Actualité

Sommet Afrique-République de Corée : L’Algérie, pivot de la diplomatie économique continentale

À Séoul ce lundi, le chef de la diplomatie algérienne Ahmed Attaf a pris la parole devant la Réunion ministérielle du partenariat Afrique-République de Corée pour dresser un bilan sans fard et tracer des perspectives ambitieuses : deux décennies de relations bilatérales exemplaires, et la volonté déclarée de les hisser au rang de levier du développement continental africain.

Le cadre de cette rencontre n’est pas anodin. Deux ans après le premier Sommet Afrique-Corée tenu en juin 2024 — événement qui avait matérialisé l’entrée de Séoul dans le jeu des grandes puissances partenaires du continent africain —, les ministres des Affaires étrangères des pays africains et leurs homologues coréens se sont retrouvés dans la capitale sud-coréenne pour une séance de travail consacrée à l’état d’avancement des engagements pris. L’heure n’est plus aux discours de principe, mais au suivi concret des chantiers lancés.

Attaf a choisi d’emblée de camper le ton : l’évaluation algérienne du partenariat depuis le sommet de 2024 «se résume en deux mots : satisfaction et ambition». La formule, courte et sans fioritures, donnait le la à une intervention articulée en trois axes. «La satisfaction à l’égard des progrès tangibles réalisés dans la mise en œuvre des orientations et des engagements issus de ce sommet historique», a-t-il précisé, «et l’ambition de réaliser davantage d’acquis sur la voie du renforcement des différentes dimensions de notre partenariat et de la valorisation de ses perspectives prometteuses, au service des intérêts mutuels des parties africaine et coréenne.»

Le ministre d’État n’a pas manqué de souligner la nature singulière du lien qui unit Alger à Séoul. «L’Algérie est fière de son partenariat stratégique privilégié et singulier avec la République de Corée, un partenariat dont nous célébrons, cette année, le vingtième anniversaire», a-t-il dit, avant d’ajouter une dimension qui dépasse le cadre strictement bilatéral. Pour l’Algérie, ce partenariat ne se limite pas à deux capitales : il a vocation à rayonner sur l’ensemble du continent. «En Algérie, nous considérons notre partenariat bilatéral comme un levier du partenariat global Afrique-Corée, d’autant qu’il porte des projets qui dépassent le cadre strictement bilatéral pour revêtir une dimension continentale, à l’instar de l’important projet de création du Centre africain des technologies de l’information et de la communication et des technologies avancées», a-t-il développé.

Le premier axe de l’intervention portait sur la convergence entre les objectifs du partenariat Afrique-Corée et les priorités définies par l’Agenda 2063 de l’Union africaine, feuille de route continentale qui projette de faire de l’Afrique une puissance économique et technologique à l’horizon du prochain demi-siècle. Attaf a salué ce qu’il a qualifié d’«orientation notable de la République de Corée visant à soutenir les différents mécanismes de l’action africaine commune de manière à préserver le principe d’appropriation africaine des différentes activités de coopération» — une façon de dire que Séoul ne cherche pas à imposer son agenda, mais à accompagner celui du continent.

Le deuxième axe mettait en avant «l’approche pragmatique» qui caractérise, selon lui, le partenariat en cours. Commerce intra-africain, infrastructures, agriculture, industrie, numérique, innovation : les domaines d’intervention coréens sur le continent couvrent un spectre large, et c’est précisément ce caractère multisectoriel qu’Alger retient comme signe de maturité du partenariat.

Ne pas rater la prochaine révolution industrielle

Le troisième axe était peut-être le plus politique. Attaf a rappelé avec une franchise certaine que l’Afrique a déjà manqué deux grandes révolutions mondiales — la révolution industrielle, sous le joug colonial, puis la révolution de l’information, alors qu’elle subissait encore les séquelles de cette même colonisation. Il s’agit désormais de ne pas reproduire ce schéma à l’heure de l’intelligence artificielle, de la robotique, des nanotechnologies et des énergies renouvelables. «La priorité absolue à l’heure actuelle consiste à éviter que l’Afrique ne demeure en marge de ces révolutions, comme elle fut écartée, par le passé, de la révolution industrielle alors qu’elle était sous le joug de la colonisation, puis de la révolution de l’information alors qu’elle continuait de subir les conséquences de cette colonisation», a-t-il insisté. Le propos est historiquement ancré et ne laisse guère de place à l’ambiguïté : les partenariats technologiques avec des puissances comme la Corée du Sud ne relèvent pas d’un luxe diplomatique, mais d’une nécessité stratégique pour le continent.

La présence d’Attaf à Séoul s’inscrit dans une séquence diplomatique dense pour Alger, qui multiplie les engagements multilatéraux sur le dossier africain. Fort d’une position géographique au carrefour de l’Afrique et du bassin méditerranéen, et d’une économie en cours de diversification accélérée, le pays entend peser dans la redéfinition des termes du partenariat Afrique-Corée. L’engagement «constant» de l’Algérie — le mot est revenu plusieurs fois dans l’allocution du ministre — à «promouvoir, dynamiser et conférer davantage de substance» à ce partenariat stratégique n’est pas rhétorique : il se traduit par une présence active dans les instances continentales et une volonté affichée d’attirer le savoir-faire coréen vers les secteurs industriels et technologiques algériens.

Vingt ans après la signature du partenariat bilatéral, Alger et Séoul regardent dans la même direction. Ce qui reste à construire, c’est le chemin.

Salim Amokrane

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *