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Gazoduc transsaharien : « Un projet géopolitique majeur »

Le lancement la semaine dernière à Adrar des travaux de la section algérienne du gazoduc transsaharien (TSGP) a fait l’effet d’un signal fort bien au-delà des frontières du pays. Le média spécialisé allemand Pipeline Journal, référence dans le suivi des infrastructures énergétiques mondiales, y a consacré une analyse qui dit l’essentiel : ce projet, longtemps cantonné aux annonces et aux protocoles d’intention, est désormais en exécution réelle. Et sa portée dépasse largement la question du gaz.

Le TSGP doit relier le Nigeria à l’Europe en traversant le Niger et l’Algérie sur près de 4 128 kilomètres, avec une capacité annuelle estimée entre 20 et 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel. Le tronçon algérien partira de la frontière algéro-nigérienne pour rejoindre le complexe de Hassi R’Mel, principal nœud de distribution du gaz naturel du pays, lui-même connecté à un réseau d’exportation déjà en service vers les marchés méditerranéens. Sur le plan technique, l’infrastructure suivra le corridor de la route transsaharienne, ce qui limite les incertitudes de tracé et facilite la logistique de chantier.

Pipeline Journal ne s’arrête pas aux chiffres. Ce que le média retient en premier, c’est la dimension géopolitique du projet. Alors que l’Europe cherche depuis 2022 à réduire sa dépendance au gaz russe et diversifie activement ses sources d’approvisionnement, le TSGP arrive à point nommé. Le gazoduc est, selon le média, « un projet géopolitique majeur », une formule qui résume ce que les diplomaties algérienne et nigériane répètent depuis des années sans toujours se faire entendre à la même hauteur dans les capitales européennes. Le démarrage des travaux change la nature de la conversation.

La dimension africaine du projet est tout aussi centrale dans l’analyse du média allemand. Citant Sonatrach, Pipeline Journal décrit le TSGP comme « un mécanisme essentiel pour l’intégration économique régionale et la valorisation des ressources énergétiques africaines ». C’est là que le projet prend une signification qui excède le simple contrat commercial entre producteurs et acheteurs. Le gazoduc dessinerait un « important corridor » d’exportation traversant le continent du sud au nord, reliant des économies enclavées à des infrastructures d’acheminement vers les marchés mondiaux. Pour le Niger, pays producteur sans accès à la mer, l’enjeu de valorisation de ses ressources est considérable.

L’Algérie, de son côté, consolide par ce projet son rôle de plaque tournante entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe. Hassi R’Mel n’est pas seulement un centre technique dans cette architecture, c’est le point de convergence d’une stratégie énergétique qui vise à faire du pays un fournisseur incontournable sur la rive sud de la Méditerranée. La société Sonatrach, maître d’ouvrage du tronçon algérien et nigérien d’ailleurs, porte ce chantier dans un contexte où la demande européenne en gaz naturel liquéfié et par gazoduc reste soutenue, malgré la transition énergétique en cours sur le vieux continent et que la donne énergétique européenne a changé dans la mesure qui cherche à se passer du gaz russe d’ici à 2027 cherche à diversifier ses approvisionnements coûte que coûte .

Amar Malki

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