Alger offre et livre une centrale électrique à Niamey : L’Algérie au cœur de la solidarité énergétique africaine
Quarante mégawatts. Moins de trois mois de chantier. Un don sans contrepartie commerciale. Ce mercredi, le Premier ministre Sifi Ghrieb a inauguré à Gorou Banda, dans la banlieue de Niamey, la centrale électrique de solidarité algéro-nigérienne — première réalisation concrète issue de la nouvelle dynamique bilatérale lancée par le président de la République Abdelmadjid Tebboune. Un geste fort, livré six mois avant le calendrier prévu, qui dit quelque chose de net sur la méthode algérienne en Afrique : faire avant de parler.
La délégation algérienne comprenait le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, et le directeur général de l’Agence algérienne de coopération internationale pour la solidarité et le développement, Abed Hallouz — un tandem qui résume à lui seul la double nature de la démarche : technique et diplomatique. À l’aéroport international Diori-Hamani, son homologue nigérien Ali Lamine Zeine Mahaman attendait Ghrieb. Les deux Premiers ministres ont tenu une séance de travail bilatérale avant de prendre la route de Gorou Banda.
La centrale est une installation mobile à turbines à gaz, deux unités de 20 mégawatts chacune, alimentées au diesel et au gaz. Maître d’ouvrage : la Société nigérienne d’électricité, la Nigelec. Réalisateur : Sonelgaz International. Financement : l’agence algérienne de coopération. Le chantier a démarré le 22 avril 2026. Les essais ont commencé le 9 mai. La mise en service a eu lieu aujourd’hui. Ce n’est pas un délai ordinaire pour un projet de cette nature dans la région.
Une diplomatie par les faits
Dans son allocution, Sifi Ghrieb a placé l’événement dans un registre qui dépasse le bilatéral strict. «Cette réalisation montre comment la coopération africaine fondée sur la solidarité, la confiance et le respect mutuel peut contribuer au développement et répondre aux aspirations des peuples africains», a-t-il déclaré. Il a également souligné que «la livraison du projet plus de six mois avant les délais prévus reflète le niveau de mobilisation et de coordination entre les deux parties et témoigne de la forte volonté politique des dirigeants des deux pays de faire passer les relations bilatérales de la phase des accords à celle des réalisations concrètes». La formule est précise et voulue : l’ère des déclarations communes est révolue, place aux inaugurations.
Ghrieb a aussi insisté sur la dimension humaine du partenariat, affirmant que «la coopération entre les deux pays ne se limite pas aux aspects économique et énergétique, mais s’étend à des projets à caractère social et humanitaire reflétant la profondeur des liens fraternels entre les deux peuples». Un cadrage qui élargit délibérément le spectre de la relation au-delà des kilowatts.
Du côté nigérien, le Premier ministre Ali Lamine Zeine Mahaman a exprimé «la reconnaissance et la gratitude» de son pays envers l’Algérie pour cette initiative. Le général Abdourahamane Tiani, président de la République du Niger, qui a reçu Ghrieb dans l’après-midi, a lui estimé que «la dynamique exceptionnelle qui caractérise les relations algéro-nigériennes constitue un modèle de coopération Sud-Sud». Il a remercié le président Tebboune «pour l’attention particulière qu’il accorde à la coopération bilatérale, laquelle a permis la concrétisation du projet de centrale électrique dans un délai record».
Des cadres nigériens formés par Sonelgaz
Le volet formation mérite une attention particulière. Huit techniciens de la Nigelec ont suivi du 4 au 23 mars 2026 une session spécialisée dans l’exploitation et la maintenance des turbines à gaz mobiles dans les écoles de Sonelgaz en Algérie. Ce transfert de compétences est inscrit dans la conception même du projet — il ne s’agit pas d’un appendice symbolique, mais d’un élément structurant. L’Algérie ne se contente pas de livrer une infrastructure ; elle forme les hommes qui vont la faire tourner.
Le choix de l’énergie comme vecteur premier de la diplomatie algérienne en Afrique subsaharienne est assis sur des atouts solides. L’Algérie est un producteur d’hydrocarbures qui cherche à diversifier ses débouchés et à se projeter comme puissance régionale stable. La pauvreté énergétique est massive sur le continent : selon les estimations courantes, moins d’un habitant sur deux en Afrique subsaharienne a accès à l’électricité de manière fiable. Au Niger, le taux d’électrification reste parmi les plus faibles du continent. Une centrale de 40 mégawatts ne règle pas ce déficit à l’échelle nationale — mais elle couvre une part significative des besoins de Niamey, et ouvre la porte à des projets supplémentaires et à y faire plus.
C’est précisément le message que Ghrieb a transmis au général Tiani : l’Algérie «continuera d’accompagner le Niger dans la réalisation de projets de développement», a-t-il assuré, avec un engagement explicite dans des secteurs aussi variés que la santé, la formation, l’enseignement supérieur, le numérique et les transports. La liste n’est pas décorative. Elle dessine le périmètre d’un partenariat structurel que l’Algérie entend ancrer dans la durée.
Un modèle exportable
La centrale de Gorou Banda a été montée en moins de six semaines, testée en moins de trois mois, livrée bien avant terme. Et ce modèle — turbines mobiles, financement algérien, formation locale intégrée — peut être reproduit dans d’autres capitales sahéliennes ou africaines. Le ministre l’Energie a d’ailleurs évoqué des projets similaires au Tchad, et dans d’autres pays d’Afrique. Alger dispose ainsi d’un instrument de projection réel, cohérent avec sa capacité industrielle via Sonelgaz et son stock d’expertise technique accumulé depuis des décennies dans le secteur énergétique.
C’est de la géoéconomie assumée. L’Algérie construit des réseaux de solidarité qui servent aussi des intérêts de puissance régionale, sa sécurité aux frontières sud, et sa crédibilité dans les enceintes africaines — Union africaine en tête — où elle revendique un rôle de médiateur et de partenaire de développement. La diplomatie énergétique est l’un des rares leviers où Alger peut jouer sans intermédiaire occidental, sans dépendance à une institution de Bretton Woods, et sans les appétits cannibales affichés par les anciennes puissances coloniales. L’Algérie a toujours ancré son action dans le panafricanisme et dans la solidarité africaine. Support des mouvements de décolonisation hier, elle affiche l’ambition de soutenir l’indépendance économique et énergétique africaine et de l’intégration continentale aujourd’hui.
Sifi Ghrieb a quitté Niamey en fin de journée, salué à l’aéroport par son homologue nigérien et l’ambassadeur d’Algérie Ahmed Saadi. Derrière lui, les turbines tournent.
Amar Malki

