Le port d’Annaba expédie 38 000 tonnes de ciment vers les USA et l’Espagne
Une opération qui annonce un changement de braquet
Deux navires, deux quais, deux destinations intercontinentales, une seule nuit. Samedi soir, le port d’Annaba a simultanément chargé plus de 38 000 tonnes de ciment à destination des États-Unis et de l’Espagne, une performance que la direction de l’Entreprise portuaire d’Annaba (EPAN) qualifie d’opération accomplie « en un temps record ». Derrière le communiqué de satisfaction, un signal plus structurel, le premier port de l’est algérien commence à peser dans les exportations hors hydrocarbures.
Le détail de l’opération est précis. Au poste à quai n°7, 30 500 tonnes de ciment blanc ont été chargées à destination des ports américains de Philadelphie et de West Palm Beach. Au quai n°6, simultanément, un second navire prenait en charge 7 800 tonnes supplémentaires du même produit à destination d’Almería, en Espagne. L’opérateur derrière ces deux cargaisons est « Biskria Ciment », entreprise privée du secteur des matériaux de construction qui s’impose progressivement comme l’un des exportateurs algériens les plus actifs dans ce segment.
Ce qui retient l’attention, c’est moins le volume que la méthode. L’EPAN indique avoir mobilisé « une organisation rigoureuse et une coordination précise entre les différents acteurs au sein du port », appuyée sur un système de travail continu vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Ce régime de fonctionnement a permis, selon le communiqué, « une grande fluidité des opérations de chargement et un rendement reflétant la compétence et le professionnalisme des équipes sur le terrain ». L’EPAN inscrit cette performance dans le cadre des instructions du ministère des Transports et des orientations du groupe Serport, qui visent à faire du port d’Annaba « une plateforme stratégique régionale et nationale pour soutenir les exportations hors hydrocarbures et faciliter l’accès des produits algériens aux marchés internationaux ». L’ambition est formulée depuis plusieurs années, mais les actes commencent à suivre. La mise en service récente de la zone extra-portuaire d’El Mellaha en est l’illustration la plus concrète avec 2,4 hectares sous contrôle douanier, une capacité d’accueil de 3 000 conteneurs standardisés, un scanner de pointe traitant jusqu’à 150 camions par heure en mode fixe, des prises frigorifiques, un système de vidéosurveillance et des bureaux pour les services phytosanitaires et de répression des fraudes. Cette extension fonctionne elle aussi en continu, et un projet pour doubler ses capacités est déjà à l’étude. L’exportation de ciment vers les marchés nord-américain et européen illustre la montée en puissance d’un secteur qui cherche des débouchés à l’international après avoir saturé le marché domestique. Pour le port d’Annaba, chaque opération de ce type est une répétition générale avant de prétendre au statut de hub régional qu’il revendique désormais ouvertement.
R.E.

