Patrimoine manuscrit : Entre recherche, transmission et numérisation
Le Colloque international « Les routes de l’encre », tenu à Alger, plaide pour l’institutionnalisation de la rencontre et une Journée nationale du manuscrit.
Les travaux du Colloque international sur le patrimoine manuscrit en Algérie ont pris fin mardi au Centre international des conférences (CIC) « Abdelatif-Rahal » à Alger, débouchant sur une série de recommandations dont les plus marquantes appellent à l’institutionnalisation de ce rendez-vous scientifique et à la création d’une Journée nationale du manuscrit. Organisée sous le haut patronage du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, cette rencontre de deux jours a réuni propriétaires de collections privées, chercheurs et académiciens venus d’Algérie et de l’étranger autour du thème « Les routes de l’encre en Algérie : civilisation et patrimoine ».
En présence de la ministre de la Culture et des Arts, Mme Malika Bendouda, les participants ont formulé un ensemble de recommandations issues des interventions de plusieurs experts et spécialistes de la protection et de la conservation des manuscrits. Les intervenants ont d’abord insisté sur la nécessité d’ériger ce colloque en rendez-vous international annuel et de consacrer une Journée nationale dédiée au manuscrit, deux mesures perçues comme le socle d’une politique patrimoniale plus structurée. Ils ont également plaidé pour la valorisation et la mise en œuvre de projets d’équipement destinés à l’aménagement des bibliothèques privées de manuscrits.
Le volet formation et reconnaissance a occupé une place importante dans les débats. Les participants ont recommandé la création d’un « prix d’excellence pour la préservation des manuscrits », ainsi que l’introduction d’un « module pédagogique, scientifique et de formation consacré au manuscrit dans les programmes scolaires et universitaires afin de faire connaître les manuscrits algériens dans leurs dimensions scientifique, culturelle et civilisationnelle ». Dans le même esprit, ils ont appelé à l’élaboration d’une « législation spécifique aux manuscrits » et à la création d’un « institut supérieur de formation en codicologie ».
Sur le plan technique, les recommandations ont également porté sur la mise en place d’un « réseau numérique des bibliothèques nationales de manuscrits », ainsi que sur la nécessité de « valoriser le patrimoine manuscrit dans les industries culturelles et le tourisme, tout en créant des spécialités au sein des centres et instituts de formation professionnelle dans les techniques de conservation et de restauration des manuscrits ».
Par ailleurs, sur recommandation du directeur des Manuscrits arabes, les organisateurs ont annoncé que le prochain colloque international annuel se tiendrait en Algérie, confirmant la volonté de pérenniser cette rencontre sur le sol national.
« De profondes mutations » dans la recherche
Dans son allocution, la ministre de la Culture et des Arts a estimé que cette rencontre de deux jours leur avait permis de « prendre connaissance des dernières avancées de la recherche dans le patrimoine manuscrit et de découvrir ce vaste domaine qui connaît de profondes mutations et des développements importants ». Mme Bendouda a saisi l’occasion pour saluer les efforts des chercheurs et des propriétaires de collections à l’échelle nationale « dans la sauvegarde et la préservation de ce patrimoine pour les futures générations ».
La ministre a par ailleurs souligné la portée stratégique de l’institutionnalisation envisagée du colloque, affirmant qu’elle « constituera un enjeu cognitif et organisationnel pour poursuivre notre engagement à s’intéresser aux manuscrits algériens, à les préserver et à les numériser, ainsi qu’à mobiliser toutes les ressources au profit des établissements du ministère spécialisés dans les manuscrits, notamment la Bibliothèque nationale et le Centre national des manuscrits d’Adrar ». Elle a en outre tenu à saluer les efforts du président de la République en matière de protection des manuscrits, mettant en avant l’intérêt particulier et le soutien qu’il accorde à la démarche du ministère visant la préservation de l’identité nationale à travers le patrimoine manuscrit algérien.
Mme Bendouda s’est également félicitée de la présence et de l’implication des propriétaires de collections privées et des familles dépositaires de manuscrits, qu’elle a remerciés pour leur soutien aux projets du ministère dans la préservation, la rénovation et la numérisation de ces fonds au sein de la cartographie nationale des manuscrits, hébergée à la Bibliothèque nationale. La séance de clôture a été marquée par la distinction d’un groupe de chercheurs et de familles propriétaires de collections privées de manuscrits, en reconnaissance de leur contribution à la préservation de ce que les organisateurs décrivent comme les « trésors du manuscrit algérien », reflet, selon eux, de la profondeur de l’identité nationale.
Tenu les 15 et 16 juin, ce colloque international a ainsi permis de réunir, autour d’un même thème, des regards croisés sur un patrimoine que les autorités culturelles entendent désormais inscrire dans une dynamique pérenne, entre recherche scientifique, transmission pédagogique et numérisation.
Mohand Seghir

