Patrimoine immatériel : Une bataille de tous les jours
C’est en marge d’une exposition culinaire africaine, ouverte dimanche au Palais de la culture Moufdi-Zakaria d’Alger, que la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, a réaffirmé l’engagement de l’État à défendre le patrimoine culturel immatériel algérien — devant les représentants de 25 nations africaines réunis pour la Journée mondiale de l’Afrique. Un message qui dépasse l’occasion diplomatique et s’inscrit dans une dynamique nationale construite depuis plusieurs années.
Devant les ambassadeurs et diplomates du continent, Bendouda a salué l’attachement des citoyens algériens, en Algérie comme à l’étranger, à défendre leur héritage culturel. Elle a mis en avant les contributions individuelles, les initiatives associatives et le rôle des médias dans la valorisation du patrimoine national, « notamment le patrimoine immatériel », dont la protection, a-t-elle insisté, constitue une priorité d’État. La ministre a également souligné l’importance que l’Algérie accorde à la valorisation du patrimoine africain commun, dans une perspective de développement continental solidaire.
Ces déclarations s’inscrivent dans un contexte précis. En avril dernier, lors de l’ouverture du Mois du Patrimoine, Bendouda avait annoncé que « l’Algérie poursuit son combat culturel pour consacrer son identité, avec le dépôt en cours de dossiers importants auprès de l’UNESCO, portant notamment sur les itinéraires augustiniens, les mausolées royaux, ainsi que d’autres éléments tels que la blouse traditionnelle, le chant des meddahates et l’art du zellige, sans oublier les savoirs traditionnels comme la poterie artisanale, les jeux de réflexion et les systèmes d’irrigation ancestraux ». Un mois plus tôt, elle avait présidé le dépôt officiel du dossier de candidature de la Blouza, tenue traditionnelle de l’ouest algérien, auprès de l’organisation internationale — un acte que le ministère de la Culture a présenté comme relevant d’une « stratégie nationale globale visant à sauvegarder le patrimoine immatériel de l’Algérie et à renforcer sa présence internationale ». En janvier 2026, la ministre avait également installé la Commission nationale chargée du suivi des dossiers du patrimoine culturel immatériel, une démarche présentée comme traduisant « l’attention particulière accordée par l’État algérien à la protection, à la sauvegarde et à la valorisation de ce legs civilisationnel ».
Ce travail de fond porte ses fruits. L’Algérie compte aujourd’hui onze biens culturels inscrits sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO — du couscous, reconnu en 2020, au raï, chant populaire désormais labellisé par l’organisation internationale, en passant par la calligraphie arabe, les savoirs des mesureurs d’eau des foggaras d’Adrar et la cérémonie de la Sebeïba de Djanet. En 2024, l’Algérie a été élue, à l’unanimité, membre du Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel pour le mandat 2024-2028, représentant le groupe arabe — une reconnaissance que le ministère de la Culture a qualifiée de « couronnement » des efforts nationaux. Pour 2026, trois nouveaux dossiers sont en attente d’examen à l’UNESCO : l’art du zellige, les traditions artisanales liées aux fibres végétales Al Saafiyat, et les rituels et pratiques sociales du henné.
Couscous, raï et tchep : vingt pays à table
C’est dans ce contexte que s’est tenu, dimanche au Palais Moufdi-Zakaria, le volet gastronomique de la Journée de l’Afrique. L’exposition, organisée par le groupe africain des ambassadeurs accrédités à Alger sous la présidence tournante du représentant ougandais, l’ambassadeur John Chrysostome Alintuma Nsambu — doyen du corps diplomatique africain —, a réuni une vingtaine d’exposants représentant des pays aussi divers que le Sénégal, l’Égypte, le Zimbabwe, l’Angola, le Niger, le Burundi et le Soudan. L’événement a été officiellement inauguré par le secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères chargé de la Communauté nationale à l’étranger, Sofiane Chaïb, en présence du secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, Lounès Magramane.
Sur le stand algérien, deux plats tenaient le premier rang : la chekhchoukha et le couscous, ce dernier accompagné de la mention de son inscription à l’UNESCO en 2020 — une façon de rappeler, au milieu des saveurs du continent, que la cuisine algérienne porte désormais un label universel. Face à lui, les cuisines d’Afrique subsaharienne et orientale proposaient au public une traversée gustative du continent, des sauces sénégalaises aux préparations soudanaises, dans une fête culinaire que Sofiane Chaïb a qualifiée de démonstration de « la richesse et la diversité du patrimoine culinaire africain ».
Cette journée, organisée cette année sous le thème de la durabilité de l’eau et du développement durable à l’horizon 2063, aura donc aussi été une occasion de rappeler que les savoir-faire culinaires ne sont pas de simples traditions — ils sont des identités vivantes, et l’Algérie entend bien continuer à les défendre comme tels.
Mohand Seghir

