Tebboune hausse le ton !
Un million de moutons achetés, et pourtant. Le bilan de l’opération d’acquisition des ovins de l’Aïd el-Adha, présenté dimanche en Conseil des ministres, n’a pas satisfait le président de la République.
Abdelmadjid Tebboune a ordonné l’ouverture d’une enquête sur « l’ensemble des insuffisances » relevées dans l’opération, notamment « ce qui a trait aux aspects de l’organisation et de la distribution ». Le ministre de l’Agriculture a été directement mis en cause : il lui est demandé de « rattraper les lacunes enregistrées » pour que l’expérience ne se reproduise pas à l’identique lors des prochaines fêtes. Le ton est celui d’un chef d’État qui n’entend pas se contenter d’un satisfecit de façade.
Contrôle des produits importés : un dispositif revu de fond en comble
L’enquête sur les moutons n’est pas le seul signal d’humeur du Conseil. Tebboune a également tranché sur un dossier qui traîne depuis des années : le contrôle des produits de consommation aux frontières. Les instructions sont précises et sans ambiguïté. Le ministère du Commerce intérieur et le ministère de la Santé sont chargés de « créer et gérer des laboratoires de contrôle des produits destinés à la consommation dans tous les ports et aéroports du pays ». La répartition des compétences a été arrêtée : le Commerce surveille les produits de consommation, y compris les viandes sous toutes leurs formes ; l’Agriculture se concentre sur le contrôle de la qualité des céréales, et uniquement les céréales.
Pour les marchandises en transit routier, le président a ordonné la création d’équipes spécialisées, formées par le ministère de l’Enseignement supérieur et encadrées sur le terrain par le ministère du Commerce, « pour surveiller les produits destinés à la consommation lors de leur transport par voie routière, en coopération avec les services de sécurité ».
La lutte contre la fraude est érigée en priorité nationale : le président a ordonné de la « poursuivre sans relâche », en recourant à « des analyses de laboratoire précises permettant de remonter à la source de la fraude et d’appliquer la loi ».
La logique est claire : l’État veut reprendre la main sur la chaîne d’importation et de distribution, du port jusqu’à l’étal. Le dispositif, s’il est appliqué, constituerait une rupture avec un système de contrôle fragmenté, souvent contourné, régulièrement dénoncé.
Saison estivale : les plages ne sont pas à vendre
Le Conseil des ministres a également planché sur les préparatifs de la saison estivale et l’accueil de la communauté nationale établie à l’étranger. Sur ce dossier, Tebboune a remis les pendules à l’heure. Il a rappelé la nécessité de « prendre toutes les mesures et les moyens pour garantir la gratuité des plages et préserver l’intimité des familles qui les fréquentent, afin que les phénomènes négatifs ne se répètent pas chaque saison ». La privatisation rampante du littoral — accaparement de plages, mise en place de barrières physiques, tarification abusive — est dans le collimateur. Les autorités compétentes et les services de sécurité sont chargés de « prévenir et réprimer ces comportements », en parallèle d’une mise à jour des textes juridiques pour traiter le phénomène à la racine.
Autre mesure annoncée : la délimitation, tout au long du littoral, de zones spécifiques réservées aux engins de loisirs nautiques motorisés, « pour prévenir les accidents ». Une décision de sécurité publique élémentaire, dont l’absence avait jusqu’ici laissé coexister baigneurs et jet-skis dans une promiscuité dangereuse.
Chantiers ferroviaires : le partenaire chinois salué
En ouverture du Conseil, Tebboune a tenu à saluer « les efforts de tous les travailleurs et cadres du secteur des travaux publics, à leur tête le ministre en tant qu’homme de terrain, ainsi que le partenaire chinois pour le rythme élevé » d’avancement des projets stratégiques. Deux chantiers ferroviaires ont été mis en avant : la ligne minière orientale, reliant Djebel El-Onk à Annaba via Blad El-Hadba et Tébessa, et les projets à dimension régionale et continentale. La liaison minière Béchar-Tindouf-Gara Djebilet, qui doit permettre l’exploitation du gisement de fer géant du sud-ouest, fait l’objet d’un suivi renforcé pour l’extension des raccordements aux gares et zones industrielles.
En clôture, le président a ordonné l’accélération des études techniques pour la pose de la première pierre, le 5 juillet prochain, d’une grande salle de spectacles à Alger, d’une capacité de 6 000 à 8 000 places. Une infrastructure culturelle qui fait défaut depuis trop longtemps dans la capitale.
Amar Malki

