrant ensemble à la concrétisation des intérêts communs et au relèvement des défis des transformations accélérées que connaissent les scènes régionale et internationale. » Une phrase qui mérite d’être lu en entier. Ce qui est demandé n’est pas l’oubli. Le message pose ainsi un préalable à la volonté d’aller de l’avant, regarder en face  ce passé colonial et ensuite aspirer à une coopération assise sur le respect mutuel.

Les deux parties ont également évoqué « les voies et moyens de renforcer la coordination sur les questions d’intérêt commun » et « passé en revue l’état de la coopération militaire bilatérale entre les armées des deux pays ». Elles ont abordé « les défis auxquels le monde est confronté » et « échangé leurs points de vue sur diverses questions d’actualité » — formulation diplomatique qui couvre vraisemblablement les évolutions sécuritaires au Sahel, dossier sur lequel Alger et Paris ont des lectures divergentes mais des intérêts qui se croisent.

De son côté, Alice Rufo « a salué l’accueil chaleureux qui lui a été réservé ainsi qu’à la délégation qui l’accompagne, et a exprimé sa satisfaction d’être en Algérie et d’avoir pris part aux manifestations commémorant les massacres du 8 mai 1945 dans la wilaya de Sétif ». La veille, elle s’était rendue sur les lieux mêmes des massacres et avait déclaré qu’« il faut faire preuve de courage pour regarder l’histoire en face telle qu’elle s’est réellement déroulée, dans le respect de la Mémoire de l’Algérie ».

Le Général d’Armée Saïd Chanegriha a accueilli Alice Rufo au siège de l’état-major de l’ANP avec les honneurs militaires d’usage : salut du drapeau national, puis salut militaire présenté par des formations représentant les différentes Forces de l’ANP. La délégation française a été reçue en présence du commandant des Forces terrestres, du secrétaire général du ministère de la Défense nationale, des commandants de Forces et de la Garde républicaine, du commandant de la Gendarmerie nationale et de plusieurs directeurs centraux de l’état-major et du MDN.

L’audience s’est conclue par un échange de présents symboliques et par la signature, par Alice Rufo, du livre d’or de l’état-major de l’ANP. La visite de Rufo à Alger — avec le retour simultané de l’ambassadeur Stéphane Romatet après plus d’un an d’absence — marque une étape dans le lent processus de normalisation entre les deux pays. Mais comme l’a dit Chanegriha, dépasser les séquelles du passé colonial n’est pas une option laissée à la discrétion d’un seul camp. C’est, selon lui, une responsabilité partagée.

Hocine Fadheli

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