Culture

Liban, Cisjordanie occupée et Soudan du Sud : Les trésors du patrimoine mondial en danger

L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) examine, depuis dimanche et jusqu’au 29 juillet à Busan, en Corée du Sud, un ensemble de 33 candidatures présentées par des États parties en vue de leur inscription sur la liste du patrimoine mondial. Parmi ces dossiers, trois font l’objet d’une procédure d’urgence, réservée aux biens confrontés à une menace immédiate justifiant une décision rapide du Comité du patrimoine mondial pour en assurer la sauvegarde. Ils concernent le Soudan du Sud, la Cisjordanie occupée et le Liban.

En Cisjordanie occupée, le dossier porte sur le tell de Sebastia, colline archéologique artificielle située au nord-ouest de Naplouse. Ce site conserve les vestiges de plusieurs civilisations qui s’y sont succédé depuis le IXe siècle avant l’ère commune, comme un centre politique régional à l’âge du fer, ville fortifiée à l’époque hellénistique, colonie romaine sous l’empereur Septime Sévère, puis siège épiscopal durant la période byzantine et le Moyen Âge. L’UNESCO souligne le potentiel scientifique exceptionnel que représente ce site pour la recherche archéologique future. Son état de conservation s’est néanmoins dégradé sous l’effet conjugué des intempéries, de l’érosion et de l’exposition prolongée des vestiges mis au jour. Mais c’est surtout un projet israélien d’expropriation, visant à fragmenter l’espace archéologique afin d’y établir le parc dit de « Samarie », qui menace directement l’intégrité du tell, classé « hautement vulnérable » par le Comité. Territoire palestinien occupé depuis 1967 et morcelé par la colonisation israélienne illégale, la Cisjordanie continue de subir les conséquences de l’escalade militaire sioniste sur son patrimoine culturel. Il est à rappeler que l’entité sioniste s’est retiré de l’UNESCO en 2017, tout en demeurant membre du Comité du patrimoine mondial et signataire de la Convention de La Haye de 1954 relative à la protection des biens culturels en période de conflit armé.

Au Liban, ce sont les châteaux du Mont Amel, dans le sud du pays, qui bénéficient de la procédure d’urgence. Cet ensemble de cinq forteresses médiévales, à l’instar du château de Beaufort édifié vers 1137 par les Croisés puis agrandi successivement par les Ayyoubides, les Mamelouks et les gouverneurs locaux de la famille Al Saabi, constitue un témoignage remarquable de l’architecture militaire du Proche-Orient. Les châteaux de Toron, de Dubieh, de Maron et la citadelle de Chamaa complètent cet ensemble, initialement conçu comme postes militaires par les croisés avant d’être repris par les dynasties musulmanes. Le sud du Liban, théâtre des bombardements israéliens depuis le déclenchement du conflit au Proche-Orient fin février dernier, a vu son patrimoine directement affecté par les hostilités. La forteresse de Beaufort a notamment été prise par l’armée d’occupation israélienne fin mai. Le Comité du patrimoine mondial estime que les dommages déjà subis par ces monuments, conjugués aux risques persistants liés au conflit en cours, justifient pleinement le recours à une inscription d’urgence sur la liste du patrimoine mondial. Ces deux dossiers illustrent la vulnérabilité croissante des sites patrimoniaux exceptionnels face aux conflits armés et rappellent l’urgence d’une mobilisation internationale pour la préservation de ces témoignages irremplaçables de l’histoire de l’humanité.

Au Soudan du Sud, c’est le paysage migratoire de Boma-Badingilo qui est soumis à l’examen des experts réunis à Busan. Ce territoire, qui s’étend sur plus de 11 millions d’hectares entre les parcs nationaux de Boma et de Badingilo, plaines d’inondation, savanes et forêts, abrite l’une des dernières grandes migrations de faune sauvage encore observables sur la planète. Chaque année, près de cinq millions de cobes et 400 000 tiangs, deux espèces d’antilopes propres au continent africain, y accomplissent un périple saisonnier pour rejoindre leurs habitats vitaux, selon les données rapportées par la Convention sur les espèces migratrices. L’UNESCO qualifie ce site de l’un des plus vastes espaces terrestres de migration de mammifères au monde, où cohabitent éléphants de savane, girafes, lions, léopards, guépards et une avifaune riche en oiseaux d’eau et rapaces. Ce patrimoine naturel demeure toutefois exposé à de sérieuses menaces comme le braconnage à des fins commerciales, trafic d’espèces sauvages, extension des infrastructures humaines, insécurité et activités extractives. Les experts onusiens insistent, à cet égard, sur la nécessité d’associer réellement les populations autochtones et les communautés locales à la gouvernance du site.

M.S.

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