Culture

El Ghazi inhumé samedi à Alger : Le dernier adieu à l’artiste

Une foule dense s’est rassemblée samedi après-midi au cimetière « Bouchaoui 3 » d’Alger pour accompagner à sa dernière demeure le chanteur El Ghazi, de son vrai nom Mohamed Bouarroudj, inhumé après la prière d’El Asr en présence de représentants des institutions culturelles du pays et de nombreux artistes venus lui rendre un ultime hommage.

L’artiste, décédé jeudi à l’âge de 84 ans, laisse derrière lui six décennies d’une carrière qui a profondément marqué la chanson algérienne moderne. Sous un ciel lourd de recueillement, la cérémonie a réuni des figures du monde culturel, des musiciens, des admirateurs anonymes et des proches, tous venus témoigner de l’attachement que suscitait celui que ses intimes surnommaient affectueusement « Louz ». Les témoignages recueillis autour de la tombe ont convergé vers une même image, celle d’un homme d’une grande chaleur humaine, connu pour sa jovialité et sa disponibilité envers ceux qui l’approchaient, autant que pour son engagement inlassable au service de l’art et de la culture nationale pendant plus de soixante ans.

Né en 1942 à Béjaïa, dans la région d’Aït Waghliss, El Ghazi avait fait ses débuts musicaux très jeune, formé auprès du maître Cheikh Sadek El Bedjaoui, une référence incontournable de la musique andalouse algérienne qui a également guidé les premiers pas d’autres artistes devenus, eux aussi, des figures majeures du patrimoine musical national. C’est au sein de la radio locale de sa région natale, véritable pépinière de jeunes talents durant les années 1950, que le futur chanteur affine son art avant de rejoindre la capitale.

Installé à Alger, il poursuit son apprentissage à la Radio nationale tout en intégrant la chorale andalouse dirigée par son mentor. Mais ce répertoire classique ne correspond pas entièrement à ses aspirations artistiques. Animé par une volonté de forger un style qui lui soit propre, il s’oriente vers une musique aux sonorités plus entraînantes, portée par des textes simples et proches du vécu populaire, une orientation qui donnera naissance à plusieurs des titres qui feront sa renommée.

C’est au début des années 1970 qu’il connaît la consécration avec « Ya Mahla Del Aâchia », une chanson devenue un classique intemporel de la chanson algérienne, immédiatement suivie par une série d’autres succès qui installeront durablement sa notoriété à l’image de « Achteh Achteh Ataouss », « Ya Bent El Djar » ou encore « El Vavour » figurent parmi les titres qui ont accompagné plusieurs générations d’auditeurs. Par-delà les frontières linguistiques, l’artiste a également contribué à rapprocher les répertoires musicaux du Maghreb, en interprétant en Algérie des chansons empruntées à la scène tunisienne, illustrant ainsi une époque où les créations circulaient librement entre les scènes artistiques voisines et nourrissaient un patrimoine culturel partagé.

Sa carrière atteint son apogée durant les décennies 1970 et 1980, avant qu’il ne choisisse progressivement de se retirer des feux de la scène, se faisant plus discret sans pour autant renoncer à défendre la reconnaissance de son œuvre. Il n’a en effet jamais cessé de dénoncer les nombreuses reprises non autorisées de ses compositions, regrettant publiquement l’absence de respect du droit d’auteur dont souffre une grande partie du patrimoine musical algérien.

En 2023, sa contribution exceptionnelle à la scène artistique nationale avait été saluée lors d’une cérémonie organisée au Théâtre national algérien Mahieddine-Bachtarzi, à Alger, où l’ensemble de son parcours avait été célébré en présence de personnalités du monde culturel.

Ce samedi, c’est donc une page entière de la mémoire musicale algérienne qui s’est refermée au cimetière de Bouchaoui, sous le regard ému de ceux qui, artistes ou simples admirateurs, ont tenu à saluer une dernière fois la voix douce et reconnaissable entre toutes d’El Ghazi. Si l’homme n’est plus, son répertoire, lui, continuera de résonner comme un témoignage vivant d’une Algérie musicale résolument enracinée dans son histoire tout en s’étant toujours voulue moderne et proche de son public.

Mohand Seghir

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