70 pays rassemblés à Alger pour traquer les faux documents de voyage
70 États. Trois continents. Une cellule d’experts installée à Alger. En une semaine, plus de 500 requêtes traitées, plusieurs criminels recherchés depuis des années interpellés grâce à des documents falsifiés qui ont fini par les trahir. La deuxième édition de la Semaine d’action AFRIPOL-Police fédérale allemande dédiée à la détection des faux documents de voyage s’est clôturée mercredi à Alger sur ce bilan révélateur d’une mécanique opérationnelle qui commence à produire des résultats concrets.
Le dispositif repose sur un principe simple : un guichet d’assistance commun, le Helpdesk, hébergé au siège du Mécanisme de l’Union africaine pour la coopération policière dans la capitale algérienne. Un agent de contrôle aux frontières qui doute d’un passeport interroge la cellule. En deux à cinq minutes, il obtient une réponse sur l’authenticité du document ou une alerte si le porteur fait l’objet d’un signalement. Mohamed Benaired, directeur de la formation, du renforcement des capacités, de la programmation et des opérations à AFRIPOL, résume l’enjeu : l’initiative vise à « soutenir les capacités des États membres, notamment les services de police, les institutions nationales et les autorités de contrôle des frontières ». En clair, pallier le manque de moyens des agents de première ligne sans rallonger inutilement les files d’attente aux postes frontières.
Le bond d’une édition à l’autre est saisissant. En 2023, lors de la première édition, 16 pays africains participaient, leurs requêtes acheminées vers une équipe basée en Allemagne. Trois ans plus tard, 70 États sont dans la boucle, le traitement s’effectue depuis Alger, et la géographie s’est élargie à l’Europe et à l’Amérique du Sud. Ce déplacement du centre opérationnel vers le continent africain n’est pas anecdotique : il traduit une montée en puissance d’AFRIPOL comme hub technique de sécurité, appuyée sur des équipements de communication que l’Algérie a fournis à l’organisation.
Bjorn Banicsh, officier de liaison de la Police fédérale allemande en Algérie, pointe ce qui fait la différence sur le terrain : « le principal acquis de cette opération réside dans la rapidité de l’assistance fournie par des experts qualifiés aux agents de première ligne face à des documents suspectés de falsification ». La vitesse, justement. Dans les aéroports ou aux postes-frontières terrestres, retenir un voyageur plusieurs heures pour authentification est rarement tenable. La réponse en quelques minutes change l’équation.
La fraude documentaire n’est pas un délit mineur. Elle est, dans la quasi-totalité des cas, un vecteur d’autres infractions : immigration illégale organisée, trafic de personnes, blanchiment, et pour une part non négligeable, mobilité de criminels sous identités d’emprunt. Les interpellations enregistrées cette semaine illustrent ce que les spécialistes rappellent depuis longtemps : le faux passeport est souvent le maillon faible d’un parcours criminel plus large. Détecter le document, c’est parfois arrêter autre chose.
Pour Alger, l’exercice a aussi une dimension politique. Benaired n’a pas manqué de souligner que « l’Algérie constitue un pilier fondamental dans la lutte contre la criminalité tant au niveau continental qu’international », en mettant en avant « l’excellence de l’expertise algérienne ». Le propos est revendicatif, mais il repose sur des faits vérifiables : c’est à Alger qu’AFRIPOL a son siège depuis sa création, c’est l’Algérie qui a fourni les systèmes et équipements sécurisés qui font tourner le dispositif, et c’est dans la capitale algérienne que s’est installé le Helpdesk opérationnel de cette deuxième édition.
Salim Amokrane

