L’État transforme les biens saisis en levier touristique : Un hôtel cinq étoiles récupéré et relancé à Adrar
La ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Houria Meddahi, a inauguré lundi le complexe touristique « Foggara » à Adrar. Elle a matérialisé ainsi une politique publique qui prend corps progressivement à travers le pays : récupérer les infrastructures issues des affaires judiciaires et les remettre en exploitation au service de l’économie nationale. Le complexe, classé cinq étoiles et laissé à l’abandon après sa saisie, rouvre ses portes sous gestion publique avec un hôtel et un village de quarante bungalows. Dans le Grand Sud algérien, qui manque cruellement d’hébergement haut de gamme pour capter le flux touristique international, c’est une ouverture qui compte.
La cérémonie inaugurale, tenue en présence du ministre de l’Industrie Yahia Bachir, a permis à Mme Meddahi de replacer l’opération dans son cadre politique. « La relance de cette installation touristique classée cinq étoiles intervient en application des orientations des hautes instances du pays visant l’exploitation des projets récupérés pour renforcer la dynamique socioéconomique, locale et nationale », a-t-elle déclaré. Les biens saisis ne dorment plus dans les limbes judiciaires. Ils sont transférés au secteur public, affectés et exploités.
Une dizaine de projets transférés à HTT
Le secteur du tourisme est l’un des principaux bénéficiaires de cette mécanique. La ministre a précisé qu’une dizaine de projets saisis ont été transférés au groupe public Hôtellerie, tourisme et thermalisme (HTT), répartis dans plusieurs wilayas. La wilaya d’Adrar en concentre quatre à elle seule : trois établissements hôteliers dans le chef-lieu et un quatrième dans la commune de Reggane, dont l’ouverture est prévue d’ici la fin de l’année. Avec la mise en service du complexe « Foggara », la capacité d’accueil locale grimpe déjà à 310 chambres. Les trois autres projets, une fois réceptionnés, ajouteront plus de 800 lits supplémentaires. Dans une région qui dispose d’un patrimoine saharien exceptionnel — les foggaras elles-mêmes, ces canaux d’irrigation souterrains millénaires dont le complexe tire son nom, figurent parmi les merveilles hydrauliques du monde antique — et d’un potentiel de désert authentique que les tour-opérateurs internationaux s’arrachent, l’absence d’infrastructures d’accueil adéquates avait longtemps freiné le développement touristique. Ce handicap commence à être comblé.
La visite ministérielle à Adrar a aussi été l’occasion d’une annonce à dimension sociale. La wilaya bénéficiera d’un quota de 200 places dans les camps d’été pour des enfants de plus de sept ans issus de différentes communes, qui seront acheminés par avion vers les wilayas côtières pendant la saison estivale.
Le dossier des biens saisis dans le secteur touristique illustre plus largement une volonté de l’État de transformer en actifs productifs ce que les procédures judiciaires avaient gelé. Le groupe HTT, qui hérite de la gestion de ces établissements, assume une mission qui dépasse la simple exploitation hôtelière : il s’agit de prouver que la gestion publique peut produire de la qualité dans un secteur où la concurrence internationale fixe des standards élevés.
Lyna Larbi

