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Air Algérie pose ses roues à Libreville : L’Afrique comme horizon

Le vol inaugural, le troisième vers l’Afrique subsaharienne en moins de deux ans, illustre une ambition que la direction d’Air Algérie ne cache plus affiche clairementn celle de faire d’Alger une plaque tournante du ciel africain.

Un Boeing 737-800 aux couleurs d’Air Algérie a décollé mardi soir de l’aéroport international Houari-Boumediene d’Alger pour rallier Libreville, capitale du Gabon, avec une escale à Douala, au Cameroun. Six heures de vol, un appareil accueilli sur le tarmac de l’aéroport international Léon-Mba par le chargé d’affaires de l’ambassade algérienne et des cadres du secteur gabonais du transport aérien et une nouvelle ligne inscrite au réseau africain croissant de la compagnie nationale.

Une carte qui se dessine

L’ouverture de la ligne Alger-Libreville s’inscrit dans une séquence engagée au cours des dernières années pour renforcer la connectivité vers les pays du continent. En 2022, Air Algérie avait relancé ses vols vers le Sénégal, la Mauritanie, le Niger, la Côte d’Ivoire, le Mali et le Burkina Faso, après les interruptions liées à la pandémie. En 2023, la compagnie avait franchi un palier supplémentaire en ouvrant quatre nouvelles lignes vers Johannesburg, Abidjan, Douala et Addis-Abeba — autant de capitales qui n’étaient pas desservies au départ d’Alger. 2025 avait ensuite marqué une étape décisive avec l’ouverture des lignes vers Abuja et Ndjamena via Douala, le Cameroun, le Nigeria et le Tchad ayant accordé à Air Algérie le droit de la cinquième liberté, autorisant ainsi les premières liaisons intra-africaines de la compagnie. Et ce n’est pas fini. Le PDG d’Air Algérie, Hamza Benhamouda, avait annoncé en avril dernier l’ouverture prochaine de cinq nouvelles liaisons cette année, Luanda en Angola, Maputo au Mozambique, Accra au Ghana et Lagos au Nigeria viennent compléter la liste dont Libreville faisait déjà partie.

La logique est commerciale autant que diplomatique. Le représentant général d’Air Algérie en Afrique, Mohamed Khaili, a indiqué à Libreville que «le choix du Gabon pour l’ouverture de cette ligne s’inscrit dans la politique d’expansion du réseau de la compagnie à l’échelle continentale», insistant sur «l’importance de cette destination dans l’augmentation du volume des échanges économiques et commerciaux entre l’Algérie et le Gabon et le rapprochement entre les deux peuples». Un discours rodé, mais qui repose sur une réalité concrète, la liaison permet désormais de relier Alger à Libreville deux fois par semaine, le mardi via Douala et le vendredi en vol direct, sans transiter par un aéroport européen.

C’est précisément ce dernier point qui mérite attention. Pendant des décennies, voyager entre Alger et les capitales d’Afrique centrale ou occidentale imposait souvent un détour par Paris, Bruxelles ou Madrid. Ce schéma colonial des routes aériennes, qui faisait de l’Europe le passage obligé des connexions intra-africaines, est exactement ce qu’Air Algérie entend court-circuiter. Le chef de la division commerciale de la compagnie, Abd Manaf Hadefi, a formulé l’objectif sans ambiguïté depuis le hall de l’aéroport Houari-Boumediene. L’ouverture de la ligne Alger-Libreville «s’inscrit dans le cadre des efforts visant à renforcer la connectivité aérienne entre l’Algérie et les pays africains, de manière à consolider les échanges économiques, commerciaux et culturels».

La cérémonie de lancement, à Alger, avait réuni Abdelghani Dridi, secrétaire général du ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, et l’ambassadrice du Gabon en Algérie, Marie Rosine Mimi Itsana. Côté gabonais, le ton a été chaleureux. L’ambassadrice a jugé que cette inauguration, porteuse d’une «valeur ajoutée» au processus de solidarité africaine, contribuerait à ouvrir de «nouvelles perspectives de renforcement et de développement des échanges bilatéraux dans divers domaines». À Libreville, c’est le chargé d’affaires de l’ambassade algérienne, Omar Bounar, qui a reçu l’appareil sur le tarmac. Il a décrit la nouvelle liaison comme «une nouvelle étape dans le développement des relations bilatérales et le renforcement des liens et des échanges commerciaux et culturels entre les deux pays». Ce vol inaugural, le troisième vers l’Afrique subsaharienne en quelques mois, illustre une ambition que la direction d’Air Algérie ne cache plus, celle de faire d’Alger une plaque tournante du ciel africain.

Alger comme hub aérien

La géographie plaide pour l’Algérie. Pays le plus vaste d’Afrique, frontalier de onze États, Alger occupe une position médiane entre le Maghreb, l’Afrique subsaharienne et l’Europe méridionale. Sur le papier, cette situation est celle d’un hub naturel. Dans les faits, ce potentiel est longtemps resté sous-exploité, la compagnie nationale concentrant l’essentiel de ses rotations sur les destinations européennes, les vols saisonniers vers le Moyen-Orient et le réseau domestique. La rupture de tendance est récente, soutenue par un programme de renouvellement de flotte en cours, que Hadefi a mentionné comme l’un des leviers de cette dynamique, le renforcement capacitaire est la condition sine qua non de l’expansion.

La stratégie s’appuie sur l’ouverture vers les capitales africaines, mais aussi le renforcement des réseaux en Europe, en Asie et au Moyen Orient. C’est dans ce contexte que le 14 juin, trois jours avant le vol inaugural vers Libreville, Air Algérie opérait son premier vol entre Alger et Manchester. Tom Bingham, responsable de l’aéroport britannique, avait salué sur LinkedIn une liaison offrant «une connectivité essentielle à l’une des plus grandes économies d’Afrique» et renforçant «les liens pour les voyages d’affaires, le tourisme et les communautés de la diaspora dans le Nord». Il avait aussi relevé que la demande entre l’Afrique et Manchester avait atteint 1,5 million de passagers en 2025, soit une progression de 17 % sur un an. Ce n’est pas une coïncidence si Manchester et Libreville sont inaugurées dans la même semaine : la direction d’Air Algérie mise sur la complémentarité des deux axes, les voyageurs en provenance du nord de l’Angleterre pouvant transiter par Alger vers Johannesburg, Abuja, Dakar ou Douala.

Salim Amokrane

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