Mahrez fait un discours enflammé dans les vestiaires : « On joue pour gagner »
Avant même que le coup de sifflet ne retentisse, la rencontre était déjà gagnée dans les têtes. Dans le vestiaire algérien, quelques minutes avant d’affronter l’Autriche lors de la troisième journée du groupe J, Riyad Mahrez a pris la parole. Ce qu’il a dit ce soir-là résume tout ce que cette équipe nationale porte sur les épaules depuis des décennies.
Le contexte était lourd. Après une défaite sévère face à l’Argentine trois buts à zéro puis une victoire laborieuse contre la Jordanie deux buts à un, les Verts devaient gagner ou arracher un résultat suffisant pour accéder aux seizièmes de finale. Un stade que l’Algérie n’avait atteint qu’une seule fois dans toute son histoire mondiale, en 2014, au Brésil. Mahrez, qui faisait partie de cette génération-là et qui avait manqué les deux éditions suivantes en raison des absences répétées des Verts à la compétition, savait mieux que quiconque ce que représentait ce moment. Dans une vidéo relayée par la Fédération algérienne de football sur les réseaux sociaux, le capitaine est apparu calme, concentré, et habité. Pas de discours préparé, pas d’envolée lyrique calculée. Des mots simples, dits avec les tripes. « Les gars, ça y est, on a beaucoup parlé. Là c’est le terrain, les gars. On s’y est mis dans cette position. On a gagné notre deuxième match, on a fait le boulot. Faut le finir maintenant », a-t-il lancé à ses coéquipiers, le regard planté dans le leur.
Puis est venu le passage qui a tout dit. Celui qui dépasse le football et touche à quelque chose de plus grand. « Les gars, qualification au deuxième tour pour votre pays, une fois on l’a fait, une fois. Aujourd’hui, on peut rentrer encore dans l’histoire de notre pays, pas du football, on s’en fout, dans l’histoire de notre pays. » Une phrase qui résume ce que des millions de supporters algériens ressentaient ce soir-là depuis leurs salons, leurs cafés, leurs quartiers. Pas une performance sportive. Un moment national.
Mais Mahrez ne s’est pas arrêté à l’émotion. Il a aussi parlé de méthode, d’intensité, de ce qui avait manqué dans les matchs précédents. « Les qualités, ça ne suffit pas s’il n’y a pas le cœur, il n’y a pas l’agressivité, il n’y a pas tout avec. » Puis, dans un élan qui a manifestement électrisé le vestiaire, il a conclu sur cette formule devenue instantanément mémorable. « On les mange les gars. Dans le bon sens du terme, pas de trucs stupides. On les mange. Tous les duels, c’est pour nous. Pas de calculs, on joue pour gagner. »
Le terrain a répondu. L’Algérie a livré l’un de ses matchs les plus aboutis de ces dernières années, dominant la possession avec 65 % du ballon, tirant quinze fois au but contre douze pour l’Autriche. Le deuxième but de Mahrez, inscrit à la 93e minute après 110 passes consécutives et cinq minutes de possession ininterrompue, est entré dans les annales d’une rencontre qui s’est achevée sur un spectaculaire trois buts partout. Un doublé, une qualification, et une page d’histoire écrite exactement comme il l’avait annoncé. À 35 ans, Mahrez n’est plus seulement un joueur de talent. Il est devenu la voix et la conscience de cette équipe nationale.
M.D.

