Économie

Dans un contexte marqué par une resserrement réglementaire : Les producteurs de compléments alimentaires s’organisent

La filière des compléments alimentaires cherche à exister autrement que dans les marges du secteur pharmaceutique. Mercredi à Alger, des professionnels réunis pour annoncer la création de l’Association des producteurs algériens de compléments alimentaires ont affiché des ambitions nettes, dans un contexte où les autorités sanitaires resserrent leur encadrement de produits longtemps distribués dans un flou relatif. La constitution d’une structure fédératrice est, pour ces opérateurs, une façon de se mettre en ordre de marche avant que les règles du jeu ne leur soient imposées sans leur concours.

La filière a crû vite. Trop vite, disent certains acteurs eux-mêmes. L’augmentation du nombre de producteurs et d’opérateurs à l’échelle nationale témoigne, selon le président de l’association Mejdi Soussi, d’une dynamique réelle, mais elle pose aussi la question de la qualité et de la traçabilité. « La création de l’association vise à doter la filière d’un cadre fédérateur à même de promouvoir la qualité et d’accompagner les opérateurs dans le respect des exigences réglementaires », a-t-il déclaré lors de la rencontre. L’objectif à terme, a-t-il précisé, est de faire de l’industrie algérienne des compléments alimentaires « un secteur de référence à l’échelle régionale », en misant sur l’amélioration de la qualité, l’innovation, l’attraction des investissements et le développement des exportations.

Ce discours volontariste s’inscrit dans un contexte réglementaire qui n’est pas stabilisé. Les compléments alimentaires occupent en Algérie une zone grise entre l’aliment et le médicament, une ambiguïté que les autorités sanitaires cherchent à résorber. Le marché a longtemps fonctionné avec des règles floues sur l’enregistrement, l’étiquetage et les allégations de santé autorisées. Les opérateurs qui ont construit leur activité dans cet entre-deux regardent aujourd’hui l’évolution réglementaire avec une inquiétude mêlée d’opportunisme. Se structurer en association, c’est aussi s’assurer une place à la table des négociations avec les ministères de la Santé et de l’Industrie pharmaceutique lorsque les textes d’application seront finalisés.

La secrétaire générale de l’association, Linda Aït Ahmed, a tenu à défendre ces produits et ce qu’ils ne sont pas. « Les compléments alimentaires constituent un soutien à une alimentation équilibrée sans pour autant s’y substituer », a-t-elle rappelé, insistant sur les opportunités de développement que cette branche offre en Algérie. Elle a également présenté des données chiffrées montrant une progression continue de l’industrie à l’échelle mondiale au cours de la dernière décennie, un argument que les professionnels utilisent pour convaincre les pouvoirs publics du potentiel économique du secteur. La question de la sensibilisation des consommateurs a aussi été soulevée lors des débats. L’usage inapproprié de ces produits, souvent en automédication ou en substitut de traitement médical, est une préoccupation qui dépasse le cadre commercial pour toucher à la santé publique. Les participants ont insisté sur la nécessité d’informer davantage le grand public sur les conditions d’utilisation responsable de ces produits. Sur le plan opérationnel, l’APACA prévoit de renforcer ses structures, d’instaurer un dialogue permanent avec les autorités sanitaires et d’élaborer des guides de bonnes pratiques. Des programmes de formation destinés aux professionnels du secteur sont également au programme, de même que des rencontres nationales consacrées à l’évaluation de la filière. Ce travail de mise à niveau interne est présenté comme une condition préalable à toute ambition à l’export. Il est difficile de vendre à l’étranger des produits qui ne répondent pas à des standards reconnus, et les marchés européens ou africains vers lesquels l’Algérie lorgne ont leurs propres exigences en matière de certification et de traçabilité.

L’association naît dans un moment où l’État cherche à reprendre la main sur un secteur qu’il n’a pas suffisamment encadré à ses débuts. Soussi a affirmé que l’association « entend contribuer à la structuration et au développement de la filière à travers la promotion des bonnes pratiques, de la transparence, de la normalisation et de l’échange d’expertises entre les différents acteurs ».

Sabrina Aziouez

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