Des hôpitaux qui tuent et une économie qui appauvrit : Le Maroc au bord de l’explosion !
Un enfant aux fractures crâniennes laissé des heures durant sur un brancard devant les portes closes du CHU de Fès. Un homme mort devant les urgences de Taza, faute d’avoir été admis. Deux drames en quinze jours qui cristallisent une réalité que les autorités marocaines s’emploient à masquer derrière des chantiers de prestige, le royaume chérifien s’enfonce dans une crise sociale et sanitaire profonde, pendant que le Makhzen soigne son image à coups de méga-projets de façade. La scène a fait le tour des réseaux sociaux avant même que les autorités daignent réagir. L’enfant W.Ch., victime d’un grave accident de la route dans la région de Taza, avait été transféré en urgence vers le Centre hospitalier universitaire de Fès, seul établissement théoriquement équipé pour traiter une hémorragie cérébrale doublée de fractures crâniennes. La famille, épuisée et affolée, s’est heurtée à un refus d’admission. Longues heures d’attente à l’extérieur, dans des conditions que l’Association marocaine des droits de l’homme qualifie d’«éprouvantes». L’association a exigé «une enquête administrative et médicale urgente afin de déterminer les circonstances de l’incident, d’établir les responsabilités et de révéler au public les véritables raisons du refus d’admission de l’enfant». Sa question restera sans réponse officielle satisfaisante, comme souvent.
Ce cas n’est pas isolé. Il y a à peine deux semaines, un citoyen marocain est mort devant les urgences de l’hôpital régional Ibn Baja de Taza, dans des circonstances similaires. La vidéo de son agonie filmée par des témoins impuissants avait déclenché une onde de choc sur les réseaux sociaux. L’Association marocaine des droits de l’homme n’avait pas mâché ses mots. «Ce décès constitue une honte indélébile pour un système de santé défaillant, où les vies des citoyens sont laissées à leur sort devant les portes des hôpitaux», avait-elle dénoncé. Deux semaines plus tard, la honte se répète. Le système, lui, ne change pas.
Ce que dénoncent les défenseurs des droits n’est pas une succession de dysfonctionnements ponctuels, mais la manifestation d’un effondrement structurel. Le système hospitalier public marocain est à bout de souffle : manque chronique de personnels, pénurie de matériel, saturation des services d’urgence. Pendant ce temps, les priorités budgétaires du palais s’orientent vers des projets dont la vocation première est symbolique se concentrant sur la réalisation de grands stades, façades urbaines rénovées à la hâte en prévision de la Coupe du monde 2030. La contradiction entre l’image projetée et la réalité vécue devient chaque jour plus difficile à dissimuler.
Croissance fictive
Car la crise sanitaire ne s’explique pas seule. Elle s’inscrit dans un tableau économique et social que vient de dépeindre un rapport d’enquête publié par des défenseurs des droits marocains, fondé sur les données officielles de la Délégation générale au Plan, de Bank Al-Maghrib et du Conseil économique, social et environnemental. Le diagnostic est sévère. La «croissance» dont se targue le gouvernement est qualifiée de «croissance fictive», une façade statistique qui ne se traduit ni en emplois, ni en amélioration du niveau de vie, ni en développement humain réel. La politique menée est résumée en une formule tranchante, «enrichir les riches et appauvrir les pauvres» n’est «pas seulement un slogan contestataire», précise le rapport, «mais une réalité tangible dans le royaume».
Les chiffres sont accablants. Le chômage des 15-24 ans dépasse 36 %, soit plus d’un jeune sur trois sans emploi. Près de 28 % des jeunes Marocains ne travaillent pas, ne suivent aucune formation et ne sont inscrits dans aucun cursus scolaire, une «bombe à retardement sociale», selon les auteurs du rapport. Le chômage des femmes en milieu urbain franchit la barre des 20 %. Parallèlement, l’inflation a frappé de plein fouet les ménages les plus fragiles, avec des hausses de prix atteignant 15 à 20 % par an sur certains produits de base. Les auteurs du rapport dénoncent des «pansements» là où s’imposent des «traitements de fond». La classe moyenne, longtemps présentée comme le socle de la stabilité marocaine, glisse progressivement vers le seuil de pauvreté. L’endettement des ménages explose, les crédits à la consommation servant à combler des budgets familiaux en déficit chronique. La consommation intérieure recule. Et dans les campagnes, le manque d’infrastructures, d’eau potable et de routes continues d’alimenter un exode rural qui grossit les ceintures de bidonvilles autour des grandes métropoles.
Le rapport conclut sur un avertissement sans ambiguïté. Les conditions d’une explosion sociale sont réunies, et une «croissance» qui ne se traduit ni en emplois, ni en services publics dignes de ce nom, ni en soutien aux petites entreprises, «ne construit pas les États et ne protège pas les sociétés». L’enfant de Taza, laissé des heures devant les portes du CHU de Fès, en est la métaphore la plus crue.
L.S.

