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Accident de Boumerdès : Jusqu’à quand l’irresponsabilité continuera-t-elle à tuer !

Chauffeur positif aux stupéfiants, bus surchargé, vitesse doublant la limite autorisée, le communiqué du parquet général près la Cour de Boumerdès, rendu public dimanche, dresse un tableau accablant du drame qui a coûté la vie à 28 personnes vendredi dernier sur la RN 24. Un enchaînement de fautes qui relance, une fois de plus, le débat sur le facteur humain dans l’hécatombe routière qui endeuille les familles algériennes.

Le parquet général près la Cour de Boumerdès a rendu public, dimanche 2 août, les premiers résultats de l’enquête ouverte après le renversement d’un autobus de transport de voyageurs, survenu vendredi 31 juillet sur la RN 24, entre les communes de Boumerdès et de Zemmouri, au lieu-dit Figuier. Un bilan qui s’est encore alourdi ces dernières heures avec 28 morts et 36 blessés, tous des vacanciers originaires d’El Eulma (Sétif) venus passer une journée au bord de la mer. Dans son communiqué, le procureur général précise que le parquet de la République près le tribunal de Boumerdès « a ordonné aux services de la police judiciaire de la Gendarmerie nationale l’ouverture d’une enquête préliminaire approfondie sur les circonstances et les causes de l’accident, afin de déterminer avec précision les responsabilités ». Une formulation qui, en creux, annonce déjà la couleur. Ce nouveau drame routier ne relève pas de la fatalité, mais d’un enchaînement de manquements clairement identifiés.

Un chauffeur sous l’influence de psychotropes

Premier élément accablant révélé par l’enquête, celui relatif à l’état du conducteur au moment des faits. Selon le parquet, « il ressort des premiers éléments de l’enquête, suite aux résultats des analyses biologiques effectuées sur le conducteur décédé, le dénommé Dib Oussama, âgé de 33 ans, que ce dernier était sous l’emprise de stupéfiants », le communiqué précisant en outre que « deux comprimés psychotropes ont été retrouvés dans ses vêtements ». Second élément à charge, la surcharge du véhicule. Le communiqué indique que « l’autobus transportait 64 personnes, soit un nombre supérieur à la capacité autorisée, qui est de 51 voyageurs, conducteur compris », soit treize passagers de trop, autant de vies supplémentaires exposées par le seul non-respect d’une règle élémentaire de sécurité du transport collectif.

Troisième et dernier facteur mis en avant, celui de la vitesse. Le parquet précise qu’« au moment de l’accident, le véhicule était engagé dans une descente à une vitesse de 121,63 km/h, malgré la présence d’un panneau de signalisation limitant la vitesse à 60 km/h », soit plus du double de la limite réglementaire sur un tronçon pourtant signalé comme dangereux.

Le facteur humain, encore et toujours en cause

Consommation de psychotropes au volant, surcharge délibérée, excès de vitesse caractérisé sur une route balisée, les trois éléments retenus par l’enquête convergent vers un même constat, celui de l’irresponsabilité individuelle et du non-respect délibéré du Code de la route, dans un secteur, le transport de voyageurs, où la marge d’erreur devrait pourtant être nulle, la vie de dizaines de passagers dépendant de la seule vigilance d’un conducteur. Ce drame illustre, une fois de plus, ce que les experts de la sécurité routière répètent depuis des années, loin d’être des accidents au sens strict, la grande majorité des hécatombes routières en Algérie trouvent leur origine dans des comportements évitables.

Le parquet assure que les investigations se poursuivent « sous la direction du parquet de la République, afin d’élucider les circonstances de l’accident et de déterminer les responsabilités de chaque partie », précisant que « les mesures légales seront prises avec la plus grande rigueur à l’encontre de toute partie impliquée dans cet accident » et que « l’opinion publique sera informée des conclusions de l’enquête et des mesures prises en temps opportun ».

Le facteur humain encore et toujours

Le drame de Boumerdès n’est malheureusement pas un cas isolé. Les drames impliquant les bus et les autocars causent régulièrement des drames routiers. Samedi, un autre accident à 4 morts à Timimoun impliquant un bus qui faisait la desserte Batna-Adrar.

Sur le seul premier trimestre 2026, la Délégation nationale à la sécurité routière (DNSR) avait pourtant fait état d’une légère amélioration, avec 6.291 accidents enregistrés, en baisse de 1,32%, ayant causé 825 décès, soit un recul de 4,40% par rapport à la même période de 2025. Une accalmie toute relative, puisque le nombre de blessés, lui, progressait de 0,31% sur la même période, avec 8.503 personnes touchées, et que les bilans hebdomadaires de l’été confirment la persistance d’une moyenne dramatique de plusieurs dizaines de morts par semaine sur les routes du pays. Selon les chiffres communiqués cette année par la DNSR, le facteur humain représente plus de 96% des causes principales des accidents de la circulation à l’échelle nationale, contre seulement 2,6% imputables à l’état des véhicules et 1,57% aux conditions des routes. Le directeur des études et porte-parole de la DNSR, Lahcen Boubka, a lui-même qualifié, il y a quelques mois, ce taux de « chiffre effarant », au point que l’institution a signé une convention avec l’université de Tipasa pour tenter d’en comprendre les ressorts comportementaux.

Parmi les causes récurrentes citées par la DNSR figurent, outre l’inattention et la baisse de vigilance des conducteurs, l’excès de vitesse, les dépassements dangereux, le refus de priorité, les manœuvres imprudentes et la conduite sous l’effet de substances psychoactives, soit très exactement le faisceau de fautes mis au jour par l’enquête du parquet de Boumerdès. Un rapprochement qui confirme, une fois de plus, que la grande majorité des drames routiers en Algérie ne sont pas des accidents au sens strict, mais la conséquence directe d’un non-respect délibéré du Code de la route, singulièrement préoccupant lorsqu’il concerne un professionnel du transport de voyageurs, dépositaire de la sécurité de dizaines de passagers.

Les faits ramènent inlassablement au même constat. Au-delà des campagnes de sensibilisation et du renforcement des textes réglementaires, c’est le respect scrupuleux du Code de la route par chaque conducteur, et en premier lieu par les professionnels du transport de voyageurs, dépositaires de la sécurité d’autrui, qui reste la variable décisive pour faire reculer durablement le nombre de victimes sur les routes.

Malik Meziane

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