Liban sous les bombes : Au mépris du cessez-le-feu, l’occupation sioniste massacre et détruit le système de santé
Devant la 79e Assemblée mondiale de la santé réunie à Genève, le ministre libanais de la Santé Nasreddine Rakan a lancé mercredi un appel solennel à la communauté internationale pour qu’elle intervienne « fermement » afin de protéger les personnels et infrastructures sanitaires de son pays. Derrière les chiffres qu’il a énoncés — 116 soignants tués, 16 hôpitaux endommagés, 147 ambulances ciblées — se dessine la réalité d’un système de santé méthodiquement mis à genoux par l’entité sioniste, au mépris d’un cessez-le-feu qu’elle viole sans relâche.
Le tableau dressé ce mercredi par les instances onusiennes est accablant. Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), quelque 95.000 personnes ont fui leurs foyers ces derniers jours, chassées par des ordres de déplacement répétés et des frappes aériennes qui continuent de s’abattre sur le sud du Liban et d’autres régions du pays. Depuis le 2 mars, le bilan s’élève à au moins 3.020 morts et plus de 9.200 blessés — dont 824 tués et plus de 2.000 blessés depuis l’annonce du cessez-le-feu le 17 avril. Le cessez-le-feu, prolongé le 16 mai pour 45 jours supplémentaires, n’a pas ralenti les frappes. Il n’a fait que leur donner un contexte encore plus révélateur. Mardi, 19 martyrs sont tombés dans le sud du Liban en une seule journée. Une frappe aérienne sur Deir Qanoune al-Nahr, dans le district de Tyr, a tué dix personnes, dont trois enfants et trois femmes. Le ministère libanais de la Santé a qualifié cette attaque de « massacre ». Neuf autres personnes ont péri dans des frappes dispersées à travers le sud, faisant 29 blessés supplémentaires dont six femmes et un enfant. À Maachouq, au nord de Tyr, l’effondrement des deux derniers étages d’un immeuble résidentiel a tout emporté. À Nabatiyé, un quartier entier — commerces, mosquée historique, habitations traditionnelles — a été largement détruit. Ce qui frappe dans la stratégie sioniste, c’est la nature des cibles. L’Organisation mondiale de la Santé a recensé, depuis le 2 mars, 169 attaques contre des établissements de santé au Liban, causant 116 morts et 263 blessés parmi le personnel soignant. Vingt-trois de ces attaques et 18 de ces décès sont survenus après l’annonce du cessez-le-feu. Une double frappe sur Maarakeh a tué un ambulancier en plein exercice de ses fonctions. Des frappes ont visé un centre de soins à Qana et les abords d’un hôpital dans le gouvernorat de Nabatieh. Quarante-cinq centres de soins ont été contraints de fermer. Le ministre Rakan a nommé ces actes sans détour : « violations graves du droit international humanitaire ».
La pression sur ce système de santé déjà exsangue est aggravée par l’ampleur des déplacements. Plus d’un quart de la population libanaise a été déplacé, saturant des structures médicales qui fonctionnaient déjà à la limite. Vingt pour cent des victimes sont des femmes et des enfants. Le ministre libanais a été explicite sur ce point à Genève : « la résilience seule ne suffit pas » face à une agression qui se poursuit sans que la communauté internationale n’impose de véritable coût à l’entité sioniste.
La réponse humanitaire, elle, reste très en deçà des besoins. Les partenaires ont distribué depuis le 2 mars près de dix millions de repas, 170.000 couvertures et 130.000 matelas — un effort considérable, mais qui ne représente qu’un peu plus de la moitié des fonds nécessaires, soit 158 millions de dollars sur l’ensemble de l’appel d’urgence. L’équipe humanitaire de pays travaille à prolonger cet appel jusqu’à fin août, consciente que les besoins ne feront qu’augmenter si les frappes se poursuivent à ce rythme. OCHA a été direct dans son évaluation : la situation reste « extrêmement préoccupante ».
Ce que demande le Liban à la communauté internationale n’est pas exceptionnel. C’est le minimum qu’impose le droit : protection des soignants, des hôpitaux et des ambulances, garantie de la continuité des soins, fin de l’impunité accordée à une entité d’occupation qui bombarde des centres médicaux en pleine période de trêve. Nasreddine Rakan a conclu son intervention à l’OMS par une formule qui résume l’essentiel : « la santé doit rester un pont vers la paix et la dignité ». Pour l’heure, ce pont est sous les bombes.
L.S.

