Détroit d’Ormuz : La diplomatie tente de reprendre le dessus sur les tensions
Les cours du pétrole ont chuté mardi, le Brent perdant plus de 5% et le WTI repassant sous la barre des 80 dollars, portés par un regain d’espoir diplomatique autour du dossier iranien, tandis que Téhéran a averti que les bénéficiaires de ses avoirs gelés ne pourraient pas transiter par le détroit d’Ormuz, verrou stratégique du commerce mondial d’hydrocarbures redevenu l’épicentre des tensions entre les Etats-Unis et l’Iran.
Le commandement militaire conjoint iranien a fait savoir que toute entité, entreprise ou pays recevant des avoirs iraniens gelés à titre de compensation pour des dommages subis par des navires ne serait pas autorisée à emprunter cette voie maritime. Cette mise en garde intervient après que Donald Trump a évoqué la possibilité d’utiliser ces fonds gelés pour indemniser les dégâts occasionnés aux navires transitant par le détroit, une initiative que Téhéran a jugée provocatrice et contraire au droit international.
Dans le même temps, le président américain a maintenu une ligne à la fois conciliante et menaçante. Interrogé par Fox News, il a assuré que l’Iran ne disposerait jamais de l’arme nucléaire, affirmant que les dirigeants iraniens en avaient pris conscience à l’issue de discussions qu’il a jugées constructives. Il a également indiqué que le sénateur républicain Lindsey Graham, pourtant réputé pour sa ligne dure vis-à-vis de Téhéran, l’avait pressé ces dernières semaines de privilégier un accord négocié plutôt que la poursuite des destructions. Donald Trump a par ailleurs réitéré sa menace de frapper le site fortifié souterrain de « Pickaxe Mountain », près de l’un des principaux complexes nucléaires iraniens, si aucun accord n’était trouvé, tout en précisant vouloir désormais épargner autant que possible les ponts et les centrales électriques du pays. Il a affirmé maîtriser parfaitement la situation sur ce site sensible, assurant qu’une destruction resterait à sa portée en cas d’échec des négociations.
Le marché pétrolier réagit à l’accalmie
Cette perspective d’apaisement a immédiatement pesé sur les marchés. Vers 18 heures, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en septembre reculait de 5,29%, à 83,69 dollars, tandis que le West Texas Intermediate cédait 4,99%, à 78,49 dollars, après avoir brièvement franchi la barre des 5% de baisse. Plus tôt dans la matinée, les deux références avaient déjà entamé leur repli, le WTI passant sous les 80 dollars pour la première fois depuis la reprise des hostilités début juillet. La reprise des flux pétroliers en provenance de la mer Noire a également contribué à cette pression baissière sur les prix. Donald Trump avait jugé, la veille, que les discussions avec Téhéran avaient de bonnes chances d’aboutir à un accord, même si le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, avait démenti l’existence de toute négociation formelle en cours avec Washington.
Sur le terrain diplomatique, la mobilisation régionale s’est intensifiée. Les ministres des affaires étrangères des pays du Conseil de coopération du Golfe se sont concertés par visioconférence pour évoquer les pourparlers américano-iraniens, insistant sur la nécessité de renforcer la coordination afin de garantir la liberté et la sécurité de la navigation dans le détroit, tout en privilégiant les solutions politiques, selon l’agence omanaise officielle. Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghtchi, s’est par ailleurs entretenu séparément avec ses homologues omanais et saoudien, ainsi qu’avec le ministre japonais des affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, pour faire le point sur les développements du processus diplomatique. Ces échanges ont souligné la volonté commune de mettre fin à l’insécurité qui pèse sur le détroit, une situation que Téhéran continue d’imputer aux actions jugées agressives des Etats-Unis. Le Japon, qui importait avant le conflit près de 90% de son pétrole du Moyen-Orient, suit avec une attention particulière l’évolution de ce dossier.
Un mécanisme régional conjoint
Oman, pour sa part, aurait soumis à l’Iran une proposition de mécanisme régional conjoint pour la gestion du détroit, financé par des redevances volontaires et inspiré du modèle appliqué au détroit de Malacca entre l’Indonésie et la Malaisie. Cette initiative, qui semble recueillir un certain assentiment dans la région, prévoirait que l’Iran renonce à un contrôle exclusif de la voie maritime. Téhéran avait pourtant réaffirmé la veille son autorité sur le détroit, écartant toute reprise de négociations directes avec Washington. Sur le plan des dégâts matériels, la porte-parole du gouvernement iranien, Fatemeh Mohajerani, a fait état de douze ponts et deux tunnels endommagés lors des dernières frappes américaines, ainsi que de dommages considérables infligés à des installations civiles, dont le centre météorologique de Bouchehr et l’aéroport de la même ville, rendu inutilisable. La tour de contrôle maritime de Chabahar, utilisée pour la coordination des secours en mer, aurait également été sérieusement touchée, de même qu’une gare ferroviaire près de Bandar-e Abbas et plusieurs infrastructures aéroportuaires. Face aux risques persistants en mer Rouge, l’Arabie saoudite a par ailleurs commencé à réorienter une partie de ses exportations pétrolières vers le port égyptien de Sidi Kerir, en Méditerranée, délaissant le terminal de Yanbu après une attaque houthiste contre un pétrolier. Cette réorganisation logistique illustre la prudence croissante des opérateurs face à l’incertitude qui continue d’entourer la navigation régionale, entre menaces militaires et tentatives, encore fragiles, de sortie de crise diplomatique.
Lyes Saïdi

