Alger-Niamey : Un axe stratégique au Sahel
Sonatrach a livré vendredi ses premières cargaisons de carburant d’aviation Jet A1 au Niger, au lendemain d’une première exportation conjointe de brut nigérien. Un doublé qui reflète le dernier acte en date d’une consolidation de la coopération algéro-nigérienne désormais tricéphale, énergétique, économique et sécuritaire, portée par une doctrine algérienne assise sur le partenariat gagnant-gagnant et la conviction que la stabilité du Sahel se construit d’abord par la prospérité partagée.
Le groupe pétrolier Sonatrach a procédé vendredi aux premières livraisons de carburant d’aviation Jet A1 au Niger, depuis la raffinerie d’Adrar (RA1D), dans le cadre du contrat de vente conclu avec la Société nigérienne des produits pétroliers (Sonidep), a annoncé le groupe samedi dans un communiqué. Cette opération, précise Sonatrach, s’inscrit « dans le cadre de la mise en œuvre des orientations des hautes autorités du pays visant à renforcer les relations commerciales avec le Niger » et marque « le début effectif de l’exécution de la coopération commerciale » entre les deux sociétés. Le groupe y voit aussi la traduction de sa volonté de « renforcer sa coopération directe avec les compagnies pétrolières et gazières africaines, notamment dans la région du Sahel », ouvrant la voie à « de nouvelles perspectives d’approvisionnement régulier des marchés de la région en produits pétroliers algériens ».
Cette livraison de kérosène n’est pas un acte isolé. Elle intervient au lendemain d’une autre première. Vendredi, Sonatrach et Sonidep ont procédé, à partir du terminal pétrolier de Sèmè, au Bénin, au chargement de la première cargaison de pétrole brut nigérien « Meleck » commercialisée conjointement par les deux compagnies. Dans son communiqué, Sonatrach explique que cette opération « illustre la stratégie de développement du groupe en Afrique » et sa volonté de « mettre à la disposition de ses partenaires africains son expertise et son savoir-faire dans le domaine de la commercialisation des hydrocarbures ». Elle « s’inscrit également dans la dynamique de consolidation des relations entre l’Algérie et le Niger », ajoute le groupe, qui y voit la preuve de la volonté des deux parties de « développer des partenariats durables permettant la création d’opportunités mutuellement bénéfiques ».
Kafra, la pierre angulaire du partenariat pétrolier
Ces deux jalons commerciaux prolongent une dynamique amorcée jeudi à Agadez, où le Premier ministre Sifi Ghrieb avait coprésidé le lancement des travaux de forage du puits d’exploration Kafra Sud-Est 1, à la frontière algéro-nigérienne. Il avait salué une « nouvelle pierre à l’édifice du partenariat stratégique » entre les deux pays, rappelant que ce projet, fruit d’une coopération entre Sonatrach, sa filiale Sipex, l’Entreprise nationale de forage (Enafor) et Sonidep, couvre « la recherche, l’exploration, le développement et la production, ainsi que les services de forage, de raffinage et de pétrochimie, la distribution et la commercialisation des produits pétroliers, en sus de la formation, du transfert de technologie et du renforcement des capacités ». M. Ghrieb avait insisté sur l’ambition algérienne de bâtir « un partenariat industriel intégré et durable, de l’amont jusqu’à l’aval pétrolier et gazier », et rattaché ce chantier bilatéral à sa « dimension multilatérale », celle du gazoduc transsaharien, désormais « entré de manière effective dans les phases de mise en œuvre ».
La sécurité par la prospérité partagée
Cette accélération de la coopération énergétique ne se déploie pas en vase clos. Elle s’inscrit dans le cadre de la consolidation d’un partenariat global économique et sécuritaire. Elle fait d’ailleurs suite au don, le 9 août, de quatre hélicoptères, deux Mi-24V et deux Mi-171, et de matériels de soutien logistique remis par le ministère algérien de la Défense nationale à l’armée nigérienne, un geste destiné à « renforcer les relations de coopération bilatérale stratégique entre l’Algérie et le Niger dans les différents domaines, notamment le domaine militaire ». Volet énergétique, volet commercial, volet sécuritaire, la même architecture se répète, celle d’un partenariat que le Premier ministre a lui-même qualifié de « gagnant-gagnant », fondé sur « la confiance, la complémentarité, la solidarité et les intérêts mutuels ». C’est là toute la doctrine algérienne au Sahel, réaffirmée, la sécurité et la stabilité de la région ne se décrètent et ne se limite pas au volet sécuritaire, elles se construisent en premier lieu par le développement partagé et la valorisation commune des ressources.
Cette séquence s’inscrit dans un cycle diplomatique dense depuis le rétablissement des relations entre les deux pays, acté en février 2026, quelques jours avant la visite d’État du président nigérien Abdourahamane Tiani à Alger, les 15 et 16 février. Depuis, les jalons du rapprochement se sont multipliés avec la tenue de la deuxième session de la Grande commission mixte à Niamey en mars, l’inauguration d’une centrale électrique de 40 MW le 3 juin, la signature de trois accords entre les filiales de Sonatrach et Sonidep début juin, puis le lancement des travaux de Kafra. La coopération entre Alger et Niamey s’impose ainsi en un axe structurant de la politique africaine algérienne, et en un modèle revendiqué de coopération Sud-Sud dans le Sahel.
Salim Amokrane

