La major américaine annonce une accélération des investissements : ExxonMobil relance son offensive en Algérie
Le géant américain des hydrocarbures a confirmé, lors du Forum de Houston, son intention d’accélérer ses investissements en Algérie. L’appétit énergétique de l’intelligence artificielle rebat les cartes.
C’est à Houston, en marge d’une conférence sur les technologies offshore, que John Ardill, vice-président d’ExxonMobil chargé de l’exploration, a posé les cartes sur la table. L’Algérie figure désormais en tête des priorités méditerranéennes du groupe américain, dont les actifs s’étendent sur plus de cinquante pays. Un intérêt renouvelé, mais pas nouveau.
La première majeure mondiale en termes de capitalisation dans le secteur énergétique cherche à compenser le déclin progressif de certains de ses bassins domestiques, notamment le Permien, qui approche de la maturité. Elle regarde vers la Méditerranée — et plus particulièrement vers l’Algérie, dont les réserves de gaz non conventionnel sont estimées à quelque 7 000 milliards de mètres cubes. À ce niveau, le pays pourrait injecter plus de 20 milliards de mètres cubes supplémentaires par an sur le marché mondial, selon les projections qu’Ardill avait lui-même détaillées lors de la signature du protocole d’accord avec Sonatrach en mai 2024. Cet accord de principe, signé le 23 mai 2024, avait ciblé les bassins d’Ahnet et de Gourara, deux zones jugées parmi les plus prometteuses du sous-sol algérien. Le cadre retenu couvrait l’ensemble de la chaîne de valeur pétrolière, avec une attention particulière aux ressources non conventionnelles. C’est sur cette base que les deux groupes ont engagé les négociations en cours.
À Houston, le responsable américain a articulé sa vision autour d’un constat : la demande mondiale en énergie repart à la hausse, et cette fois, c’est en partie l’intelligence artificielle qui l’alimente. Le développement massif des centres de données, extrêmement énergivores, vient s’ajouter à la pression démographique et aux besoins des marchés émergents. Pour Ardill, les pays dotés de grandes réserves non conventionnelles ont une carte à jouer dans la sécurisation de cette demande. Il cite en exemple la révolution du gaz de schiste aux États-Unis, qui a propulsé le pays au rang de premier producteur mondial d’hydrocarbures en moins d’une décennie.
La stratégie que défend ExxonMobil repose sur trois éléments qu’Ardill résume ainsi : des compétences scientifiques de haut niveau, des technologies performantes, et des partenariats durables entre investisseurs et détenteurs des ressources. Sur ce dernier point, il a été explicite : l’Algérie est le profil de partenaire recherché.
Mais ExxonMobil n’est pas seul à scruter le sous-sol algérien. Des opérateurs chinois ont signé, en juin 2025, un projet de valorisation du bassin de Berkine — une avance concrète dans la course aux ressources non conventionnelles algériennes. La compétition internationale est réelle, et elle s’intensifie à mesure que les grandes compagnies cherchent à ancrer leurs positions pour les décennies à venir.
L’Algérie dispose d’un argument de poids : sa proximité géographique avec l’Europe, marché en déficit de gaz depuis la rupture progressive avec la Russie. Une réalité que les majors internationales ont bien intégrée, et qui explique l’accélération des approches vers Alger.
Samira Ghrib

