Ligne Alger-Tamanrasset : Le rail du siècle entre en chantier
L’Algérie joue là l’un de ses paris les plus stratégiques depuis l’indépendance.
Le 28 mai, à Brazzaville, la Banque africaine de développement classait le corridor ferroviaire Alger-Tamanrasset parmi les infrastructures les « plus transformatrices » du continent. Le 1er juin, Abdelmadjid Tebboune tranchait lui-même l’échéance en réunion restreinte : les travaux démarrent au plus tard en septembre 2026, sur trois fronts simultanés. Ce samedi, Abdelkader Djellaoui, ministre des Travaux publics, réunissait les cadres de l’ANESRIF pour traduire ces décisions en actes : évaluation des procédures préparatoires, finalisation des aspects techniques et réglementaires, état d’avancement de la sélection des entreprises pour le premier tronçon. Deux mille kilomètres de désert. Un rail en chantier. Une mise en service visée pour fin 2028.
Du sommet à l’opérationnel
La réunion de ce samedi n’était pas une réunion de lancement. C’était une réunion de suivi — celle qui transforme les annonces en préparatifs concrets. La réunion s’est penchés ur les préparatifs du lancement du projet de ligne ferroviaire Ouargla-In Salah-Tamanrasset, indique un communiqué du ministère, Un nouveau tronçon à lancer, après les parties déjà mises en chantiers.
Le communiqué du ministère le dit sans détour : la rencontre était « consacrée à l’évaluation de l’avancement des procédures préparatoires visant à assurer le démarrage effectif des travaux ». Un exposé détaillé a été présenté sur les mesures prises pour finaliser les aspects techniques et réglementaires. Les procédures de sélection des entreprises chargées du tronçon Ghardaïa-Laghouat-El Meniaa se poursuivent « en prélude au lancement des travaux ».
Cette réunion s’inscrit dans une séquence d’accélération coordonnée depuis le 1er juin. Ce jour-là, Tebboune avait réuni autour de lui le Premier ministre Sifi Ghrieb, le ministre des Hydrocarbures Mohamed Arkab, le ministre des Finances Abdelkrim Bouzerd, le gouverneur de la Banque d’Algérie et le PDG de Sonatrach. Officiellement centrée sur les hydrocarbures et le phosphate, la réunion a produit sa décision la plus attendue sur le rail : lancement au plus tard en septembre, trois chantiers simultanés — Ouargla-In Salah, In Salah-Tamanrasset, et Tamanrasset-In Salah dans le sens inverse pour accélérer la jonction. Tebboune a lui-même qualifié le projet de « nouveau pari du siècle, qui n’est pas de moindre importance que le projet de Gara-Djebilet ».
La BAD au front : 747 millions d’euros déjà débloqués
Quelques jours avant la réunion présidentielle, c’est depuis Brazzaville que le projet avait reçu une caution internationale de poids. En marge des assemblées annuelles de la Banque africaine de développement, la vice-présidente principale de l’institution, Marie-Laure Akin-Olugbade, avait désigné le financement du premier tronçon Laghouat-Ghardaïa-El Meniaa comme « le plus grand projet de la Banque en Algérie ». Elle avait ajouté : « Parmi nos interventions très transformatrices figure le projet ferroviaire algérien, qui représente essentiellement la voie transsaharienne. Ce corridor illustre l’importance des infrastructures de connectivité pour accélérer l’intégration économique africaine et soutenir la mise en œuvre effective de la Zlecaf. » Les chiffres donnent la mesure de cet engagement. En décembre 2025, le Conseil d’administration de la BAD avait approuvé un prêt de 747,32 millions d’euros pour ce premier tronçon de 495 km. L’enveloppe totale mobilisée pour cette phase atteint trois milliards de dollars. C’est, à ce jour, le financement extérieur le plus important jamais accordé à un projet d’infrastructure en Algérie — un pays qui avait longtemps refusé tout recours à l’endettement externe avant d’inscrire cette ouverture dans la loi de finances 2025, réservée aux seuls projets d’intérêt national.
Ce que 2.000 km de rail changent vraiment
La ligne Alger-Tamanrasset couvre 2.039 km. Elle desservira Laghouat, Ghardaïa, El Meniaa, In Salah et Tamanrasset — des régions qui n’ont aujourd’hui que la route pour relier le nord du pays. Elle vise à fluidifier le transport de fret et de voyageurs vers le Sahara profond, là où se concentrent les gisements gaziers, les futurs sites miniers et les corridors logistiques vers l’Afrique subsaharienne.
Le chantier s’inscrit dans un programme national plus vaste : porter le réseau ferroviaire algérien à 10.000 km d’ici 2030, contre environ 4.000 km aujourd’hui. Mais Tamanrasset n’est pas une ligne ordinaire dans ce programme. Elle est le maillon qui ouvre la voie transsaharienne vers le Niger — et, à terme, vers le reste de l’Afrique de l’Ouest. Combinée au gazoduc transsaharien dont les travaux ont démarré le 4 juin à Aoulef, cette infrastructure s’inscrit dans la traduction de l’intégration économique régionale dans des projets concrets.
Pour l’Afrique, l’enjeu est lisible dans la logique de la ZLECAf : le commerce intra-africain reste bridé par l’absence de connectivité physique. Un rail transsaharien réduit les coûts logistiques, désenclave le Sahel et ouvre des routes commerciales que ni la route ni l’air ne peuvent assurer à grande échelle.
Il reste moins de trois mois entre les décisions du 1er juin et la date butoir fixée pour le démarrage. L’ANESRIF finalise les procédures. Les appels d’offres pour le tronçon Ghardaïa-Laghouat-El Meniaa sont en cours. La sélection des entreprises pour les sections sahariennes suivra. Les délais sont serrés. Mais la séquence observée depuis fin mai suggère une accélération coordonnée, pas improvisée. Tebboune a dit « pari du siècle ». La BAD a dit « plus transformateur ». Septembre approche et le compet à rebours est lancé.
Amar Malki
La deuxième édition du Salon « Algeria Rail Expo » du 9 au 11 juin à Oran
La deuxième édition du Salon international de l’industrie et des infrastructures ferroviaires, « Algeria Rail Expo », se tiendra du 9 au 11 juin au Centre des conventions d’Oran (CCO), avec la participation d’exposants issus de sept pays, aux côtés de grandes entreprises algériennes publiques et privées. Placée sous le parrainage du ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, cette manifestation vise à mettre en lumière l’intérêt croissant accordé au développement du secteur ferroviaire en Algérie et dans la région, ont indiqué les organisateurs dans un communiqué. Le Salon ambitionne de « se positionner comme une plateforme de référence entre l’Afrique et l’Europe, dédiée à la promotion des investissements, au développement des partenariats industriels et au partage des expertises dans les domaines liés aux infrastructures et aux systèmes ferroviaires », précise la même source. L’événement réunira l’ensemble des acteurs de l’écosystème ferroviaire, couvrant notamment les infrastructures ferroviaires, le matériel roulant, la signalisation et les systèmes de contrôle, l’électrification et l’énergie, les équipements industriels, les services d’ingénierie, la logistique et le transport, ainsi que le financement et l’investissement. En marge de l’exposition, plusieurs conférences et rencontres professionnelles seront organisées, réunissant des experts internationaux, des dirigeants d’entreprises, des représentants d’institutions nationales, d’organismes internationaux, ainsi que des investisseurs et partenaires financiers. Ces rencontres permettront d’aborder les enjeux stratégiques du secteur, notamment en matière de modernisation des infrastructures, d’innovation technologique et de financement des projets ferroviaires, selon les organisateurs.
APS

