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Constantine : Quand l’incivisme défigure la ville

Des balcons fermés au mépris des normes, des ouvertures percées sans autorisation dans les murs porteurs, des enseignes commerciales apposées sans concertation : à Constantine, les façades d’immeubles subissent depuis des années les effets d’un incivisme urbain qui altère profondément l’esthétique de la ville. Face à cette dégradation persistante, l’Office de Promotion et de Gestion Immobilière (OPGI) a décidé de passer à l’offensive en lançant un vaste programme d’uniformisation et en annonçant des poursuites judiciaires contre les contrevenants.

À Constantine, de nombreux immeubles collectifs ont progressivement perdu leur identité architecturale sous l’effet de transformations réalisées sans autorisation. Balcons fermés de manière disparate, ouvertures percées dans les façades, devantures commerciales modifiées au gré des intérêts particuliers et ajouts de constructions improvisées ont fini par créer un paysage urbain hétéroclite où chaque occupant impose sa propre vision, souvent au détriment de l’intérêt collectif. Cette situation a conduit l’Office de Promotion et de Gestion Immobilière (OPGI) à engager un programme d’harmonisation des façades visant à restaurer l’esthétique des ensembles résidentiels et à préserver leur cohérence architecturale. Les modifications effectuées sans l’accord préalable de l’OPGI ne se limitent pas à une simple atteinte visuelle. Certaines interventions touchent directement à des éléments structurels sensibles, compromettant parfois la stabilité et la sécurité des bâtiments.

Au-delà de l’aspect technique, les responsables dénoncent une forme d’incivisme qui consiste à privilégier les intérêts personnels au détriment du cadre de vie collectif. Chaque façade modifiée sans respect des normes contribue à dégrader l’image de la ville et à effacer l’identité architecturale des immeubles. Le phénomène touche également certains locaux commerciaux, dont les propriétaires multiplient les aménagements et les enseignes sans tenir compte de l’unité visuelle des bâtiments. Cette anarchie esthétique est devenue l’une des principales causes de la dégradation du paysage urbain dans plusieurs quartiers de la wilaya, notamment dans le chef-lieu, la ville du Rummel.

Face à ces dépassements répétés, l’OPGI annonce désormais une politique de fermeté. Les auteurs de travaux illicites pourront être traduits devant la justice et contraints de supporter non seulement les coûts de remise en conformité, mais également les frais d’expertise technique engagés par les services compétents, notamment ceux du Contrôle Technique de la Construction (CTC).

L’État investit, certains refusent de suivre

Parallèlement aux mesures coercitives, les pouvoirs publics poursuivent leurs efforts pour améliorer le cadre bâti. Plusieurs opérations de réhabilitation sont menées à travers la wilaya. Elles concernent notamment le ravalement des façades, les travaux d’étanchéité ainsi que le traitement des vides sanitaires. Cependant, ces initiatives se heurtent parfois à l’opposition de certains commerçants qui refusent de s’intégrer aux campagnes de rénovation, invoquant la préservation de leurs enseignes ou de leur identité commerciale. Une attitude que les responsables jugent incompatible avec les objectifs d’embellissement et d’uniformisation recherchés.

Pour les services de la direction du logement, un immeuble constitue un ensemble architectural cohérent qui ne peut être traité de manière différenciée selon les occupants. L’harmonie visuelle doit prévaloir sur les considérations individuelles afin de préserver l’image globale du bâtiment et, au-delà, celle de la ville tout entière.

Ville au riche patrimoine architectural et urbain, Constantine fait aujourd’hui face au défi de concilier développement urbain et respect de son identité esthétique. Le programme lancé par l’OPGI apparaît ainsi comme une tentative de remettre de l’ordre dans un paysage fragilisé par des années de transformations anarchiques.

Outre les sanctions et les travaux de réhabilitation, les responsables insistent sur la nécessité d’une prise de conscience citoyenne. Car la préservation du cadre bâti ne relève pas uniquement des institutions : elle dépend également du comportement quotidien des habitants et du respect qu’ils accordent à leur environnement urbain. L’embellissement des villes ne repose pas uniquement sur les investissements publics ; il exige aussi un sens aigu de la responsabilité citoyenne. À Constantine, la bataille pour des façades harmonieuses est avant tout celle du respect du bien commun face à l’individualisme qui, trop souvent, défigure durablement le paysage urbain.

Sofia Chahine

admin

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